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[e-med] (2)L'OMS estime que l'utilisation de DDT à l'interieur des habitations est sans danger pour la santé


  • From: "Carinne Bruneton" <c.bruneton@remed.org>
  • Date: Fri, 22 Sep 2006 10:36:28 +0200

[suite au communiqué OMS j'a effectué quelques recherches sur le sujet pour
alimenter la réflexion des e-édien(ne)s.CB]

* Les insecticides au secours de la santé publique
* Utilisation du DDT dans la lutte antivectorielle, COMITÉ OMS D'EXPERTS DU
PALUDISME (OMS)
* L'UTILISATION DU DDT DANS LA LUTTE ANTIPALUDIQUE (OMS)
* La lutte contre la paludisme au Mexique sans l'aide du DDT

*******************

Les insecticides au secours de la santé publique
LE MONDE | 19.09.06 | 15h51 . Mis à jour le 19.09.06 | 15h52
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-814441@51-814545,0.html

Pesticide de la famille des organochlorés, le DDT fut découvert par le
chimiste suisse Paul Müller, qui reçut pour cela le prix Nobel de médecine
en 1948. Il est classé comme cancérogène probable, sur la base de données
chez l'animal, et a des effets toxiques sur la reproduction. Après avoir été
largement utilisé, notamment dans l'agriculture, le DDT a été interdit aux
Etats-Unis en 1972, ainsi que dans la plupart des pays européens. La
convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants interdit
l'usage du DDT hors des indications de santé publique.

L'ONG Environmental Defense Fund, qui a été à l'origine de la campagne pour
son interdiction aux Etats-Unis, s'est récemment prononcée pour son
utilisation en pulvérisation d'intérieur pour lutter contre le paludisme.

Les autres insecticides recommandés par l'OMS sont au nombre de douze et
appartiennent aux familles des pyréthoïdes, des organophosphates et des
carbamates. Les premiers ont une durée d'action de quatre à six mois et de
deux à six mois pour les deux autres familles. Ils nécessitent donc de deux
à quatre cycles de pulvérisation par an, contre un seul pour le DDT. Le DDT
et les pyréthoïdes sont les insecticides revenant le moins cher.

L'OMS précise que "tous les insecticides qu'elle recommande à des fins
d'utilisation pour la santé publique doivent remplir des conditions de
sécurité pour l'espèce humaine et l'environnement dans les conditions
d'utilisation recommandées". Elle met en garde contre les risques liés à une
mauvaise utilisation. En prônant donc de nouveau son utilisation contre le
moustique vecteur du paludisme, l'Organisation mondiale de la santé (OMS)
reconnaît la nécessité de mettre en place des études de suivi sur les
populations qui pourraient être exposées.

Utilisée à bon escient et correctement, la pulvérisation d'intérieur
permettrait de réduire jusqu'à 90 % de la transmission du paludisme, indique
l'OMS. Une bonne utilisation suppose notamment d'avoir vérifié s'il existe
des résistances au DDT chez les moustiques vecteurs.

Autre forme d'utilisation des insecticides dans la lutte contre le
paludisme, celle des moustiquaires imprégnées. Elles ont été perfectionnées
avec l'apparition de modèles qu'il n'est plus nécessaire de tremper tous les
six mois dans un bain d'insecticide, mais qui sont efficaces jusqu'à cinq
ans avant d'être retraitées.

Paul Benkimoun
Article paru dans l'édition du 20.09.06


**********************

COMITÉ OMS D'EXPERTS DU PALUDISME (OMS)
Vingtième rapport (1998)
Annexe 1
Utilisation du DDT dans la lutte antivectorielle1
http://www.who.int/malaria/docs/ecr20fr_annex1.htm

Le Groupe d'étude de l'OMS sur la lutte contre les vecteurs du paludisme et
autres maladies transmises par des moustiques a examiné la situation
actuelle concernant l'utilisation du DDT pour combattre les maladies
transmises par des vecteurs, notamment le paludisme, à la lumière de deux
publications récentes qui avancent l'hypothèse d'une association entre le
DDT et la survenue de cancers chez l'homme (1, 2), d'un rapport sur la
présence de DDT dans le lait maternel (3) et de deux mises au point
générales sur ce sujet.2 Deux experts toxicologues3 ont été invités à
examiner ces documents et à participer aux discussions sur le DDT.
Après un examen approfondi de ces documents et une discussion prolongée, le
Groupe d'étude est parvenu aux conclusions suivantes :
L'information présentée n'offre pas de preuves convaincantes d'effets
indésirables de l'exposition au DDT résultant des pul-vérisations à effet
rémanent à l'intérieur des habitations telles qu'elles sont pratiquées dans
le cadre de la lutte antipaludique.

