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[e-med] Monkey pox en RDC: au moins 220 cas enregistrés, 22 décès


  • From: "remed" <remed@remed.org>
  • Date: Thu, 22 May 2008 10:05:37 +0200

Monkey pox en RDC: au moins 220 cas enregistrés, 22 décès (ministère)
KINSHASA, 21 mai 2008 (AFP)

Au moins 220 cas d'épidémie de Monkey pox, dont 22 décès, ont été
enregistrés depuis janvier dans plusieurs zones de la province de
l'Equateur, dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC),
a-t-on appris mercredi auprès du ministère de la Santé.

Selon les statistiques publiées à Kinshasa par la direction chargée de la
surveillance des épidémies, cette maladie touche davantage les habitants des
zones de Befale, Boende, Mompono ainsi que de Ligomo, dans le district de la
Tshuapa.

La prise en charge des malades est assurée par des structures locales du
ministère de la Santé avec l'appui notamment de l'Organisation mondiale de
la santé (OMS).

Une équipe de spécialistes du Center for Disease Control (CDC) d'Atlanta
(Etats-Unis) avait séjourné la semaine dernière à Befale pour enquêter sur
l'épidémie de Monkey pox et assurer la formation du personnel de santé.

********************
[pour actualiser vos connaissances, visitez cet excellent site en français http://medecinetropicale.free.fr
bravo pour les réalisateurs CB]

Monkey-pox chez une enfant ivoirien. Cas clinique
http://medecinetropicale.free.fr/casmonkey_pox.html
Médecine Tropicale
Diplôme de Médecine Tropicale des pays de l'Océan indien


Observation

Une fillette de 3 ans est amenée au secteur de santé rural de Daloa (Côte
d?Ivoire) pour une éruption vésiculeuse ayant fait évoquer une varicelle
grave.

La maladie a débuté il y a 4 jours par une fièvre à 39°C avec céphalées.
L?éruption a été constatée 48 heures plus tard, d?abord sur le thorax, puis
sur tout le corps en quelques heures.

A l?examen, on retrouve des vésicules de grande taille, circulaires ou
ovalaires, d?un diamètre de 6 à 10 mm, en relief (d?environ 2 mm), tendues,
blanc grisâtres, avec tendance à l?ombilication. Elles reposent sur une base
érythémateuse. Les vésicules sont nombreuses (plusieurs centaines) réparties
sur tout le corps, y compris le cuir chevelu, la paume des mains et la
plante des pieds. Elles tendent à confluer autour des lèvres.

Il existe un énanthème oro-pharyngé et un catarrhe oculaire discret.
L?atteinte générale est limitée à une fièvre à 38°C.
Il n?a pas été pratiqué à l?entrée d?examen de laboratoire.


Quel(s) diagnostic(s) évoquez-vous ?
Quels examens paracliniques pourraient confirmer le diagnostic ?
Quelles réflexions vous inspirent cette maladie, compte tenu du risque
actuel de bio-terrorisme ?


Discussion
Il faut éliminer une varicelle, fréquente chez l?enfant partout dans le
monde. Cependant, les signes décrits ne sont pas ceux d?une varicelle. La
varicelle a, en effet, une expression clinique caractéristique : prurit,
topographie initiale centrale, poussées successives, différents stades des
lésions (papules, vésicules, pustules) durant quelques heures et non
quelques jours, lésions non synchrones.

Ici, l?éruption est apparue en un jour, sans autre lésion par la suite, et
les lésions sont au même stade d?évolution sur tout le corps (vésicules avec
tendance à l?ombilication). Cet aspect est, en fait, très évocateur de
variole. Mais la variole est éradiquée depuis 1980.

Il s?agit bien, cependant, d?une infection à orthopox-virus, Au genre
orthopox-virus appartiennent le virus de la variole (smallpox) ; le virus de
la vaccine ou variole bovine (cowpox), agent actif du vaccin antivariolique
; le virus de la variole du chameau (camelpox) ; et le virus de la variole
du singe (monkeypox). Il s?agit ici d?un monkey-pox ou «variole simienne».

Le virus du monkey-pox a été isolé en 1956 de singes Macacus cynomolgus.
Puis, le monkey-pox a été reconnu chez l?homme en 1970 en République
démocratique du Congo (ex-Zaïre). De 1970 à 1985, des cas ont été rapportés,
en contact avec la forêt, principalement en RDC, avec une mortalité de 10 à
17%, certains rongeurs comme les écureuils arboricoles constituant, plus que
les singes, le principal réservoir de virus. Le monkey-pox a ré émergé en
1996 sur un mode épidémique en RDC : 511 cas ont été authentifiés en
1996-1997 avec une mortalité de 1,5 à 3%. Le fait nouveau, essentiel, a été
la très forte proportion de cas secondaires (73%) par transmission inter
humaine directe. Au cours de cette épidémie, des animaux ont été capturés,
avec parmi les animaux infestés, des écureuils arboricoles, des rats géants
de Gambie. Le monkey-pox a été rapporte aussi au Cameroun, au Gabon, en
République centrafricaine, en Côte d?Ivoire, en Sierra Léone, au Libéria.
C?est une maladie des animaux vivants dans les forêts humides d?Afrique
centrale et d?Afrique de l?ouest , transmise par contact direct d?animal à
animal, d?animal à l?homme, et d?homme à homme, le rôle de la chasse étant
évoqué ( animaux « viande de brousse »).

