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[e-med] (2)Coup d'envoi officiel d'UNITAID, centrale d'achat de médicaments pour les pays pauvres
- From: "Act Up Medias" <medias@actupparis.org>
- Date: Wed, 20 Sep 2006 09:51:27 +0200
Communiqué - Act Up-Paris - mardi 19 septembre 2006
LANCEMENT D'UNITAID PAR JACQUES CHIRAC
Une initiative très visible mais peu lisible
Jacques Chirac a aujourd'hui beaucoup insisté sur la solidité
d'UNITAID. Il a notamment déclaré durant la conférence de presse de
lancement qu'UNITAID « est un financement innovant spécifique
reposant sur des contributions prévisibles. ». Act Up-Paris rappelle
que la Grande Bretagne vient d'annoncer que sa contribution à UNITAID
ne passerait pas par un nouveau mécanisme et ne serait pas donc pas
davantage prévisible. C'est une des nombreuses limites de
l'initiative que nous détaillons ici pour exiger davantage de sérieux
et de transparence.
GARDE-FOUS
L'objectif principal donné à UNITAID consiste à faire baisser les
prix des articles médicaux permettant de soigner les malades : tests
diagnostiques et médicaments. Pour Act Up-Paris, cet objectif répond
à un besoin hautement urgent. En effet, les prix des traitements et
des tests diagnostiques restent aujourd'hui prohibitifs pour
l'essentiel des malades du sida de la planète - les 95% d'entre eux
qui vivent dans des pays pauvres.
C'est pourquoi Act Up regrette que la France et les autres
gouvernements impliqués dans UNITAID ne se donnent pas tous les
moyens concrets d'atteindre cet objectif ambitieux.
En effet, il subsiste un risque important que l'argent d'UNITAID soit
rapidement détourné, du fait que la France et les autres
gouvernements refusent pour l'instant de garantir un haut niveau de
transparence d'UNITAID dans l'utilisation des fonds [1]. Depuis avril
dernier, les gouvernements d'UNITAID s'obstinent à exclure des
documents fondateurs d'UNITAID divers garde-fous demandés par des
associations comme Gestos (Brésil), Oxfam (Grande-Bretagne) et
Sidaction, dans le but entre autres d'empêcher les détournements que
des initiatives de ce genre ont pu connaître.
Des garde-fous sont urgemment nécessaires pour pallier d'autres
dangers que les détournements : danger qu'UNITAID serve d'excuse pour
couper l'aide que les pays pauvres sont censés recevoir ces
prochaines années [2] ; danger que l'aide offerte par UNITAID perde
sa précieuse prévisibilité au nom de la raison diplomatique [3] ; et
danger qu'UNITAID serve à financer des actions hautement médiatiques
mais faiblement utiles [4].
Act Up-Paris apelle la France et les autres gouvernements impliqués à
intégrer urgemment les garde-fous demandés par les associations. Act
Up se félicite toutefois de ce que le garde-fou demandé pour garantir
la capacité d'UNITAID à faire baisser les prix malgré les monopoles
pharmaceutiques a été intégré dans la Constitution d'UNITAID diffusée
le 1er septembre (il s'agit du recours aux licences obligatoires
lorsqu'un brevet vient à bloquer la baisse des prix).
CACHE-MISERE
Malgré les aspects prometteurs d'UNITAID, cette initiative ne doit
pas servir de diversion, et faire oublier que la France a déjà pris
d'importants engagements financiers en matière de lutte mondiale
contre le sida - engagements qu'elle ne respecte toujours pas, même
en comptant UNITAID.
Le 27 juin 2001, à l'ONU, la France et les autres gouvernements du
monde avaient pris l'engagement de mobiliser 10 milliards de dollars
annuels avant 2005, afin de mettre en ouvre un plan mondial de
contrôle de la pandémie du sida. Mais, ces subsides n'ayant pas été
pas versés, l'épidémie a continué de progresser, si bien que, d'après
l'ONUSIDA, arrivés en 2007 ce ne sont plus 10 mais 18 milliards qui
sont nécessaires pour juguler la pandémie [5]. Malheureusement, la
communauté internationale sera encore bien loin de cette somme
l'année prochaine : seuls 10 milliards de dollars sont attendus pour
2007, selon l'agence onusienne.
Or, la France a prévu de contribuer en 2007 par la voie budgétaire
250 millions de dollars [6], soit seulement 1,5% des 18 milliards
nécessaires. Pourtant, la part de la France dans le PIB des pays
riches est 4 fois supérieure à ce chiffre : 6% selon l'OCDE [7]. Et
même en ajoutant la taxe sur les billets d'avion (250 millions de
dollars en année pleine, selon le Ministère des Affaires Etrangères),
la France va rester loin derrière la Grande-Bretagne, pays équivalent
qui contribue pourtant déjà 900 millions de dollars par an à la lutte
mondiale contre le sida [8].
