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[e-med] Semaine de lutte contre la vente illicite des médicaments au Mali et au Cameroun


  • From: "remed" <c.bruneton@remed.org>
  • Date: Fri, 29 May 2009 11:23:50 +0200

* Mali : Vente illicite des médicaments : QUE DE RISQUES !
* Cameroun : La fausse guerre engagée contre le médicament illicite

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Vente illicite des médicaments : QUE DE RISQUES !
l'Essor n°16452 du - 2009-05-29 08:00:00
http://www.essor.gov.ml/jour/cgi-bin/view_article.pl?id=22326
Elle met en danger les malades et les utilisateurs, détruit l'économie et
menace la profession de pharmacien

On connaît l'ampleur du phénomène de vente illicite des médicaments. On sait
aussi ses conséquences dévastatrices sur la santé des populations. Mais ce
que l'on ignore, c'est quand le fléau sera totalement endigué dans notre
pays. Il s?avère temps de donner une autre tonalité à la lutte contre la
vente illicite de médicaments, en renforçant davantage le plaidoyer et la
sensibilisation.

C'est qu?entreprend de faire le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens
(CNOP) qui organise depuis hier au Centre international des conférences de
Bamako, une semaine de lutte contre la vente illicite des médicaments.
La cérémonie d'ouverture, présidée par le Dr Amara Chérif Traoré, conseiller
technique au ministre de la Santé, s'est déroulée en présence du président
du CNOP, le Dr Nouhoum Coulibaly, du directeur général de la Pharmacie et du
médicament (DPM), le Pr Ousmane Doumbia. Étaient aussi présents, le Dr
Minkaïla Maïga de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et nombre
d?invités.

Le phénomène de vente illicite a connu une flambée dans les années 1980,
estiment les acteurs de la lutte contre le phénomène. Dans nos pays
confrontés à des programmes d'ajustement structurel, des chefs de famille
ont perdu leur emploi avant de voir leurs revenus lourdement écrasés par la
crise. Ce contexte de bouleversements socio-économiques s'est prêté, jugent
les spécialistes de la question, à des violations flagrantes des
réglementations pharmaceutiques dans notre pays.
La vente illicite des médicaments est une préoccupation réelle compte tenu
des risques qu'elle représente. En effet, le phénomène détruit l'économie,
menace la profession de pharmacien et comporte des dangers pour le malade ou
consommateur.

Il y a donc urgence et nécessité de renforcer le plaidoyer, les stratégies
de lutte contre la vente illicite des médicaments, mais surtout
l'information et la sensibilisation du grand public sur la question. Une des
exigences de cette lutte est la stricte application des textes
réglementaires pour dissuader les acteurs du marché illicite de médicaments.
Dans le document de plaidoyer de la Commission nationale de lutte contre la
vente illicite des médicaments, le fléau est défini comme une vente de
médicaments défendue par la morale ou la loi. Une expression imagée le
définit comme une vente de produits inconnus par un inconnu pour un but
inconnu. En d'autres termes un marché d'ignorants.

Dans sa communication, le président de la Commission nationale de lutte
contre la vente illicite de médicaments, Amara Chérif Traoré, a rappelé
l'arsenal juridique disponible dans notre pays pour combattre le phénomène.
A titre d'exemple, la loi 86-36/AN-RM d'avril 1986, portant institution de
l'Ordre des pharmaciens, sanctionne l'exercice illégal de la profession de
pharmacien. Pour Amara Chérif Traoré, la vente illicite des médicaments a
atteint des sommets et a un impact certain sur la santé des populations.

Le président du CNOP a peint, pour sa part, le tableau des multiples défis
que représente la vente illicite des médicaments pour tous les acteurs de la
prestation de soins. C'est un défi pour les pharmaciens, experts des
médicaments, tenus au respect des pratiques de bonne fabrication, de
conservation et de distribution. C'est aussi un défi pour les médecins,
seuls compétents pour le diagnostic et la prescription des médicaments et
pour les autorités sanitaires qui ont la responsabilité de préserver la
santé des populations.

Pour Nouhoum Coulibaly, le même défi vaut pour les autorités en charge de la
sécurité des populations et le système judiciaire, entre autres. Donc le
tableau est sombre et alarmant, a-t-il conclu.
La vente illicite des médicaments est un phénomène ancien qui sévit dans des
proportions inquiétantes. Mais une synergie d'actions, une application de la
loi et une bonne campagne de sensibilisation et d'information du public
crééront des alternatives efficaces et donneront espoir d'endiguer le
phénomène.

B. DOUMBIA



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Cameroun : La fausse guerre engagée contre le médicament illicite
http://www.camer.be/index1.php?art=5762

Medicaments de Rue : Les opérations de charme visant à lutter contre les
médicaments illicites se sont déroulées hier dans nombre de villes
camerounaises. Le temps de célébrer la journée africaine de lutte contre la
vente illicite du médicament.

Selon les statistiques de l?Oms, un médicament sur cinq vendu est périmé,
détérioré ou de mauvaise qualité et un sur trois est vendu hors des circuits
autorisés en Afrique subsaharienne notamment.

Au regard des dégâts que causent les médicaments de la rue, les Nations
unies ont institué depuis cinq ans déjà, une journée (le 28 mai de chaque
année) visant à soutenir la campagne de sensibilisation des populations sur
les dangers du médicament de la rue.

