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[e-med] (2)Afrique: Le rôle de la circoncision dans la réduction du risque VIH s'affirme
- From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Fri, 15 Dec 2006 16:33:33 +0100
Le professeur Bertran Auvert, spécialiste du VIH, commente deux études
américaines sur les effets bénéfiques de cette pratique.
«Face au sida, il faut faciliter la circoncision en Afrique»
Par Eric FAVEREAU
QUOTIDIEN : vendredi 15 décembre 2006
http://www.liberation.fr/actualite/terre/223404.FR.php?utk=00076267
Le professeur Bertran Auvert avait été un des premiers chercheurs à
entreprendre sous l'égide de l'ANRS (Agence nationale de recherches sur le
sida) des études sur les effets éventuellement protecteurs de la
circoncision vis-à-vis du sida. Dont l'une, présentée à Rio en 2005, a
montré un impact bénéfique évident. Deux études américaines rendues
publiques mercredi confirment ces résultats. D'Afrique du Sud, où il est en
train de mener des politiques de sensibilisation à la circoncision, le Pr
Auvert en dessine les perspectives.
Les études effectuées au Kenya et en Ouganda par les National Institutes of
Health (NIH) apportent-elles des éléments nouveaux ?
Elles confirment nos travaux qui montraient que, en Afrique du Sud, entre
deux groupes d'hommes l'un circoncis, l'autre pas , il y avait une
différence de 60 % de taux de contamination du sida. Là, c'est du même
ordre. Au Kenya, ils ont pris un groupe de près de 3 000 hommes, entre 18 et
24 ans, volontaires bien sûr. Ils leur ont proposé à tous une circoncision,
faite dans de bonnes conditions. Pour la moitié d'entre eux, ils la
pratiquaient tout de suite, et pour l'autre moitié, deux ans plus tard. Très
vite, ils ont pu noter des différences fortes : dans le groupe circoncis, on
est arrivé à 40 % de contaminations par le VIH en moins. Même chose en
Ouganda. Et ce n'est pas une surprise.
Pourquoi ?
C'est ce que l'on voit sur tout le continent africain. Dans les pays où les
hommes sont circoncis à plus de 90 %, le taux de prévalence du sida est
toujours faible, moins de 5 %, que le pays soit musulman ou non : au Bénin,
au Sénégal, au Cameroun, mais aussi dans la république du Congo, alors que
ce dernier pays, en dépit de la guerre, traversait une phase à hauts risques
épidémiques. A l'inverse, quand vous regardez les pays d'Afrique australe et
ceux d'Afrique de l'Est, où les taux de circoncision sont très faibles, vous
avez une prévalence du sida très forte.
Pourquoi la circoncision se révèle-t-elle protectrice ?
Cette efficacité n'a pas d'explications certaines, mais nous avons des
hypothèses fortes. D'abord, la face interne du prépuce est une muqueuse très
fine, très perméable, en particulier au niveau du système immunitaire. Cette
face interne peut récupérer et retenir le VIH, contenu dans les sécrétions
vaginales. Cette face interne du prépuce, qui est là pour protéger le gland,
peut fonctionner comme une porte d'entrée pour le virus. Deuxième facteur :
un pénis circoncis sèche très rapidement après un rapport sexuel, or le VIH
est fragile à la dessiccation, c'est-à-dire à la sécheresse. En revanche,
sur un pénis non circoncis, il y a un espace interne qui reste assez
longtemps humide. Enfin, il y a d'autres explications, un prépuce peut avoir
des ulcérations génitales...
Pour vous, il n'y a maintenant plus de doutes...
Aucun. Les organismes internationaux comme l'OMS et l'Onusida attendaient
tous les résultats des études américaines pour élaborer des recommandations
en termes de politique de prévention. Mais soyons clairs, cela ne concerne
que l'Afrique, car ce qui vient d'être démontré, c'est que dans des pays de
fortes prévalences, avec une épidémie de sida essentiellement hétérosexuel,
la circoncision pour l'homme est efficace. C'est peut-être différent en
Asie, ou dans des pays où le risque de transmission est lié à des
comportements homosexuels, car là on n'a pas de données.
Faut-il aller, désormais, vers des campagnes massives de circoncision ?
Il faut agir. Il faut rendre la circoncision, gratuite, accessible à tous,
et ce, dans des conditions d'hygiène correctes. Et il faut en faire la
promotion. C'est comme si vous veniez de découvrir que le préservatif était
protecteur du VIH et que vous n'en faisiez pas la promotion.
Il n'y a pas des risques de dérapage ?
Certains craignent que les hommes circoncis se sentent trop protégés et donc
augmentent leurs prises de risques. D'autres évoquent des demandes massives
de circoncision dans des pays où les systèmes de santé ne seraient pas à
même de les pratiquer dans de bonnes conditions. Bien sûr, il faut expliquer
que la circoncision n'est que partiellement protectrice. Cela étant, je ne
crois pas que des hommes adultes qui demandent à être circoncis ce qui
n'est pas rien , et donc des hommes qui font une démarche de prévention, se
laissent aller ensuite à une succession de conduites à risques. Mais ce sont
des points à surveiller.
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