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[e-med] Le VIH, sauveur de l'humanité?
- From: "Seguy Michel" <Sseguy.michel@aesn.fr>
- Date: Tue, 14 Nov 2006 17:04:45 +0100
Le VIH, apprenti porteur de bons gènes
LE MONDE
Paul Benkimoun
Article paru dans l'édition du 15.11.06
L'origine d'une des plus grandes catastrophes sanitaires qu'ait connue
l'humanité, le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) pourrait aussi
devenir un outil pour la thérapie génique. En suivant à la trace le VIH
lorsqu'il pénètre dans le noyau des cellules qu'il infecte, l'équipe de
Pierre Charneau (Institut Pasteur, Paris) travaille sur la mise au point
d'un nouveau vecteur. Celui-ci pourrait apporter les \"bons\" gènes dans des
cellules jusqu'alors inaccessibles à la thérapie génique.
Un certain nombre de pathologies sont liées à la présence dans le patrimoine
génétique d'une version défectueuse d'un gène donné. La thérapie génique
vise à transférer le gène correctif dans les cellules responsables de
l'anomalie. Cependant, grevée par des échecs successifs, la thérapie
génique, dont il sera de nouveau question, les 8 et 9 décembre à l'occasion
du Téléthon, avait beaucoup déçu.
Deux grandes approches existent : l'approche ex vivo et l'approche in vivo.
La plupart des essais de thérapie génique ont été faits ex vivo. Des
cellules sont prélevées chez le patient. Elles sont modifiées puis
réinjectées. C'est notamment ce qui est fait pour traiter les pathologies du
sang. Dans l'approche in vivo, le vecteur porteur du gène correctif est
directement injecté dans un \"site\", par exemple le cerveau. Il va y cibler
spécifiquement certaines cellules : les astrocytes et non les neurones dans
certaines pathologies neurodégénératives.
Pour effectuer ce transfert, les chercheurs se sont prioritairement tournés
vers des virus qui pénètrent dans le noyau des cellules pour utiliser à leur
profit le matériel génétique de celles-ci. Une fois modifiés et rendus
inoffensifs, certains de ces virus peuvent devenir des vecteurs pour
transférer le gène thérapeutique. Mais ceux de la famille des rétrovirus,
croyait-on, ne pouvaient entrer dans le noyau des cellules qu'au moment où
celles-ci se divisent et où la membrane nucléaire se désagrège.
En étudiant les différentes étapes de l'infection d'une cellule par le VIH,
l'équipe de Pierre Charneau a pourtant démontré que l'ADN du VIH peut
pénétrer dans le noyau des cellules qui ne se divisent pas, grâce au
processus appelé \"import nucléaire\". Elle a même pu suivre son cheminement
en temps réel (Le Monde du 3 octobre). \"Nous avons montré qu'une séquence
dite \"ADN flap\", présente dans le génome du VIH, est impliquée dans
l'import nucléaire de ce dernier au sein de la cellule infectée. Elle
intervient directement dans la traversée de la membrane nucléaire\",
explique Pierre Charneau.
Cette propriété particulière du VIH en fait un bon véhicule pour faire
pénétrer un gène dans le noyau des neurones, des cellules hépatiques ou des
cellules souches de la moelle, qui n'ont pas ou peu de divisions.
Par le passé, l'utilisation d'adénovirus - qui peuvent entrer dans les
cellules qui ne se divisent pas - comme vecteurs a soulevé un immense
espoir. Ils posent cependant un problème lié aux gènes viraux, qui
provoquent une réaction immunitaire aboutissant à l'élimination des cellules
ayant reçu le gène à visée thérapeutique.
Du VIH, dont on ne conserve que les parties dénuées d'information génétique
(soit 10 % du virus d'origine), seule la partie thérapeutique est transférée
dans le noyau de la cellule. \"C'est pour cette raison que les lentivirus
(sous-groupe de la famille des rétrovirus), comme le VIH, apparaissent comme
des vecteurs bien adaptés à la thérapie génique\", analyse Pierre Charneau.
L'idée n'est pas complètement nouvelle, mais les connaissances accumulées
sur le VIH font que l'équipe de Pierre Charneau collabore maintenant à
différents projets de thérapie génique ou de vaccin thérapeutique.
Par exemple, à celui des professeurs Alain Fischer et Marina Cavazzana-Calvo
(hôpital Necker- Enfants malades, Paris), qui porte sur les \"bébés
bulles\", ces enfants atteints d'un déficit immunitaire complet. Leur
premier essai de thérapie génique avait été interrompu en 2002, à la suite
de complications liées au vecteur rétroviral.
\"Ce qui est intéressant, c'est que le vecteur lentiviral dérivé du VIH va
permettre d'élargir le type de cellules ciblées et d'augmenter le transfert
de gènes dans les cellules souches hématopoïétiques\", commente Alain
Fischer.
Avec un vecteur lentiviral de type VIH, le taux de transfert de gène dans
les cellules souches hématopoïétiques est de 90 %, ce qui représente un
changement d'échelle par rapport aux autres vecteurs, selon Pierre Charneau.
Ce dernier a créé une société de biotechnologie associée à l'Institut
Pasteur pour développer les applications de ce vecteur pour la vaccination
thérapeutique, notamment contre le sida et les tumeurs.
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