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[e-med] Ouganda: Le plan de lutte contre le paludisme de l'USAID risque la désapprobation publique
- From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Wed, 27 Sep 2006 17:10:06 +0200
Ouganda: Le plan de lutte contre le paludisme de l'USAID risque la
désapprobation publique
Inter Press Service (Johannesburg)
26 Septembre 2006
Publié sur le web le 27 Septembre 2006
Peter Wamboga-Mugirya*
Kampala
http://fr.allafrica.com/stories/200609270026.html?page=2
Une explosion démographique dans les régions montagneuses dans le sud-ouest
de l'Ouganda a transformé des marais fertiles en terrains de reproduction
pour des moustiques vecteurs de paludisme.
Des vagues de peuples migrants ont avancé graduellement au-delà des limites
et se sont installés dans les marais pour construire des maisons de fortune
et pratiquer l'agriculture qui est la principale source de revenus dans ces
villages dans le district de Kabale, à la frontière avec le Rwanda.
L'assèchement des marais a contribué aux changements dans l'épidémiologie du
paludisme, a indiqué le ministère de la Santé. Des statistiques officielles,
qui n'ont pas été actualisées depuis ces six dernières années, ont révélé
que 100.000 personnes sont mortes du paludisme à Kabale en 1999.
L'initiative de lutte contre le paludisme du président américain George W.
Bush, lancée en juin 2005 en Angola, en Tanzanie et en Ouganda par l'Agence
américaine pour le développement international (USAID) a ciblé le district.
Le projet pilote de 1,7 million de dollars, qui est en train d'être
supervisé entre autres par le ministère de la Santé de l'Ouganda et l'Union
internationale pour la protection de la nature (IUCN), a effectué des
pulvérisations intérieures étendues du 'Chemical lambda-cyhalothrin'
(produit chimique lamda-cyhalothrin - ICON), à Kabale.
Le produit chimique a eu des effets secondaires sur les populations qui ont
signalé des plaintes de violentes démangeaisons des yeux, des oreilles et du
nez, a déclaré, dans un entretien, un responsable de la bio-sécurité au
ministère de l'Agriculture, de l'Industrie animale et des Pêches (MAAIF),
basé dans la ville frontalière de Katuna, à 500 kilomètres au sud-ouest de
la capitale ougandaise, Kampala.
Selon le fonctionnaire, qui a parlé sous le couvert de l'anonymat, des
communautés villageoises se sont également plaintes de maux de tête, de
vertiges et de pertes temporaires de l'audition. "Il y a eu plusieurs
plaintes", a indiqué l'agent. "Moi-même, j'ai eu une irritation généralisée,
avec des éternuements et une toux prolongée pendant plusieurs jours".
Mais Dr Patrick Tusiime, le directeur des services de santé du district, a
défendu l'ICON importé de la transnationale Monsanto, en Suisse. "Il est
vrai que les gens ont souffert de démangeaison de la peau de courte durée
quand ils sont entrés en contact avec les murs pulvérisés. Mais depuis
l'introduction de la pulvérisation ICON, le flux (de patients) se rendant
dans les centres de santé, pour se faire traiter, a fortement diminué",
a-t-il dit.
Il a souligné que 320 personnes meurent par jour de paludisme en Ouganda. La
maladie mortelle, qui est propagée par le moustique - anophèle femelle - est
une source principale de pauvreté et de perte de moyens de subsistance. Elle
tue entre 70.000 et 110.000 enfants en dessous de cinq ans par an dans le
pays. "L'ICON est une intervention appropriée", a-t-il affirmé.
Le coordonnateur du projet de l'USAID en Ouganda, Patrick Buyinza, avait
également démenti vigoureusement les effets négatifs du produit chimique. Il
a dit dans une interview que dans Kabale ravagé par le paludisme, il a vu
que des moustiques qui entraient en contact avec l'ICON tombaient raides
morts sur-le-champ.
"Il n'y a aucun effet secondaire environnemental et sanitaire à long terme",
a-t-il affirmé catégoriquement. "L'ICON ne tue pas seulement les moustiques,
mais il tue également les cafards, les puces et les punaises de lits, qui
sont des vecteurs nuisibles".
