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[e-med] L'Indonésie envisage de délivrer des licences obligatoires pour trois ARV


  • From: "remed" <remed@remed.org>
  • Date: Thu, 29 Nov 2007 09:36:57 +0100

Intellectual Property Watch
29 November 2007

L?Indonésie envisage de délivrer des licences obligatoires pour trois
nouveaux médicaments contre le VIH/sida
Posted by Catherine Saez @ 8:57 am

http://www.ip-watch.org/weblog/index.php?p=848
Sinfah Tunsarawuth pour Intellectual Property Watch

BANGKOK - L?Indonésie envisage actuellement d?exercer les droits prévus par
sa législation pour produire, sans l?autorisation des titulaires de brevets,
des versions meilleur marché de trois nouveaux médicaments contre le
VIH/sida. Le pays a déjà fait usage de ce droit pour fabriquer trois
médicaments similaires.

Selon le docteur Samsuridjal Djauzi, impliqué dans les activités du
gouvernement relatives aux licences obligatoires, l?Indonésie a besoin des
trois antirétroviraux (ARV) de deuxième intention destinés aux patients
atteints du VIH/sida et le financement actuel de ces traitements pourrait
vite s?épuiser. « Certains malades du VIH/sida développent une résistance
aux médicaments de première intention au cours de leur traitement. Ils ont
donc besoin des médicaments de deuxième intention pour renforcer leur
immunité », a-t-il ajouté.

M. Djauzi, qui enseigne la médecine dans une université de Jakarta
(University of Indonesia) et travaille dans une clinique auprès des patients
atteints du VIH/sida, a précisé que les trois médicaments en question
étaient le tenofovir, la didanosine et le lopinavir. Lors d?un entretien
accordé à Intellectual Property Watch, le Dr. Djauzi a évoqué les coulisses
d?une réunion sur les licences obligatoires qui s?est tenue à Bangkok du 21
au 23 novembre. Il a confié que son groupe de travail était en train de
collecter des données sur les trois nouveaux médicaments. Les informations
recueillies permettront de soumettre des propositions au ministre de la
santé, qui prendra alors une décision. Le tenofovir, la didanosine et le
lopinavir sont les noms génériques des versions brevetées des médicaments
respectivement fabriqués et commercialisés par Gilead Sciences,
Bristol-Myers Squibb et Abbott Laboratories.

Selon M. Djauzi, environ 10 000 patients indonésiens sont actuellement
traités avec des ARV de première intention et, normalement, moins de 5 %
d?entre-eux devraient développer une résistance et nécessiter un traitement
par ARV de deuxième intention, plus coûteux.

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
approvisionne actuellement l?Indonésie en ARV de deuxième intention.
Cependant, d?après M. Djauzi, cet approvisionnement pourrait être interrompu
d?ici peu de temps si le Fonds décidait de ne plus aider le pays.

En 2004, l?Indonésie avait déjà publié un décret présidentiel qui autorisait
l?utilisation de licences obligatoires pour fabriquer deux ARV (la
lamivudine et la névirapine). En mars 2007, ce décret a été renouvelé pour
permettre la fabrication d?un autre ARV, l?éfavirenz, qui a remplacé la
névirapine en tant que médicament de première intention.

La lamivudine, l?éfavirenz et la zidovudine sont les trois ARV de première
intention que l?Indonésie utilise pour traiter les malades du VIH/sida. Le
brevet de la zidovudine ayant déjà expiré, le pays n?a pas imposé de licence
obligatoire sur ce médicament. Ces trois médicaments sont à présent produits
sur place par l?entreprise pharmaceutique publique PT Kimia Farma.

Selon M. Djauzi, si des licences obligatoires étaient délivrées pour les
trois ARV de deuxième intention, l?Indonésie devrait certainement importer
d?Inde les composants des médicaments. Néanmoins, le pays serait en mesure
de fabriquer les versions génériques sur place.

Le Dr. Djauzi a reconnu que le prix des ARV de deuxième génération avait
baissé depuis que l?industrie locale a commencé à fabriquer les versions
génériques des traitements de première intention. Cependant, le médecin
n?est pas certain que les entreprises pharmaceutiques multinationales
maintiendront les prix à ce niveau si la menace d?éventuelles licences
obligatoires et la concurrence que représentent les médicaments génériques
ne les y incite pas.

« Certes, les prix sont bas pour le moment, mais pour combien de temps
encore ? », s?inquiète le médecin indonésien. « La société souhaite pouvoir
bénéficier d?un approvisionnement durable en ARV à un prix abordable. Il est
donc vivement souhaitable que ces médicaments soient produits dans notre
propre pays ».

Dans le document qu?il a présenté lors de la réunion de Bangkok, le Dr.
Djauzi a déclaré que, bien que le nombre d?Indonésiens atteints du VIH/sida
ait été estimé entre 190 000 et 210 000 en 2006, le nombre actuel de
patients traités par ARV s?élève seulement à 10 000. Ce chiffre pourrait
passer à 30 000 fin 2008. Plus tard, au cours de l?entretien accordé à
Intellectual Property Watch, M. Djauzi a affirmé qu?en l?absence d?un
programme de contrôle efficace, le nombre de malades du VIH/sida en
Indonésie pourrait atteindre un million en 2010.

« À long terme, les versions génériques des médicaments brevetés seront
beaucoup plus utilisées dans les pays en développement », a-t-il conclu.