En 2003, le monkey-pox a provoqué une épidémie aux USA, avec 82 cas humains,
la source de l?infection étant des rats de Gambie et des écureuils
arboricoles importés du Ghana, porteurs du monkey-pox virus, ayant
contaminés des chiens de prairie familiers et un lapin, lesquels ont à leur
tour infestés des amateurs d?animaux de compagnie.

Dans l?observation rapportée, le diagnostic a été confirmé par le
prélèvement de croûtes au 8ème jour de l?éruption, prélèvement adressé au
CDC d?Atlanta, qui a mis en évidence le virus en microscopie électronique et
par culture. Le traitement du monkey-pox est symptomatique. Pendant
l?épidémie des USA, l?aciclovir ou le ganciclovir ont été utilisés. Il n?y a
pas eu de décès.

Cette observation d?une orthopoxvirose permet d?évoquer la variole. La
transmission de la variole est inter humaine et se fait par contact direct,
dès la fièvre installée et pendant la première semaine de l?éruption,
lorsque le virus est libéré par les voies respiratoires (aérosols,
gouttelettes de Flügge, mais aussi systèmes de ventilation en milieu fermé),
ou plus rarement par le linge contaminé, vêtements et draps. Les lésions de
la variole sont à distribution centrifuge, prédominant à la face et aux
extrémités. Elles passent du stade de macules à celui de papules, puis de
vésicules et de pustules. Toutes les lésions évoluent simultanément dans une
zone donnée. L?infection à Orthopoxvirus est confirmée par la mise en
évidence des particules vaccinales en microscopie électronique. La culture
et / ou les techniques de biologie moléculaire (PCR) permettent
l?identification du virus. Il n?existe pas de traitement étiologique
efficace. Un antiviral, le cidofovir, est actif en laboratoire. Le
traitement est donc symptomatique. En pratique, le seul traitement est la
vaccination, administrée jusqu?à 4 jours après l?exposition au virus : le
vaccin antivariolique contient un virus vivant de la vaccine, l?immunité qui
résulte de la vaccination par le virus de la vaccine protége contre la
variole.

La vaccination antivariolique protége contre toutes les orthopoxviroses,
dont le monkey-pox, mais le nombre limité de cas, la faible transmission
inter-humaine et le risque de complications graves de la vaccination en
particulier chez les personnes immunodéprimées rendent peu probable le
retour à l?utilisation du vaccin antivariolique dans le monde.

La variole a été éradiquée en 1880 (OMS) Depuis 1998, la découverte d?un
programme secret de développement d?armes biologiques en ex-URSS a posé le
problème des trois maladies les plus fréquemment évoquées en matière de
bio-terrorisme : la variole, le charbon et la peste. D?autre part, 500 000
militaires américains ont été vaccinés avant la guerre d?Irak (risque de
bioterrorisme).

Les principales complications de la vaccination antivariolique classique
sont les encéphalites, les kératites (autoinoculation par grattage), la
vaccine généralisée, ? Elles nécessitent l?emploi de nouveaux vaccins plus
surs (vaccins produits en cultures cellulaires). Parallèlement, la recherche
d?antiviraux actifs sur les poxvirus doit être encouragée afin de disposer
d?une deuxième ligne de défense en cas de réemergence de la variole et aussi
pour faire face au développement d?autres poxviroses.


Références
Aubry P., Touze J.E. Cas cliniques en Médecine Tropicale. La Duraulié ed.,
mars 1990, p. 153-154.
Mérouze F., Matton T., Bertherat E., Dalco O. Actualité du monkey-pox. Med.
Trop., 1999, 59, 53-54.
Georges A.J., Georges-Courbot M.C. Les biorisques liés aux orthopoxvirus :
faut-il revacciner contre la variole. Med. Trop., 1999, 59, 483-487.
REH. Variole. 2001, 44, 337-344.
Gillet A.M. Faut-il vacciner contre la variole ? Forum des Xémes actualités
du Pharo. Comte-rendu. Med. Trop., 2003, 63, 643-648.
Chastel C. Quand le monkey-pox réussit à s?échapper d?Afrique. Virologie,
2004, 8, 83-86.


Iconographie :
Photographie d?un enfant atteint de variole : pustules au 6éme jour de la
maladie


Professeur Pierre Aubry. Mise à jour le 08/08/2005.