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[e-med] (2)Demande de renseignements sur Cyclamed
- From: "Alain BUGE" <ambuge@club-internet.fr>
- Date: Tue, 24 Oct 2006 08:57:40 +0200
Bonjour cher Confrère,
L'idée de réutiliser les MNU pour les plus démunis est certes généreuse.
Je peux vous dire que ce n'est pas une bonne solution.
Il n'est pas de mon propos de vous expliquer le fonctionnement de Cyclamed
en France mais de vous faire part de mon expérience personnel en tant que
pharmacien d'Officine et membre de Pharmaciens Sans Frontières concernant
l'aide à ce que nous appelons ici le Quart-Monde, ce monde des "invisibles"
c'est à dire les personnes démunies de papiers ou de droits non pris en
charge par la Couverture Maladie Universelle (CMU), à laquelle toute personne "légale" a au minimum droit en France.
Pendant plusieurs années, notre Association a collecté,
trié -professionnellement, pour reprendre votre expression-, les MNU
récupérés par CYCLAMED pour les confier à une Association partenaire en
charge de l'aide au Quart-Monde.
Les mauvais résultats de cette pratique nous ont amenés à l'abandonner avec
l'accord et même à la demande de l'Association concernée.
Voici les tares de la solution MNU qui nous ont amenés à cet abandon :
1/ l'offre : elle est évidemment immense (en France, une Officine moyenne
génère 100 l de MNU par semaine. Comme il y a 210 pharmacies dans mon
Département cela donne environ 21 m3 de MNU par semaine. Même si après
séléction et destruction, il n'en restait "que" 5% que l'on peut qualifier de réutilisable, cela mettait à notre disposition des quantités très
importantes. Mais naturellement on ne pouvait donner que ce que l'on avait et l'intérêt de ces MNU était évidemment très inégal).
2/ le stockage : ces dons sont anarchiques (soyez assuré que vous n'aurez
pas que des dons "professionnels"!)et sont composés de quelques médicaments
utiles noyés dans un flot de médicaments inutiles.L'Association partenaire a
donc du aménager un local réservé, forcèment trop petit et donc forcèment
encombré(que l'on ne peut qualifier de Pharmacie), géré par 3 bénévoles dont
un a plein temps. L'afflux de dons a donc très rapidement dépasser la
demande. A la mis en route de la solution dont il sera question plus loin,
nous avons évalué le stock (prix d'achat hors taxe) à 10.000 ? pour des
besoins réels de 500 ? par mois, ce qui fait naturellement que les bénévoles
cités plus haut passaient une bonne partie de leur temps à mettre en rayon
des médicaments inutiles et à en retirer les nombreux périmés (soit dit en
passant aucune de nos Officines ne pourrait survivre à une gestion de stock
aussi calamiteuse).
3/ la demande : les clients de l'Association partenaire sont hélas eux aussi
nombreux (1.000 consultations par an).Ils n'en sont pas moins dignes de
respect et ont droits comme le reste de la population à des médicaments de
qualité.Or, tout médicament sorti de la Pharmacie et ramené par le client ne
posséde plus les mêmes garanties que ceux qui ont été livrés à l'Officine
suivant les règles strictes de la chaine du médicament.Nous jugions avec nos
partenaires que ces personnes méritaient mieux que les déchets de notre
surconsommation (En France, où elle n'est pas interdite, la réutilisation
des MNU à fin "humanitaire" constitue d'ailleurs pour beaucoup un alibi à
cette surconsommation).
La pratique MNU est donc la négation des qualités attendues d'un bon
Pharmacien:
1/Gestion d'une pharmacie à partir de l'offre au lieu de la demande.
2/Gestion d'un stock stagnant, pléthorique et comportant un fort taux de
périmés
3/Non respect des régles éthiques
4/Non respect des régles de Bonne Pratique des médicaments.
La solution idéale existe: les Pouvoirs Publics prennent conscience du
phénomène Quart-monde et le traite avec des moyens financiers et éthiques
conférés par la Loi.Ne révons pas.En France (je ne sais ce qu'il en est en
Espagne.A mon avis la décision de détruire les MNU est plutôt un bon signe
de prise de responsabilité), les Pouvoirs Publics en question, au pire
préfèrent ignorer le problème et au mieux utilise l'argument MNU pour
justifier leur non ingérence.
Je vous fait part maintenant de la solution que nous avons adopté avec nos
partenaires associatifs:
1/d'abord chiffrer les véritables besoins(nous avons mis en place les moyens
informatiques nécessaires).
2/redéfinir avec les membres du personnel soignant de l'Association la liste
des médicaments nécessaires.
3/s'interdire tout recours aux MNU de quelque origine que ce soit.
3/PSF a pris en charge la fourniture des médicaments pour les 3 premiers
mois de mise en route.
3/Ce temps nécessaire nous a permi d'établir des dossiers solides que nous
avons soumis au bailleurs potentiels (en fait le faible cout relatif des
besoins a été une surprise pour les responsables ,ce qui leur a permi
trouver facilement les financements).
4/Dés le quatrième mois,les medicaments ont été achetés par PSF et
rétrocédés au prix coutant à l'Association.
Les résultats obtenus sont les suivants:
1/Une gestion rationnelle des médicaments (médicaments génériques, bonne
pratique des antibiotiques par exemple) amène naturellement les medecins de
l'Association à prescrire les médicaments les moins couteux pour un même
effet recherché.
2/Le local de la Pharmacie a été réduit de moitié et aménagé
rationnellement.
3/Un bénévole suffit une fois par semaine à assurer les taches
indispensables (commande de médicaments en fonction des sorties , gestion de
la pharmacie)
5/Les médicaments offrent évidemment toutes les garanties et la dignité des
patients est totalement respectée.
Voilà ce que je peux vous dire de mon expérience de pharmacien humanitaire.
Bien confraternellement.
Alain BUGE
Délégué de PSF en Région Centre
Pharmacien d'Officine
Avenue Stendhal
F-37200 TOURS
ambuge@club-internet.fr
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