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[e-med] Le Kenya instaure la psychiatrie gratuite pour les déshérités
- From: "remed" <remed@remed.org>
- Date: Mon, 7 May 2007 17:31:32 +0200
Le Kenya instaure la psychiatrie gratuite pour les déshérités
NAIROBI, 21 avr 2007 (AFP)
Fichu noué sur le front, yeux exorbités, la frêle Mary reste
silencieuse, entre deux éclats de rire, devant l'étudiant en médecine qui la
reçoit dans son "cabinet", un conteneur transformé en centre psychiatrique
dans un bidonville de Nairobi.
Ce centre, le premier à offrir des consultations et des soins gratuits
pour les personnes souffrant de problèmes mentaux, a ouvert en mai.
Depuis, des dizaines de patients, qui ont parfois parcouru des
centaines de kilomètres, font la queue devant le conteneur peint en bleu et
blanc, le mercredi, jour des visites.
Sur la porte grande ouverte, une affiche: "Les malades mentaux ont le
droit d'être traités, d'être bien traités". Ce texte fait référence à la
stigmatisation dont sont victimes les personnes atteintes de troubles
psychiatriques, en particulier en Afrique.
"Depuis deux ans, Mary peut être violente, elle jette des objets. Elle
disparaît pendant des jours. A l'hôpital, on nous a dit que c'était le
paludisme ! Mais avec les médicaments, son comportement ne s'est pas
amélioré", explique Peter Waweru, son frère.
Mary Wangari souffre en fait de troubles bipolaires, ou de
maniaco-dépression, selon Alex Kasuku, l'étudiant médecin qui la reçoit.
"Elle devrait aller mieux", prédit le jeune homme en lui prescrivant
des cachets.
Peter obtient les médicaments, gratuits, dans une pharmacie gérée par
un centre médical de la mairie et approvisionnée par le gouvernement, tandis
que Mary l'attend sous la pluie.
S'il devait payer, ce travailleur journalier qui gagne environ un
dollar par jour ne pourrait simplement pas faire soigner sa soeur cadette.
Le centre, installé au bidonville de Kangemi, a pour objectif de
redonner une chance aux malades psychiatriques, pour qu'ils "puissent se
rétablir, retrouver un travail et réduire leur absolue pauvreté", explique
Joyce Kingori de l'ONG Basic Needs, Basic Rights ("Besoins élémentaires,
droits élémentaires"), qui a lancé le centre en collaboration avec la
mairie.
Lydia Wangui souffrait de démence et ne pouvait plus travailler. "Elle
se trompait dans la monnaie à rendre aux clients", se rappelle Reuben
Lyatema, un médecin. Elle est suivie depuis mai, et maintenant elle peut
gérer son étal de fruits dans les rues boueuses de Kangemi.
Le centre vise aussi à déstigmatiser les maladies psychiatriques.
"Maladies mentales, arrêtons l'exclusion", peut-on lire dans une pièce
exiguë du conteneur.
"Il y a beaucoup de peur, personne ne veut toucher ces malades,
d'autres sont abandonnés par leur famille et traînent dans la rue, des
parents ont recours à la sorcellerie", raconte Josephine Mutegi, une
infirmière psychiatrique.
"Parfois, les malades sont enfermés chez eux", poursuit Silas Owiti,
un responsable sanitaire de la mairie.
Alors, Reuben arpente les allées enfumées de Kangemi, va dans les
églises et les écoles à la recherche de patients.
Le choix d'un bidonville pour accueillir cette expérience pilote n'est
pas anodin. Les pauvres sont plus vulnérables aux maladies psychiatriques,
explique Lincoln Khasakhala, un médecin.
"Certains n'ont pas d'alimentation équilibrée, et leur cerveau ne peut
pas suffisamment se développer. Ils n'ont pas accès au traitement, ils sont
plus sujets à des expériences de vie négatives", avec la mort de proches qui
ne peuvent pas recevoir les soins nécessaires, ce qui les fragilise
psychologiquement, énumère-t-il.
Le centre suit actuellement environ 300 patients. Mais il manque
cruellement de médicaments. "Je prescris pour un mois, mais à la pharmacie,
ils ne donnent des médicaments que pour une semaine ou quelques jours",
faute de stocks suffisants, regrette Josephine.
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