Dans l'état actuel des connaissances, rien ne justifie donc, sur le plan
toxicologique ou épidémiologique, une modification de la politique en
vigueur (4) à l'égard des pulvérisations de DDT à l'intérieur des
habitations dans le cadre de la lutte contre les maladies transmises par des
vecteurs.

Le DDT peut donc être utilisé dans la lutte antivectorielle, à condition que
toutes les conditions suivantes soient remplies :
*il ne doit être utilisé que pour les pulvérisations à l'intérieur des
habitations;
*il doit être efficace;
*le produit doit être fabriqué conformément aux normes publiées par l'OMS
(5);
*les mesures de sécurité nécessaires doivent être prises lors de son
utilisation et de son élimination.

Lorsqu'elles envisagent l'emploi du DDT, les autorités nationales doivent en
outre tenir compte des autres facteurs suivants :
*coût de l'emploi d'insecticides (DDT ou insecticides de remplacement);
*rôle des insecticides dans la lutte antivectorielle ciblée ou sélective
recommandée par la Stratégie mondiale de lutte antipaludique (6, 7);
*existence d'autres méthodes de lutte antivectorielle, y compris avec des
insecticides de remplacement (étant donné que d'autres insecticides sont
utilisables pour les pulvérisations à effet rémanent à l'intérieur des
habitations, dont certains peuvent concurrencer le DDT sur le plan de
l'impact épi-démiologique, de l'acceptabilité par les populations, de
l'intérêt logistique et de la conformité aux normes publiées par l'OMS, le
DDT n'est plus l'insecticide de choix);
*effets en termes de résistance aux insecticides, y compris une éventuelle
résistance croisée avec certains insecticides de remplacement;
*évolution de l'attitude du public vis-à-vis de l'utilisation des
pesticides, y compris dans le domaine de la santé publique.

Etant donné que l'hypothèse d'un effet indésirable des pul-vérisations à
effet rémanent dans les habitations est loin d'être démontrée, il est
recommandé d'entreprendre de nouvelles recherches épidémiologiques reposant
sur des protocoles scientifiques rigoureux.

Il faudrait en outre procéder à de nouvelles études :
*pour examiner les effets du DDT présent dans le lait maternel sur la santé
des nourrissons allaités au sein, y compris d'éventuels changements de
comportement;
*pour étudier de façon approfondie toute association éventuelle entre
l'utilisation courante du DDT pour la lutte antipaludique et l'incidence
accrue d'un ou plusieurs cancers;
*pour déterminer ce que signifie la réduction de la densité des récepteurs
aux muscariniques due au DDT.

Bibliographie
1. Garabrant DH et al. DTT and related compounds and risk of pancreatic
cancer. Journal of the National Cancer Institute, 1992, 84:764-771.
2. Wolff MS et al. Blood levels of organochlorine residues and risk of
breast cancer. Journal of the National Cancer Institute, 1993, 85:648-652.
3. Bouwman H et al. Concentration du DDT et de ses métabolites dans le lait
de femmes du Kwa-Zulu à la suite d'épandage dans le cadre de la lutte
antipaludique. Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé, 1990,
68:761-768 (résumé en français).
4. Place du DDT dans les opérations contre le paludisme et autres maladies
transmises par les vecteurs. Dans : Conseil exécutif, quarante-septième
session, Genève, 19-29 janvier 1971, Partie II. Rapport sur le projet de
programme et de budget pour 1972. Genève, Organisation mondiale de la Santé,
1971 (Actes officiels de l'Organisation mondiale de la Santé, No.
190):176-182.
5. Specifications for pesticides used in public health, 7th ed. Genève,
Organisation mondiale de la Santé, 1997 (document non publié
WHO/CTD/WHOPES/97.1; disponible sur demande auprès du Centre de
Documentation, Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Santé,
1211 Genève 27, Suisse).
6. Stratégie mondiale de lutte antipaludique. Genève, Organisation mondiale
de la Santé, 1994.
7. Mise en ouvre de la Stratégie mondiale de lutte antipaludique. Rapport
d'un groupe d'étude de l'OMS sur la mise en ouvre du plan mondial d'action
pour la lutte contre le paludisme 1993-2000. Genève, Organisation mondiale
de la Santé, 1993 (OMS, Série de rapports techniques, No 839).


