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[e-med] Abidjan : la poubelle des produits pharmaceutiques


  • From: "remed" <remed@remed.org>
  • Date: Mon, 15 Oct 2007 09:56:32 +0200

Le Front No: 1620 du Jeudi 11 Octobre 2007
Santé . / Vente illicite des médicaments de rue
Abidjan : la poubelle des produits pharmaceutiques
http://www.lefront.com/main.asp?action=lire&rname=Soci%C3%A9t%C3%A9&id=20796

Le phénomène des médicaments de la rue n?épargne aucun pays d?Afrique du sud
du sahara. Mais la Côte d?Ivoire tend à voler la palme d?or. Naguère
pratiqué par de petits vendeurs à la sauvette, aujourd?hui ce commerce se
fait au vu et au su de tous. Au marché d?Adjamé, l?une des communes
abidjanaises, une superficie de plus d?un hectare lui est réservée. Là-bas
tout se vend : antalgiques, antibiotiques, viagra, vaccins. Et sous toutes
les formes; comprimés, gélules, injections? certains parlent même de poches
de sang.
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Seulement voilà, nos pharmaciennes (sur ce marché c'est uniquement la gent
féminine qui y exerce), pour la plupart sont analphabètes. Aussi les
produits subissent-ils les conditions de conservation les plus
inimaginables. Les mieux installées des commerçantes le sont sous des
hangars et leurs produits étalés sur des tablettes. Quand aux autres, elles
se disputent les lopins du Boulevard Nangui Abrogoua, les produits exposés
directement sous le soleil. Ils sont vendus en général en vrac. Les
emballages en cartons étant la plupart du temps détruits par l?humidité.
Mais Adjamé Roxy n?est pas le seul marché du genre à Abidjan. En fait, ce
sont tous les marchés de la mégapole ivoirienne et tous ses carrefours les
plus fréquentés, en dehors bien sûr de Cocody, la commune résidentielle.

Une forte présence des produits d?origine chinoise

Les produits pharmaceutiques chinois ont fait leur apparition en grand
nombre au milieu des années 90. A cette époque, seuls quelques jeunes gens
les vendaient dans des box aux coins des rues. Aujourd?hui, ce sont des
centrales d?achats éparpillées dans tout Abidjan. Avec des commerciaux
formés à la vente. Ces derniers dont l?âge varie entre 25 et 35 ans vendent
leurs marchandises dans les cars de transport interurbains et les bateaux
bus. On peut les estimer à plus d?un millier.

L?argument principal est le prix. Leurs produits sont toujours, d?après eux,
environ cinq fois moins chers que ceux des officines. Le second argument de
vente est la prétendue innocuité de leurs médicaments en ce sens qu?ils
seraient naturels. C?est en effet sur la base de ce même argument que les
autorités ivoiriennes ont signé avec la Chine une convention leur permettant
de vendre leurs produits pharmaceutiques dans la rue plutôt que dans les
officines comme l?exige la lois. Mais la réalité est bien différente ; la
pharmacie chinoise telle qu?on la connaît dans les rues d?Abidjan est plus
chimique que phytothérapique.

Seul contre tous, l?Ordre des pharmaciens mène son combat.

Elue en avril 2004, la nouvelle équipe ordinale, présidée par le bouillant
Kouassi Parfait, s?est donné comme priorité la lutte contre les médicaments
de la rue. Les objectifs sont ambitieux. Mais face à une mafia de plus en
plus organisée et disposant d?appui en haut lieu, le combat n?est pas gagné
d?avance.

Du côté des autorités, l?on semble avoir baissé les bras. Car ce commerce,
comme nous l?avons dit, se fait au su et à la vue de tous. Mais personne ne
réagit. Pire, les trafiquants semblent avoir leur bénédiction. Pour vous
faire une idée de la situation, il n?y a que cette affaire devenue "affaire
Véhi Bernard" (voir encadré 1). Interrogé sur le plateau du journal de 20h
de la RTI, la télévision nationale, à propos de cette attitude des
autorités, le Président de l'Ordre avait avoué ne pas la comprendre
lui-même. Et de prendre l'exemple du Burkina qui, selon lui, a réussi à
enrayer le phénomène rien que par un coup de fil présidentiel.

Mais soutien ou pas le Conseil national de l?Ordre des Pharmaciens de Côte
d?Ivoire (CNOP-CI) veut aller jusqu'au bout de son combat. Et cela commence
en interne, par les pharmaciens fournisseurs de certains trafiquants.

Suppression de divers comptes chez les grossistes

Jusque-là, les pharmaciens d?officine avaient chez les grossistes deux
comptes. L?un officiel et l?autre dit personnel. Les pharmaciens
fonctionnaires pouvaient également s?approvisionner directement auprès des
grossistes au moyen de comptes semblables. Pour une meilleure traçabilité
des produits pharmaceutiques, tous ces comptes parallèles ont été supprimés.
De même, seules les formations sanitaires disposant de pharmaciens en leur
seins peuvent s?approvisionner auprès des grossistes ou de la Pharmacie de
la Santé Publique (PSP).

En réalité, d?après le docteur Kouassi, il n?y a rien de nouveau. "Ces
dispositions légales et réglementaires existaient. L'on avait décidé à un
moment donné de les contourner. Nous, nous ne faisons que les appliquer avec
un peu plus de rigueur" soutient-il. Mais cette rigueur n'est pas faite pour
plaire à tout le monde. Le vendredi 1er juin dernier, aux environs de 9 h
(GMT et locale), le siège du CNOP-CI a reçu la visite d'hommes armés qui
demandaient à voir M. Kouassi Parfait. Heureusement ce dernier venait de
quitter les locaux cinq minutes avant. Deux de ses confrères n'ont pas eu sa
chance. Ils ont été violentés et humiliés.

Jusque-là les menaces s'étaient limitées aux coups de fils anonymes. Pour sa
part, même s'il a dû s'adjoindre les services d'une garde rapprochée pendant
un certain temps, le Président de l'Ordre s'engage à poursuivre le combat.
Pour lui, au-delà de la défense des intérêts de la corporation, les
médicaments de la rue sont un réel problème de santé publique.

Les médicaments de la rue : un risque réel pour les malades

En effet, ce que les milieux sanitaires reprochent aux produits
pharmaceutiques de rue c'est qu'ils sont en général issus de la contrebande
et de la contrefaçon ; or il est prouvé que ces produits contrefaits sont en
général sous dosés ou ne contiennent, parfois aucun principe actif. Certains
sont simplement nocifs. Il y a quelques mois, le ministère de la santé a dû
procéder au retrait de deux médicaments jugés dangereux. Ces produits
qualifiés d"illégaux" par les autorités sanitaires ivoiriennes, s'étaient
retrouvés, on ne sait trop comment, dans des centres de santé publics et
privés.

Dans le meilleur des cas, quand les médicaments de la rue sont de bonne
qualité, leur manipulation, leur conditionnement et la qualification de ceux
qui les délivrent en font un danger. Beaucoup de professionnels de santé
lient la progression de certaines pathologies comme les insuffisances
rénales, les perforations intestinales, les troubles cardiaques? et les
résistances aux antibiotiques, à la consommation des médicaments de la rue.

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