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[e-med] (2)Afrique : la France est pingre (le Monde)
- From: "jean-loup.rey" <jean-loup.rey@wanadoo.fr>
- Date: Sat, 17 Feb 2007 10:03:57 +0100
Bravo pour ce texte, il y a beaucoup de choses dans cet article (trop?)
Le calcul du montant de l'APD est scandaleux mais pas nouveau (seuls JP Cot
en son temps et L Jospin avait osé le remettre en question cela leur a coûté
cher).
C'est juste il faut, dans le calcul de l'APD, enlever l'aide militaire et
l'aide aux TOM
La remise de dettes est plus discutable, n'est ce pas le principe lui même
qui est a remettre en question?
La remise de dettes est une belle idée sur le papier mais un piège dans la
réalité et une prime aux pays les moins rigoureux dans leur gestion (le
Burkina a dix fois moins de dettes que le Cameroun)
Ce qui est le plus critiquable pour la RDC ou l'Afghanistan est l'incapacité
notoire de la communauté internationale (et encore on ne parle pas du
Kosovo, ni du Liban dans lequel la France a des troupes depuis les années
80)
Il est logique que la France ne s'implique pas plus en RDC et il est de son
devoir de s'impliquer plus dans son "pré carré" nous y avons des devoirs et
des liens particuliers. ce n'est pas parce que la méthode est mauvaise que
le fond doit être rejeté.
Nous avons aussi des responsabilités vis à vis de ce qui s'y passe et nos
députés devraient plus s'y intéresser.
La RDC a du mal actuellement à décaisser l'ensemble des aides dont elle
bénéficie alors que tout le monde, sauf les chinois, abandonne la Côte
d'Ivoire, le Togo ou la Guinée (entre autres)
Enfin comment demander plus d'aide aux français pour l'Afghanistan alors que
toute l'aide française pour la santé est utilisée à faire fonctionner un
hôpital nouveau (pour enfants) inutile (Kaboul avait plus de 1500 lits
existant à réhabiliter au départ des talibans) et dont la construction a été
décidée par une artiste et une journaliste, sans tenir compte des expertises
préalables?
Il faut augmenter le montant de l'APD de la France sans tricher sur les
chiffres, mais il faut aussi s'assurer d'une meilleure utilisation et ne pas
sous prétexte de "pré carré" abandonner nos amis envers les quels nous
sommes responsables (Le petit prince).
Jean loup REY
médecin de santé publique
Le Barry
04180 Villeneuve
06 16 53 83 30
----- Original Message -----
From: "remed" <remed@remed.org>
To: "e-med e-med" <e-med@healthnet.org>
Sent: Wednesday, February 14, 2007 6:35 PM
Subject: [e-med] Afrique : la France est pingre (le Monde)
{un article qui mérite une lecture et qui confirme ce que bcp d'entre vous
peuvent constater..CB]
Afrique : la France est pingre, par Serge Michailof
LE MONDE | 13.02.07 | 13h57 . Mis à jour le 13.02.07 | 13h57
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-866801,0.html
lL est bien connu que la France est grande et généreuse. Aussi attend-on
d'elle une générosité particulière pour ce Congo dit démocratique qui sort à
peine d'une effroyable guerre où près de cinq millions de ses habitants ont
disparu. Les enjeux sont conséquents : ou bien ce pays consolide la paix par
la démocratie et le développement, ou bien c'est le coeur de l'Afrique qui
s'effondre. La communauté internationale des donateurs ne s'y est pas
trompée. Réunie il y a peu à Bruxelles, elle faisait ses additions. Quelques
milliards de dollars sont prévus pour les trois prochaines années. La France
a, par sa diplomatie, encouragé le processus de paix et risqué la vie de ses
soldats pour aider à mettre au pas quelques seigneurs de la guerre. Mais sa
contribution se situera, avec un peu de chance, juste en dessous de celle de
l'Irlande et peut-être un peu au-dessus de celle de l'Islande. Elle
représentera en tout cas moins du dixième de ce qu'apportera la
Grande-Bretagne.
Prenez un autre pays pauvre, l'Afghanistan. Vingt-cinq ans de guerres l'ont
laissé exsangue. Là aussi, la communauté internationale s'est mobilisée. La
France au premier rang. Ses soldats y ont déjà payé le prix du sang. Là
aussi, reconstruire est d'autant plus urgent que, en l'absence de traduction
concrète sur le terrain des promesses internationales (il n'y a toujours pas
d'électricité à Kaboul), les tensions s'aiguisent et les "barbus"
reviennent. Où est la France au moment de sortir le portefeuille ? Elle
apporte dans ce pays entre le dixième et le vingtième de ce que fait la
Grande-Bretagne.