1 Tiré avec quelques modifications mineures de Lutte contre les vecteurs
du paludisme et autres maladies transmises par des moustiques, Rapport d'un
Groupe d'Etude de l'OMS, Organisation mondiale de la Santé, 1995 (Série de
Rapports techniques de l'OMS, No 857).

2 Rédigées par le Dr C.F. Curtis, Department of Medical Parasitology,
London School of Hygiene and Tropical Medicine, Londres, Angleterre et le
Professeur J. Mouchet, Institut français de Recherche scientifique pour le
Développement en Coopération (ORSTOM), Paris, France.

3 Le Dr W.N. Aldridge, The Robert's Institute, University of Surrey,
Guildford, Angleterre, et le Professeur M. Lotti, Institut de Médecine du
Travail, Université de Padoue, Padoue, Italie.

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Note pour la presse N°15
28 novembre 2000
L'UTILISATION DU DDT DANS LA LUTTE ANTIPALUDIQUE (OMS)
http://www.who.int/inf-pr-2000/fr/note2000-15.htm

Le DDT a encore un rôle important à jouer lutter contre le paludisme et
sauver des vies dans certains des pays les plus pauvres du monde, fait
observer l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), alors que la communauté
internationale envisage d'en interdire progressivement l'usage.

Plus de 120 organisations gouvernementales, intergouvernementales et non
gouvernementales se réunissent cette semaine (4-9 décembre) à Johannesburg
(Afrique du Sud) pour mettre la dernière main à un traité international
visant à limiter la production et l'utilisation des polluants organiques
persistants, dont le DDT fait partie.
L'OMS collabore avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement
(PNUE) pour fournir aux négociateurs les informations sur les questions de
santé et d'environnement en rapport avec le DDT, ainsi que sur l'utilisation
actuelle de ce produit dans la lutte contre le paludisme.

Bien que l'utilisation du DDT à des fins agricoles ait été interdite dans la
plupart des pays depuis la fin des années 70 à cause de ses effets nocifs
sur l'environnement, il continue d'être employé en quantités limitées dans
le cadre de la santé publique. Pour beaucoup de pays où sévit le paludisme,
l'utilisation responsable du DDT représente une stratégie vitale pour
prévenir la transmission et lutter contre les épidémies. Les pays continuent
avant tout de se servir de cet insecticide parce qu'ils n'ont pas les moyens
financiers ou techniques de mettre au point ou d'utiliser des produits
fiables de remplacement.

Pour veiller à ce que les limitations fixées par le traité à l'utilisation
du DDT n'entraînent pas un accroissement du nombre des décès imputables au
paludisme, l'OMS et l'initiative Faire reculer le paludisme (RBM)
encouragent les négociateurs à soutenir des dérogations limitées dans le
temps, afin de permettre l'utilisation du DDT en santé publique. De plus, l'OMS
appelle à trouver de nouvelles ressources financières pour faciliter le
passage à des substituts offrant un bon rapport coût-efficacité pour
combattre les vecteurs du paludisme.

De l'avis du Dr David Heymann, le directeur exécutif des maladies
transmissibles à l'OMS, « Les dérogations limitées dans le temps sont
cruciales pour le succès du traité. Les pays qui utilisent encore le DDT
pour combattre les vecteurs du paludisme ont besoin de temps et de
ressources pour trouver et mettre en ouvre des solutions de rechange qui
leur conviennent. »

L'OMS souligne l'importance de veiller à ce que le DDT ne soit utilisé que
pour la lutte antivectorielle dans le cadre de la santé publique et
conformément aux directives de l'Organisation.

« Le DDT ne doit être pulvérisé qu'à l'intérieur des maisons et il faut
prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher qu'il soit détourné
vers l'agriculture », déclare le Dr Heymann. "Selon les projections, les
quantités de DDT nécessaires pour lutter contre le paludisme ne représentent
qu'une très petite fraction de celles employées par l'agriculture dans le
passé."

L'OMS travaille avec les pays où sévit le paludisme et les partenaires de
Faire reculer le paludisme pour mettre au point une méthode systématique
permettant de diminuer l'utilisation du DDT tout en continuant d'assurer la
protection des populations contre le paludisme.

