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[e-med] Un nouveau test de dépistage de la tuberculose plus efficace pour les malades du SIDA


  • From: "remed" <c.bruneton@remed.org>
  • Date: Thu, 21 Feb 2008 18:30:07 +0100

Un nouveau test de dÃpistage de la tuberculose plus efficace pour les malades du SIDA
IRD FICHES SCIENTIFIQUES 2008 nÂ286
http://www.ird.fr/fr/actualites/fiches/

Ces dix derniÃres annÃes, le VIH est devenu le principal facteur responsable de la hausse de lâincidence de la tuberculose observÃe en Afrique. Chez les patients porteurs du VIH, la sensibilità au test tuberculinique (TT), est diminuÃe, ce qui le rend peu fiable pour le diagnostic et le suivi de lâinfection tuberculeuse.

De nouvelles techniques reposant sur la mesure in vitro du niveau dâInterfÃron-Î produit par les lymphocytes T en prÃsence dâantigÃnes spÃcifiques du bacille de la tuberculose, ont Ãtà rÃcemment dÃveloppÃes. Des Ãtudes menÃes principalement en zone de faible endÃmie tuberculeuse ont dÃjà montrà une sensibilità et une spÃcifi cità accrue de ces tests par rapport au TT. Une Ãquipe de lâIRD, en collaboration avec plusieurs organismes de recherche1, vient de publier une Ãtude visant à comparer la validità dâun de ces tests, utilisant la mÃthode ELIspot2, avec celle du TT chez des patients infectÃs par le VIH. DâaprÃs les premiers rÃsultats obtenus, il apparaÃt que lâELIspot est plus sensible que le test cutanà pour le diagnostic de lâinfection tuberculeuse, permettant ainsi un meilleur dÃpistage chez les malades du SIDA.

LâOrganisation mondiale de la santà (OMS) estime à 9 millions le nombre de nouveaux cas de tuberculose survenant dans le monde chaque annÃe.
Sur le continent africain, la croissance de cette maladie reste particuliÃrement forte du fait de la proportion importante de patients sÃropositifs au VIH (prÃs de 13% contre moins de 1%, par exemple, dans les pays asiatiques). Dans cette rÃgion du monde, le SIDA et la tuberculose, dont la progression conjuguÃe sâaccÃlÃre, forment en effet une association meurtriÃre car le virus affaiblit le systÃme immunitaire des individus qui en sont victimes.

De ce fait, une personne infectÃe par le VIH qui est aussi contaminÃe par le bacille de Koch a un risque accru de dÃvelopper la tuberculose par rapport à une personne non infectÃe. Depuis plusieurs dÃcennies, le diagnostic de lâinfection tuberculeuse sâÃtablit sur la base de la positività au test cutanà tuberculinique.

Celui-ci a cependant une fi abilità limitÃe dans les pays à forte endÃmie car la prÃsence, dans lâenvironnement, de mycobactÃries similaires à celle de la tuberculose et la vaccination, dÃs la naissance, par le BCG, peuvent fausser les rÃsultats. De plus, chez les patients porteurs du VIH, la sensibilità du test est fortement diminuÃe du fait de leur incapacità à dÃvelopper une rÃaction allergique, sur laquelle repose justement le test cutanÃ. La tuberculose contribuant largement à la mortalità par le VIH, il est cependant primordial de pouvoir diagnostiquer lâinfection prÃcocement afin dâentreprendre un traitement adaptà et prÃvenir le dÃveloppement dâune tuberculose maladie.

La mise au point de nouveaux tests IGRA3 reposant sur la mesure in vitro de la sÃcrÃtion dâInterfÃron-Î par les cellules T mises en prÃsence dâantigÃnes spÃcifi ques de MycobactÃrium tuberculosis, le germe responsable de la tuberculose, permettent aujourdâhui de pallier les dÃfauts du test cutanÃ. Bien que ces nouvelles mÃthodes de diagnostic soient plus effi caces que le test tuberculinique (TT) dans un contexte de faible endÃmicità tuberculeuse, leur validità dans des populations oà le risque dâinfection

tuberculeuse latente est ÃlevÃ, doit encore Ãtre clairement Ãtablie. La publication rÃcente des rÃsultats dâune Ãtude menÃe au SÃnÃgal et coordonnÃe par lâIRD en collaboration avec dâautres institutions scientifiques permet dâen savoir plus sur lâeffi cacità comparÃe de la mÃthode immunologique et du test tuberculinique classique. Pour cela, les chercheurs ont Ãtabli deux cohortes de patients rÃsidant dans la rÃgion de Dakar : la premiÃre regroupait des personnes infectÃes par le VIH mais ne prÃsentant pas de tuberculose avÃrÃe ; la seconde rassemblait des patients tuberculeux ainsi que les personnes du foyer ayant Ãtà en contact avec eux pendant une pÃriode donnÃe.