Act Up-Paris appelle donc Jacques Chirac à inscrire au budget 2007 de
la France une contribution à la lutte mondiale contre le sida qui
soit proportionnelle à sa richesse (6% de 18 milliards). Prenant en
compte le prochain changement de gouvernement, Act Up-Paris appelle
aussi le Parti Socialise et l'UMP à se prononcer publiquement en
faveur d'une contribution 2007 de la France à la lutte mondiale
contre le sida qui soit proportionnelle à sa richesse, et au moins
égale à celle de la Grande-Bretagne.
Contact : New York - Khalil Elouardighi - 06 63 15 38 82
Paris - Eric Labbé - 06 09 63 52 65
Notes :
[1] La transparence quant à l'utilisation des fonds est aujourd'hui
reconnue comme le moyen le plus efficace de prévenir les
malversations. Ainsi, le Fonds mondial a réussi à limiter
considérablement les cas de détournements des subsides qu'il verse
aux pays en développement, en publiant sur internet non seulement ses
propres comptes, mais aussi ceux des institutions nationales qui
reçoivent ses subsides et sont chargées de les dépenser localement.
C'est ce principe de publication en ligne qu'Act Up, Gestos (Brésil),
Oxfam (Grande-Bretagne) et Sidaction demandent au gouvernement
français d'appliquer à UNITAID afin d'empêcher les détournements.
[2] Depuis la conférence de Barcelone de mars 2002, la France et la
Grande-Bretagne se sont engagées auprès des pays en développement à
doubler d'ici 2012-2013 le montant de leur aide publique au
développement. Les pays en développement comptent sur ces sommes. Or,
il apparaît aujourd'hui que la France et la Grande-Bretagne comptent
baisser ces aides d'autant que ce qu'elles mettent dans UNITAID,
reprenant ainsi d'une main ce qu'elles donnent de l'autre.
[3] La principale valeur ajoutée d'UNITAID est de disposer de revenus
provenant d'une taxe spécifique, et donc prévisibles à long terme.
Par contraste, les revenus du Fonds mondial proviennent de
contributions budgétaires annuelles qui peuvent s'arrêter n'importe
quand, exposant ainsi les pays pauvres à se retrouver sans
médicaments du jour au lendemain. UNITAID peut sécuriser ce risque,
et ainsi encourager les pays pauvres à universaliser l'accès aux
médicaments. Mais la France s'est dite prête à accepter que la Grande-
Bretagne contribue à UNITAID de manière budgétaire et instable si
cela lui permet d'éviter de se retrouver unique contributeur riche à
UNITAID.
[4] Depuis avril 2006 les 5 gouvernements insistent pour que les
femmes enceintes bénéficient prioritairement des médicaments VIH bon
marché d'UNITAID, alors que les experts de l'OMS disent clairement
que le prix des médicaments n'est pas la raison pour laquelle les
femmes enceintes des pays pauvres n'ont pas accès. Les experts
expliquent que plusieurs médicaments VIH destinés au femmes enceintes
sont déjà gratuits, mais que les femmes rurales n'y ont pas accès car
personne ne veut payer le salaire des médecins et pharmaciens de
campagne. Pourtant les gouvernements d'UNITAID ignorent les réserves
des experts, et insistent pour subventionner les médicaments destinés
aux femmes enceintes. D'après les informations d'Act Up, les
gouvernements seraient convaincus que les femmes enceintes sont plus
« vendeuses » auprès de l'opinion publique.
[5] Rapport Ressource Needs, ONUSIDA, Août 2005.
[6] D'après le ministère des affaires étrangères (voir sur leur
site), la contribution budgétaire 2004 à la lutte mondiale contre le
sida s'élève à 120 millions d'euros. En 2007, elle augmente par
rapport à 2005 de 90 millions d'euros (entièrement à travers le Fonds
mondial, qui recevra aussi, en plus de ces 90 millions d'euros pour
le sida, 60 millions d'euros pour le paludisme + la tuberculose).
Ainsi, le total 2007 s'élève à 210 millions d'euros, soit 250
millions de dollars.
[7] « Gross Domestic Product, Main Economic Indicators », March 2006,
OECD.
[8] « Taking Action - The UK's strategy for tackling HIV and AIDS in
the developing world », July 2004, DFID (foreword by Tony Blair).
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