Le Cameroun s?est joint à la communauté africaine hier jeudi, pour célébrer
la 6e journée de lutte contre la vente illicite des médicaments ayant pour
thème ?Sensibilisation de la mère et de l?enfant aux dangers du marché
illicite du médicament en Afrique francophone?. A Douala comme à Bafoussam,
les autorités sanitaires et du Commerce notamment, ont marqué cette
célébration par des saisies sporadiques des médicaments vendus illicitement.
Un scénario auquel l?on assiste depuis quelques années et l?on se demande
s?il est vraiment efficace. Puisque dès le passage des autorités, les étals
refont surface aux abords des rues.

Forces de l?ordre

C?est le cas à Douala où nos pharmaciens de la rue ne sont nullement
inquiétés par quiconque. La lutte contre le désordre urbain n?a pas empiété
sur leurs activités. Malgré le déguerpissement de nombreux commerçants à
Ndokotti, ces derniers se sont retranchés vers l?ancienne gare de Nyalla.
Hommes et femmes proposent aux passants des médicaments à des prix dit-on,
bas. Même scène au marché central de Douala. Les plus courageux, sur des
étals de fortune, (une petite table en bois sous un parasol) ont pris le
risque d?exposer leurs produits, non sans être aux aguets de l?apparition
d?un agent de la santé ou des forces de l?ordre.

Selon des informations déjà glanées sur la question, l?approvisionnement des
vendeurs illicites provient en partie du marché pharmaceutique national et
extérieur. Aussi bien à Ndokotti qu?ailleurs, les réseaux de ravitaillement
sont les mêmes. ? Nous avons des produits qui viennent du Nigeria. Ceux qui
font le voyage ajoutent 50 ou 100 F Cfa sur le produit, et nous ajoutons
aussi quelque chose pour se faire un bénéfice ?, explique un vendeur. Outre
le Nigeria, les produits dits français viendraient du Gabon. ? Au Gabon, le
marché du médicament n?est pas organisé comme ici où il faut être pharmacien
pour avoir accès aux médicaments dans un laboratoire par exemple. Tout le
monde peut acheter les médicaments, il suffit d?avoir de l?argent ?,
informe-t-on.

Sur le plan national, les vendeurs indexent les délégués médicaux et
d?autres circuits parallèles entretenus par les médecins, les pharmaciens,
et ceux qui ont en charge la distribution des médicaments. Ce marché s?est
développé au fil des ans, et on y trouve outre des commerçants, des
paramédicaux qui ont des boutiques dans les différents quartiers de la
ville, et qui ouvrent généralement la nuit tombée. Pour nombre d?entre eux,
ce métier constitue leur gagne pain et ils ne le trouvent pas dangereux à
partir du moment où ils sont sûrs des sources de ravitaillement. Dont le lot
est très souvent composé des antipaludiques, antibiotiques, antalgiques,
antiparasitoses, etc.

Une lutte multisectorielle

Pour protéger la santé publique, toute la chaîne du médicament est encadrée
par des mesures législatives et réglementaires dans tous les Etats du monde.
Un contrôle de l?application de ces mesures est nécessaire depuis la
production jusqu?à la distribution, voire jusqu?à la destruction des
produits non utilisés. Les médicaments de la rue, pour certains, sont de
bons médicaments qui viennent de ces circuits mais qui ne sont pas vendus au
bon endroit. Le conditionnement par exemple, est un élément clé pour que le
médicament garde son principe actif. Ainsi, il est indiqué qu?ils ne doivent
pas être exposés aux rayons solaires mais plutôt conservés dans un
réfrigérateur ou à une température bien indiquée sur l?emballage. Or, dans
les circuits de vente illicite du médicament, les produits sont exposés en
plein air et subissent toutes sortes d?intempéries.

En outre, la plupart des produits vendus voient leur date de péremption
courte et lorsqu?ils sont livrés au poteau, il arrive qu?ils soient périmés
avant d?être achetés. Le souci du vendeur étant de rentrer dans ses frais.
En rappel, une étude a été réalisée en 1994 par l?association française
Réseau médicaments et développement (RemeD) sur la qualité des médicaments
sur le marché pharmaceutique africain, à la demande de l?Oms. Des
échantillons ont été prélevés dans les circuits illicites. Sur les 268
échantillons prélevés au Cameroun sur les marchés ou dans des boutiques non
autorisées, 47 ont été reconnus non conformes par l?analyse effectuée dans
des laboratoires français. Sur ces 47 non conformes, 16 ne contenaient pas
le principe actif attendu.

Les conséquences sont légions. Au-delà des risques collectifs connus, comme
le développement des résistances bactériennes, les risques individuels sont
largement illustrés par les exemples. Parmi les acheteurs, provenant de
toutes les couches de la société, on a enregistré des cas de mort collective
dans une famille ayant absorbé des médicaments en provenance de la rue à
Ebolowa, dans le Sud.

Aujourd?hui, l?élimination du marché illicite exige un véritable engagement
politique, exprimé au-delà du discours et de quelques opérations de charme.
L?on devrait impliquer les forces de sécurité publique : douanes,
gendarmerie, police, eaux et forêts, armée. Ces différents corps doivent
normalement apporter leur concours pour faire respecter la réglementation
pharmaceutique (importation, ventes illicites) et pour renseigner les
autorités politiques et administratives, sans oublier leur rôle dans la
répression des infractions. De l?avis général, le succès de la lutte contre
le marché illicite repose aussi sur la simultanéité des interventions dans
les différentes régions. Ces interventions demanderont du temps, notamment
pour sensibiliser les consommateurs aux risques encourus et faire changer
les comportements. Pour cela, des moyens financiers sont à trouver sur le
plan national, et avec l?appui des bailleurs de fonds.
© La Nouvelle Expression : Florine Nseumi Léa
Paru le 29-05-2009 09:49:27