L'OMS affirme que la diminution de l'utilisation du DDT doit faire partie d'une
stratégie générale pour renforcer la lutte antipaludique. Il est nécessaire
d'établir des moyens solides de lutte au niveau national permettant de
développer et de mettre en ouvre toute une gamme de méthodes qui préviennent
la transmission du paludisme, qui soient durables, qui présentent un bon
rapport coût-efficacité et qui font moins appel aux produits chimiques en
général.

Outre la question des dérogations, les négociateurs discuteront également à
Johannesburg des ressources financières et techniques nécessaires pour
appliquer le traité. Selon le Dr Heymann, « Les pays qui font appel au DDT
comptent parmi les plus pauvres du monde. Sans ressources supplémentaires,
ils ne pourront pas progresser beaucoup dans ce domaine. Nous espérons que
le traité permettra de dégager au cours des prochaines années des fonds
importants et, en attendant, nous devons chercher toutes les sources
disponibles. »

Avec l'aide du partenariat RBM, Belize, le Costa Rica, le Guatemala, le
Honduras, le Mexique, le Nicaragua, le Panama et le Salvador ont d'ores et
déjà mobilisé US $750 000 pour diminuer l'utilisation du DDT, dans le cadre
d'un projet régional soutenu par le Fonds pour l'environnement mondial
(FEM). Le partenariat s'emploie également à réunir les ressources
nécessaires pour mener des actions semblables en Afrique et en Asie.

Pour plus d'informations : RBM médias et communications Andy Seale, tél (+41
22) 791 3670 ou portable (+41 79) 217 3476, Gregory Hartl, porte-parole,
OMS, Genève, Portable (+41 79) 203 6715; Tél (+41 22) 791 4458 ; télécopie:
(+41 22) 791 4858; adresse électronique : hartlg@who.int. Tous les
communiqués de presse, aide-mémoire OMS et d'autres informations sur le
sujet peuvent être obtenus sur Internet à la page d'accueil de l'OMS :
http://www.who.int

*******************************
La lutte contre la paludisme au Mexique sans l'aide du DDT
2001-09-14
http://www.idrc.ca/fr/ev-5460-201-1-DO_TOPIC.html
John Eberlee

Au Mexique, des spécialistes de la santé publique, en collaboration avec le
Programme mexicain de lutte contre le paludisme, mettent en oeuvre de
nouvelles stratégies pour prévenir les poussées de la maladie sans faire
appel au DDT.

Privilégiant une approche qui allie écosystèmes et santé humaine, une équipe
pluridisciplaire financée par le Centre de recherches pour le développement
international (CRDI) mène une lutte acharnée contre l'hématozoaire dans
l'État de Oaxaca - là où pullulent les cas de paludisme. Les chercheurs
veulent trouver des moyens de gérer l'environnement de manière à réduire
l'incidence et la propagation de la maladie.

« Nous considérons le paludisme de différents points de vue, y compris sous
l'angle de la biologie moléculaire du vecteur et du parasite, de la
perception du paludisme dans la collectivité, des analyses statistiques et
en fonction d'un système de surveillance fondé sur l'information
géographique », souligne Juan Hernandez, directeur du service informatique
de l'Instituto Nacional de Salud Pública.

L'objectif à long terme

Le Programme mexicain de lutte contre le paludisme a pour objectif de
prévenir les poussées éventuelles de paludisme sans nuire à l'environnement
local. Depuis les années 1940, le DDT a été l'arme de prédilection pour
lutter contre cette maladie, mais ce produit chimique est un polluant
organique tenace qui s'accumule dans les tissus animaux. Les effets néfastes
du DDT sur la capacité reproductrice de la faune sont bien connus; à de
fortes concentrations, il peut même nuire au système nerveux humain.

Au Mexique, le paludisme frappe surtout les deux régions côtières. Au cours
des 50 dernières années, ces régions ont connu périodiquement des poussées
de la maladie - plus de 140 000 cas ont été dénombrés en 1985 - que les
autorités ont réussi à contrôler par un programme prévoyant l'épandage
massif de DDT et un rigoureux traitement antipaludique. Dans les années qui
ont suivi, le taux d'incidence a rapidement baissé, si bien que le programme
a pris fin en 1993-1994. Toutefois, l'ouragan qui a dévasté l'environnement
du littoral de Oaxaca, en 1998, a provoqué une autre flambée de 14 000 cas
et incité les chercheurs à se pencher sur de nouvelles approches,
communautaires, pour lutter contre ce fléau.

