[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]

[e-med] Inde. Delhi manque de remède contre la contrefaçon


  • From: "e-med" <e-med@healthnet.org>
  • Date: Fri, 6 Jul 2007 11:12:49 +0200

Delhi manque de remède contre la contrefaçon
Magazine Challenges | 05.07.2007 |
http://www.challenges.fr/monde/1183586400.CHAP1019825/delhi_manque_de_remde_
contre_la_contrefaon.html

En Inde, le Parlement tarde à voter la nouvelle loi contre les fabricants de
faux médicaments.

Dans le quartier de Bhagirath, à New Delhi, des dizaines de porteurs en
blouse rouge se faufi lent entre des carrioles de bois, avec sur leur tête
des cartons de médicaments. Sur les comptoirs, des centaines de gélules
vides, emballées dans des sacs en plastique, sont en vente.

« Le pharmacien qui les achète peut effectuer les dosages qu'il souhaite »,
dit un grossiste. Bhagirath est le royaume de la contrefaçon. Ici, même les
copies de génériques y sont en vente libre. Les boîtes de Vigora, générique
du Viagra, sont vendues 50 centimes d'euro au lieu de 2 euros. De la craie
est vendue à la place du paracétamol, et de l'eau en guise d'insuline. Ces
faux médicaments sont fabriqués dans des ateliers clandestins situés dans le
nord de l'Inde. Ils regagnent ensuite la capitale, mélangés à des originaux
à bord des camions pour passer inaperçus lors d'éventuels contrôles. En
2004, sur un échantillon de 53 médicaments en vente dans ce marché,
l'association des médecins de Delhi n'en a trouvé que quatre authentiques.
Alors que le gouvernement estime que 0, 5 % des médicaments vendus dans le
pays sont des contrefaçons, l'association des chambres de commerce assure
qu'elles représentent 30 % du marché, soit un chiffre d'affaires légèrement
supérieur à 2 milliards d'euros par an.

Ces contrefaçons sont dangereuses, et peuvent même se révéler fatales. Mais
il est impossible d'évaluer le nombre de victimes. « La contrefaçon est
l'arme parfaite. Elle disparaît lorsque le malade avale la pilule
, dénonce Ranjit Shahani, président de Novartis India. Ensuite, le décès est
attribué à la maladie, pas au prétendu médicament . »

Pour lutter contre ces « armes de destruction massive » , selon l'expression
employée par Ramesh Adige, directeur général du laboratoire indien Ranbaxy,
la loi indienne prévoit la perpétuité et des amendes atteignant 20 000
euros. Un amendement, rédigé en 2005, devait alourdir la sanction jusqu'à la
peine de mort. Mais le texte de loi prend la poussière dans les armoires du
Parlement, à quelques centaines de mètres seulement du marché de Bhagirath.

D'après Ravi Bhaskar, qui dirige la confédération indienne des agents de
contrôle pharmaceutique, « la loi actuelle oblige les laboratoires à ne se
soumettre qu'à une seule inspection annuelle, alors qu'il en faudrait au
moins vingt pour être effi - cace » . Les effectifs sont insuffisants : 1
500 inspecteurs doivent contrôler plus de 15 000 laboratoires et environ 500
000 pharmacies.

Les laboratoires n'ont donc pas d'autre choix que de s'organiser pour
démanteler les réseaux des contrefaçons. La cellule qu'ils ont créée en 2001
a déjà saisi pour 4 millions d'euros de faux médicaments au cours de 70
raids qui ont conduit à 106 arrestations. « Mais la plupart ont été relâchés
sous caution », raconte P. N. Bhargava, responsable de la cellule. Les
laboratoires préfèrent donc courtiser les parlementaires. Le gouvernement
leur a promis de durcir la loi cet été.


par Julien Bouissou