Pour la premiÃre cohorte, 285 adultes nouvellement infectÃs par le VIH et ne prÃsentant aucun signe clinique ou radiologique de tuberculose ont Ãtà sÃlectionnÃs au Centre hospitalier national universitaire de Fann (Dakar) entre 2003 et 2004. Au dÃbut de lâÃtude, un test ELIspot et un TT ont Ãtà rÃalisÃs pour chacun des patients.

Sur la base du TT, 21% (53/247) dâentre eux prÃsentaient une infection tuberculeuseau moment du test. Cette proportion
atteignait en revanche 51% (125/247) avec le test ELIspot. Il apparaÃt donc que ce dernier est plus sensible que le TT quel que soit le stade de lâÃvolution de la maladie. Les scientifi ques ont toutefois observà que la capacità de rÃponse du test ELIspot dÃcroÃt avec la diminution du taux de lymphocytes CD4, ce qui semble indiquer les limites de ce type de test chez les patients fortement immunodÃprimÃs, comme peuvent lâÃtre des personnes à un stade avancà dâune infection par le VIH.

En parallÃle, une cohorte de mÃnages de 243 patients tuberculeux a Ãtà suivie pendant 2 ans. Lâobjectif Ãtait cette fois
de dÃterminer la capacità du test ELISpot à prÃdire, parmi les personnes vivant au contact de ces individus, ceux qui encourentle plus de risque de dÃvelopper la maladie. Entre janvier 2004 et mars 2005, 3072 contacts ont Ãtà identifi Ãs pour lâensemble des patients tuberculeux. Selon les rÃsultats prÃliminaires, la sensibilità des deux tests Ãtait comparable dans cette cohorte, lâELIspot disposant toutefois dâune meilleure spÃcifi cità puisquâil nâest pas infl uencà par la vaccination rÃcente par le BCG.

Les donnÃes recueillies tout au long de ces Ãtudes doivent maintenant Ãtre analysÃes plus en dÃtail afi n de dÃterminer si les nouveaux tests basÃs sur la mesure de la rÃponse immunitaire à des antigÃnes spÃcifiques de M. tuberculosis peuvent servir de moyen de diagnostic fiable de lâinfection tuberculeuse dans les zones gÃographiques oà la maladie est endÃmique et bÃnÃfi cie dâune forte couverture par le BCG. Ces investigations devraient Ãgalement permettre de savoir si ces tests pourront, à lâavenir, servir de marqueurs du dÃveloppement de la maladie au sein dâune population donnÃe.

RÃdaction DIC - GrÃgory FlÃchet
Pour en savoir plus
GrÃgory FlÃchet, coordinateur
DÃlÃgation à lâinformation et à la communication
TÃl. : +33(0)1 48 03 76 07 - fax : +33(0)1 40 36 24 55 - fi chesactu@ird.fr

1. Ces travaux coordonnÃs par lâIRD ont Ãtà menÃs dans le cadre du projet AFTBVA C (DÃveloppement d âun vaccin anti-tuberculeux en Afrique), en collaboration avec des chercheurs du Medical Research Council anglais, de lâuniversità dâOxford, de lâInstitut Pasteur de Bruxelles, du Laboratoire de bactÃriologie et virologie de lâhÃpital Le Dantec (SÃnÃgal), des services des Maladies infectieuses et de Pneumologie du Centre hospitalier national de Fann (Dakar).

2. Le test mesure la libÃration dâinterfÃron-Î (IFN-Î) par les cellules T stimulÃes par des antigÃnes spÃcifi ques du germe de la tuberculose (Mycobacterium tuberculosis).
Le nombre de cellules T sÃcrÃtant lâIFN-Î est dÃterminà en comptant les taches (âspotsâ) sur une membrane recouvrant les puits dâune plaque dâELISA. Chaque âspotâ reprÃsente une cellule T sÃcrÃtant lâIFN-Î.

3. Ces tests sont dÃnommÃs de maniÃre gÃnÃrique IGRA (Interferon-Î Release Assays). Les versions commerciales
disponibles sont le QuantiFERONT B - G o l d  e t l e T- S P O T T B  .
RÃsultats dâun test IGRA : chaque point violet ou Âspot correspond à une cellule T sÃcrÃtant lâinterfÃron-Î.


>> Institut de recherche pour le dÃveloppement - 213, rue La Fayette - F-75480 Paris cedex 10 - France - www.ird.fr

RÃFÃRENCE :
KARAM F, MBOW F, FLETCHER H, SENGHOR CS, COULIBALY K, LEFEVRE A, NGOM GUEYE NF, DIEYE T, SOW PS, MBOUP S, LIENHARDT C,
Sensitivity of IFN-Î Release Assay to detect Latent Tuberculosis Infection is retained in HIVinfected Patients but dependent on HIV/AIDS Progression, PLOS One, 3(1) : e1441, 2008