Peut-être les priorités de l'aide française se situent-elles ailleurs ? Dans
notre pré carré de l'Afrique francophone historique, ces pays du Sahel, le
Mali, le Burkina, le Niger, foyers d'une émigration que chacun sait
incontrôlable sans réduction de la pauvreté ? Mais où est l'aide française
dans ces pays ? Plus personne ne sait : elle est passée en dessous du seuil
de visibilité.
Comment le pays qui se situait statistiquement, il y a peu, comme le
troisième donateur au plan mondial, peut-il se trouver incapable de
participer à hauteur de sa richesse à l'effort collectif visant à tenter de
stabiliser des pays sortant de crise ? Comment afficher plus de 8 milliards
d'euros d'aide publique au développement (APD) et être incapable de
participer à l'effort pour les objectifs du millénaire ?
Ce mystère de la disparition d'une bonne part de notre aide publique entre
les annonces budgétaires et le terrain relève de la pataphysique. Comme au
bon vieux temps de l'URSS, les bricolages statistiques et la gonflette ont
fait perdre à nos responsables le sens du réel. Ainsi y a-t-il une aide
virtuelle, correspondant à des jeux d'écriture habiles, aide fictive qui
augmente chaque année pour faire bonne figure dans les statistiques
mondiales. Et puis il y a une aide réelle, celle qui finance les projets et
programmes de développement concrets sur le terrain, aide qui, en dépit des
promesses mille fois réitérées, a diminué de moitié en dix ans.
Il ne faut donc pas s'étonner dans ces conditions de la minceur
exceptionnelle de la part de l'aide française (1 %) qui transite par les
organisations de solidarité internationale (OSI). Nous avons en ce domaine
le bonnet d'âne toutes catégories. Les flux correspondants représentent le
quinzième de ce qu'y consacre cette "superpuissance" que sont les Pays-Bas.
Il est vrai que l'opérateur public dit "pivot" de notre aide ne gère
qu'environ 5 % de notre APD. Où disparaît notre bel argent destiné aux pays
pauvres et qui sort pourtant bien de nos très réels impôts ?
Il faut dire que question gonflette, c'est vraiment l'imagination au pouvoir
! Tout y passe. D'abord les remises de dettes qui sont une très bonne chose
pour les pays pauvres. Mais comptabiliser en APD la remise des dettes
commerciales sur l'Irak et le Nigeria, qui ont représenté en 2005 plus de
1,5 milliard d'euros, il faut oser le faire, quand on sait le type de
quincaillerie que ces crédits irrécupérables ont financé. Cette dette doit
être passée en pertes et profits, pas en APD. Les frais de scolarité des
étudiants étrangers en France sont facturés plus de 750 millions d'euros.
L'aide aux réfugiés est facturée pour plus de 500 millions ; des frais
administratifs, pour 300 millions ; et puis la confusion est commode entre
l'aide au développement et les frais relevant de la politique culturelle
d'influence de la France et de promotion du français. J'oubliais aussi
quelques transferts financiers vers les TOM (je croyais que c'était la
France ?). Rares sont les pays qui osent procéder ainsi.
La coordination des OSI a publié en 2006 un remarquable document qui
décrypte par le menu ces artifices jusqu'ici connus des seuls spécialistes.
Elle a montré qu'en gros la moitié de notre APD est factice. Les
fonctionnaires des affaires étrangères qui travaillent sur ces questions en
sont eux-mêmes gênés puisque, dans leurs documents internes, ils dégonflent
notre aide d'une partie de ce bazar pour calculer une aide bilatérale "hors
remise de dette, hors frais de scolarité et réfugiés". On y voit ainsi que
cette aide réelle bilatérale a diminué de moitié, de 1996 à 2001, pour
stagner depuis à environ 1,7 milliard d'euros.
On ne peut piloter une politique avec des instruments déréglés. Vouloir
atteindre prochainement les 0,7 % de notre PIB, comme nous nous y sommes
engagés, relèverait encore de la pataphysique puisque notre effort réel
actuel est de l'ordre de 0,25 %. Passer à 0,7 % réel exigerait un effort
budgétaire déraisonnable. Aussi est-il temps que nos candidats à la
présidentielle fassent preuve de courage et s'engagent à restaurer la vérité
sur nos chiffres d'APD et à remonter notre aide bilatérale réelle au niveau
qui était le sien il y a dix ans.
Cet effort devrait en particulier impliquer au moins un triplement des
subventions consacrées aux actions de terrain dans les pays les plus pauvres
pour atteindre et dépasser le milliard d'euros et nous rapprocher ainsi des
3 milliards d'euros que la Grande-Bretagne consacre à ces actions.
Serge Michailof est enseignant à Sciences Po et à l'université Paris-I
Sorbonne.
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