Cartographie du SIG

Dans le cadre du projet du CRDI, les chercheurs ont utilisé les instruments
du système d'information géographique (SIG) pour caractériser différentes
localités de la région de Pochutla à Oaxaca, pour ce qui est de l'incidence
et de la prévalence du paludisme, de l'élévation, du climat, de
l'hydrologie, de l'éloignement par rapport aux cours d'eau et aux routes et
du mouvement humain à faible distance. L'étude a révélé que le taux
d'incidence du paludisme est plus élevé dans les régions où les villages
sont très rapprochés, affirme le Dr Hernandez. En outre, la maladie se
manifeste plus souvent dans les localités où les établissements de santé
sont rares. « Si les gens ne peuvent avoir accès rapidement à des outils de
diagnostic ou à un traitement, ils deviennent vite des agents infectieux qui
menacent le reste de la population », explique-t-il.

Outre la représentation graphique des cas de paludisme, les chercheurs ont
étudié l'écologie des moustiques qui amènent les parasites à Oaxaca et se
tournent maintenant vers le rôle que jouent les membres de la collectivité
dans la propagation de la maladie. « Nous considérons que les êtres humains
sont les véritables vecteurs, les moustiques étant les agents de dispersion
dans l'environnement immédiat. Les êtres humains transportent la maladie
plus loin », indique Hernandez.

L'écologie humaine

« Nous ne savons pas grand-chose de l'écologie humaine », admet Mario
Rodriguez, directeur du Centre de recherches sur les maladies infectieuses
de l'Institut. « C'est pourquoi nous tentons, avec l'aide de la
collectivité, de comprendre les conditions sociales et économiques des gens
qui y vivent, et comment ils entrent en contact avec les moustiques. Quelles
sont les activités qui entraînent la propagation de la maladie dans la
région ? Nous cherchons aussi à savoir pourquoi le paludisme frappe certains
ménages plutôt que d'autres; pourquoi, dans certains villages, certaines
familles sont atteintes tandis que leurs voisins sont épargnés. »

Selon le Dr Rodriguez, deux moustiques en particulier transmettent le
paludisme au Mexique. Dans les régions sans littoral, le principal vecteur
provoque la maladie surtout pendant la saison sèche lorsque les rivières se
vident et laissent des bassins couverts d'algues qui servent de refuge aux
moustiques. L'enlèvement de ces algues permet de diminuer la population de
larves de moustiques durant au moins deux semaines, précise-t-il. (Une
approche semblable pourrait aussi être applicable dans les régions côtières
où la transmission du paludisme, par une espèce différente, a lieu à la
saison des pluies. Bien que ces moustiques ne se reproduisent pas dans les
algues des étangs, certaines plantes qui s'y trouvent leur servent
d'habitat. En enlevant ces plantes, on pourrait réduire le nombre de
moustiques; cette théorie n'a pas encore été attestée.)

Les algues des étangs

Jusqu'à présent, les chercheurs ont mis à l'essai la stratégie de
l'enlèvement des algues dans plusieurs villages de l'intérieur. Hommes et
femmes se sont mis au travail pour débarrasser les étangs de leurs algues
dans un rayon d'un kilomètre de leur village et les résultats sont probants.
La population de moustiques adultes a diminué dans ces villages, rendant
ainsi l'épandage d'insecticide moins nécessaire.

Le directeur du programme, le Dr Jorge Mendez-Galván, et l'équipe du Dr
Rodriguez prônent aussi une nouvelle méthode de pulvérisation des
insecticides. La méthode traditionnelle consistait à pulvériser une
pellicule de DDT, à l'aide d'une pompe manuelle, sur les murs des maisons
pour tuer les moustiques avant qu'ils ne se nourrissent de sang humain. Au
lieu de DDT, les gens se servent désormais d'autres insecticides comme les
pyréthrines de synthèse qui ne restent pas dans l'environnement. Qui plus
est, les chercheurs on mis au point une pompe mécanique qui pulvérise une
moins grande quantité d'insecticide mais produit de plus grosses
gouttelettes qui adhèrent aux murs jusqu'à six mois, soit deux fois plus
longtemps qu'avec l'ancienne méthode. Grâce à cette pompe, les villageois
peuvent pulvériser les murs d'environ 40 maisons par jour, contre huit
maisons avec la pompe manuelle. « Les gens sont donc protégés plus
rapidement et pour le même prix qu'avec la technique qu'ils utilisaient
auparavant », fait valoir le Dr Rodriguez.