Les opérations de pulvérisation ont été interrompues depuis le 22 août. Mais
Buyinza de l'USAID a réfuté le fait que ce soit lié aux plaintes. Il a dit
que l'arrêt de la pulvérisation était pour permettre aux responsables du
projet d'évaluer les progrès avant de la reprendre en janvier de l'année
prochaine.
Le responsable de la principale agence environnementale de l'Ouganda, la
'National Environment Management Authority (Autorité nationale de gestion de
l'environnement - NEMA), a indiqué que le ministère de la Santé évaluait les
implications sanitaires de la substance chimique. Dr Henry
Aryamanya-Mugisha, directeur exécutif de la NEMA a expliqué : "Le projet est
sous la supervision du ministère de la Santé pour toute implication
sanitaire, tandis que l'IUCN s'occupe de tout impact environnemental. De
même, nous attendons impatiemment les résultats du rapport à la NEMA".
Alex Muhwezi, le représentant résident de l'IUCN en Ouganda, a décrit l'ICON
comme un pesticide ordinaire approuvé par l'OMS (Organisation mondiale de la
santé) pour un usage intérieur pour contenir le paludisme. "Tout cela dépend
de la manière dont cela a été manipulé. Plus important encore, s'il se
trouve qu'une personne exposée à l'ICON était déjà malade ou est allergique
au parfum ou aux pulvérisations de l'insecticide, alors cette personne
ressent de mauvais effets", a-t-il expliqué.
Lorsqu'on lui a demandé si ceci est partiellement ce dont il dispose comme
rapport préliminaire sur les effets de la pulvérisation de l'ICON, Muhwezi a
déclaré : "Je ne veux pas spéculer sur le résultat, parce que même si la
pulvérisation a été interrompue, le projet continue encore jusqu'à l'année
prochaine. Tous ces rapports doivent être vérifiés".
"Le rôle principal de l'IUCN est de surveiller les aspects environnementaux
de l'opération afin de s'assurer qu'il n'y aucune retombée sur
l'environnement hors des maisons. Cette semaine, nous sommes supposés avoir
commencé une évaluation pour établir si oui ou non il y a un quelconque
impact significatif sur l'environnement", a indiqué Muhwezi, le 16
septembre, à son retour d'une visite au projet de l'Initiative de lutte
contre le paludisme du président américain (PMI) en Tanzanie.
L'intérieur de 107.000 maisons au total (presque un demi-million de
personnes) a été pulvérisé avec l'ICON du 1er juin au 22 août. Les
assistants sanitaires du Directoire des services sanitaires du district de
Kabale ont supervisé 350 travailleurs en combinaisons de protection --
blouses, lunettes et bottes en caoutchouc. La durée de protection contre les
moustiques de l'ICON est de six mois.
"Nous avons commencé la pulvérisation à Maziba - la subdivision de Kabale la
plus touchée par le paludisme, et après trois semaines, l'opération s'est
étalée sur le reste des 19 subdivisions. Mais ce n'était pas la première
fois que l'ICON était épandu à Kabale; il avait été pulvérisé dans ce
district précédemment en 2003 et 2004 pour arrêter une importante épidémie
de paludisme", a souligné Buyinza.
Selon Buyinza, le gouvernement étendra l'utilisation de l'ICON au reste du
pays suivant l'efficacité du projet pilote à Kabale. Les résultats seront
suivis par des sondages des ménages, des questionnaires écrits et des
analyses faites oralement.
Dans le cadre de la PMI, 1,2 milliard de dollars supplémentaires seront
envoyés par l'USAID à des programmes de lutte contre le paludisme dans 15
pays africains pendant cinq ans.
La PMI accorde la priorité à des interventions pratiques -- en particulier
la pulvérisation résiduelle intérieure avec l'ICON, la distribution de
moustiquaires imprégnées et l'achat de médicaments efficaces -- sur conseil.
Avec la levée par l'OMS de l'interdiction du DDT pour la pulvérisation
intérieure le 15 septembre, son utilisation en Afrique dans le cadre de la
PMI va sûrement s'accélérer.
Le 19 septembre, des centaines de personnes ont marché dans les rues de
Kampala pour soutenir la levée de l'interdiction -- datant de trois
décennies -- du produit chimique.
(* Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement
durable rédigés par IPS -- Inter Press Service -- et IFEJ, la Fédération
internationale des journalistes environnementalistes).
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