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[e-med] Pousser les industries pharmaceutiques à s'intéresser davantage à la tuberculose»


  • From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
  • Date: Wed, 11 Oct 2006 10:11:51 +0200

INTERVIEW . «Pousser les industries pharmaceutiques à s'intéresser
davantage à la tuberculose»
Par Yasmina Guerda
LIBERATION.FR : Mardi 10 octobre 2006 - 16:41
http://www.liberation.fr/actualite/terre/209682.FR.php

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L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Croix Rouge ont appelé mardi
les gouvernements de l'Union européenne à lutter contre l'augmentation
alarmante des cas de tuberculose multirésistante dans les pays d'Europe
orientale et en Asie centrale. Le docteur Mario C. Raviglione, chef du
département « Halte à la tuberculose » à l'OMS, explique.

Comment s'explique cette recrudescence de l'épidémie de tuberculose
multirésistante dans les pays de l'ex-URSS ? Le problème est-il dans l'information,
la prévention, les soins.?
Cette recrudescence en Europe de l'Est n'est malheureusement pas une
nouveauté. Cela fait des années que l'on en parle à l'OMS, mais la réception
n'est pas bonne, on ne nous écoute pas. En Europe, surtout dans sa partie
occidentale, on croit que la tuberculose a été éradiquée des pays
industrialisés, ce qui est faux. Pour ce qui est de l'Europe orientale, la
situation est devenue réellement préoccupante au début des années 1990,
lorsque l'implosion de l'URSS a installé une profonde crise
socio-économique. On a alors assisté à la recrudescence de certaines
maladies, qui avaient été jusqu'alors plus ou moins contrôlées par le
système de santé soviétique. La malnutrition, l'alcoolisme, et l'apparition
du VIH ont créé une situation favorable au développement de la tuberculose,
pour atteindre aujourd'hui des niveaux qui sont ceux des pays en voie de
développement (PVD).
Quant à la multirésistance, elle est liée à tout cela. Mais il s'agit avant
tout de lacunes dans les traitements : pour soigner correctement la
tuberculose il faut suivre un traitement lourd, avec quatre médicaments,
pendant six mois. Or la plupart des patients qui sentent une amélioration au
bout d'un mois choisissent d'arrêter le traitement ou de cesser de prendre
certains médicaments. C'est ce qui est à l'origine de la résistance du
bacille aux principaux traitements dont nous disposons, et rend la guérison
beaucoup plus difficile. La durée du traitement peut alors atteindre
dix-huit à vingt-quatre mois.
Le VIH crée aussi un terrain favorable à cette résistance en affaiblissant
les défenses immunitaires. Une infection latente peut alors se réveiller et
installer véritablement la maladie. La situation est quasiment désespérée en
Afrique où l'on estime que 70 % à 80% des tuberculeux sont séropositifs.

Quelle est la situation de l'épidémie de tuberculose en France, et quelles
sont les perspectives pour demain ?
En France, comme dans toute l'Europe de l'ouest, on a entre 8 et 10 cas de
tuberculose pour 100000 habitants. Le problème est, entre autres, lié aux
immigrés qui arrivent d'Afrique et ne sont pas soignés. Avec la
mondialisation économique et culturelle est aussi arrivée la mondialisation
des maladies ; ce phénomène met l'accent sur la nécessité d'une mobilisation
à échelle mondiale et pas seulement nationale. L'autre cause principale de
la présence de la tuberculose en Europe occidentale est le VIH. Bien sûr,
grâce au BCG, la situation s'est stabilisée et l'épidémie de tuberculose a
cessé de s'étendre. Reste qu'elle n'est pas en recul non plus, et que la
vigilance demeure essentielle !

Comment l'OMS compte-t-elle renverser la tendance au développement de l'épidémie
dans le monde ? Quel est son plan d'action ?
En 1995, l'OMS avait mis en place une stratégie pour faire reculer la
maladie : la DOTS. Cette stratégie a soigné plus de 20 millions de
tuberculeux dans le monde, ce qui nous a démontré que la méthode
fonctionnait. Un nouveau plan, qui est en fait un prolongement et un
renforcement de la DOTS, va être développé. Un système de surveillance va
notamment se mettre en place pour analyser régulièrement les évolutions de
cet engagement. Par ailleurs, nous allons coordonner les différentes actions
des ONG, des corps médicaux, de la société civile ; il s'agit aussi de créer
un partenariat avec la Croix-Rouge pour gagner en efficacité. Enfin, le
nouveau plan d'action insiste sur la nécessité de développer la recherche.
Nos moyens pour faire reculer la tuberculose datent parfois des années 1900,
et le médicament le plus récent est entré sur le marché en 1970. Il faut
pousser les industries pharmaceutiques à s'intéresser davantage à la
tuberculose ; pour le moment, les pays les plus touchés étant les PVD, les
laboratoires ont le sentiment de ne rien avoir à gagner sur ce terrain-là.