Le contrôle ciblé

Autre innovation : le contrôle ciblé du paludisme. Comme l'explique
Rodriguez, les patients qui ont souffert de paludisme par le passé font
souvent des rechutes. « Il est faux de croire qu'après avoir traité une
collectivité, tous les parasites ont disparu. Ceux-ci restent en dormance
dans le foie des patients et lorsque les moustiques reviennent, ils se
réveillent et le paludisme réapparaît. » Selon les données disponibles, les
cas de récidive représentent environ 50 % des cas de paludisme dénombrés à
Oaxaca.

« Plutôt que de soigner tous les habitants et de pulvériser de l'insecticide
sur toutes les maisons d'un village, le Programme de lutte contre le
paludisme prévoit l'administration d'un traitement chimioprophylactique
(antipaludique) uniquement à ceux qui ont souffert de la maladie au cours
des deux années précédant la saison de transmission actuelle - pour prévenir
toute nouvelle poussée - et la pulvérisation d'insecticide sur leur maison.
Nous pensons pouvoir ainsi arrêter le cycle de transmission et de rechute »,
déclare-t-il. « Il est important de ne pas donner de traitement
prophylactique (préventif) à tout le monde, surtout en raison de son coût,
mais aussi parce que le parasite du paludisme devient de plus en plus
résistant au médicament. »

Un diagnostic rapide

Enfin, le Dr Rodriguez et ses collègues préconisent l'utilisation d'un test
de diagnostic rapide « non pour dépister le paludisme, mais comme moyen de
contrôle », souligne-t-il. Selon le Dr Hernandez, le système de surveillance
traditionnel est fondé sur la participation communautaire : des travailleurs
de la santé se portent bénévoles pour prélever des frottis sanguins chez les
gens présentant les symptômes du paludisme. Les frottis sont ensuite envoyés
au laboratoire d'un hôpital pour y être analysés. Les résultats sont
habituellement connus au bout de huit jours mais il faut souvent attendre
jusqu'à six semaines. Entre-temps, on présume que les patients sont atteints
de paludisme et on leur administre un « traitement présomptif » qui améliore
leur état, mais ne les débarrasse pas du parasite infectant. Si les
résultats du test sont positifs, on administre aux malades un traitement
radical pour éliminer complètement de l'organisme le parasite du paludisme.
Plus le temps passe entre le prélèvement et le traitement, plus le risque de
contamination des autres membres de la collectivité s'accroît.

Avec le test de diagnostic rapide, « nous donnons aux gens les moyens de se
traiter eux-mêmes », explique Hernandez. Le test consiste à placer une
goutte de sang sur une bandelette réactive, laquelle est plongée dans un
mélange de réactifs pendant 15 à 30 minutes. « Si le test révèle que le
patient est atteint de paludisme, le traitement complet commence
sur-le-champ et on peut ainsi mettre fin au cycle de transmission de la
maladie. »

Des signes de succès

Les chercheurs ont entrepris d'évaluer l'efficacité du test de diagnostic
rapide dans 20 localités. Mais déjà ils peuvent constater des signes du
succès de la nouvelle stratégie de contrôle du paludisme. Depuis 1998, le
nombre de cas dénombrés au Mexique a chuté. L'an dernier, on n'a rapporté
que 2 000 cas et, à la fin de mai 2001, on n'avait recensé que 200 cas
environ, indique le Dr Rodriguez. « C'est la première fois au Mexique qu'on
réussit à contrôler une poussée de paludisme sans avoir recours au DDT »,
conclut-il.

John Eberlee est rédacteur au magazine électronique Explore. [Photo : Peter
Bennett]
[Projet de référence du CRDI # 100194]
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à mag@idrc.ca

Renseignements :
Dr Mario Henry Rodriguez, director, Centro de Investigaciones Sobre
Enfermedades Infecciosas, Instituto Nacional de Salud Pública, Av.
Universidad No. 655, Col. Sta. María Ahuacatitlán, 62508 Cuernavaca,
Morelos, México; tél. : (+017) 313.89.69, 329.30.17, 329.30.00, poste 2485
ou 2487; télec. : (+017) 317.54.85; courriel : MarioR@naais.insp.mx ou
mhenry@insp3.insp.mx
Dr M. en C. Juan Eugenio Hernández Ávila, director de Informática, Av.
Universidad No. 655, Col. Sta. María Ahuacatitlán, 62508 Cuernavaca,
Morelos, México;
tél. : (+017) 329.30.64, 311.37.88; télec. : (+017) 317.54.85; courriel :
juan_eugenio@insp.mx

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