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[e-med] (2) Adoption d'une loi sur les droits et obligations des personnes vivant avec le VIH


  • From: "Florence Thune" <f.thune@sidaction.org>
  • Date: Tue, 5 Sep 2006 15:01:37 +0200

[le lien vers le message précédent: www.essentialdrugs.org/emed/archive/200608/msg00064.php]


Non à la criminalisation de la transmission du VIH


Depuis plus de 20 ans, les principaux acteurs de la lutte contre le sida, au
premier rang desquels les groupes de malades, se battent pour que les
personnes séropositives ne soient plus victimes de discrimination et de
rejet. Depuis plus de 20 ans, ces mêmes acteurs s'épuisent pour que les
droits des personnes vivant avec le VIH ne soient plus bafoués. Il aura
fallu plus de 20 ans pour que certains textes de loi timides voient le jour,
pour que les personnes séropositives ne soient plus vues par certains comme
des pestiférés...


Mais il n'aura fallu qu'un ou deux ans, dans l'ignorance ou l'indifférence
la plus totale - y compris de nombreuses organisations associatives ou
institutionnelles - pour que des lois répressives soient votées partout,
chaque jour, pour que la transmission du VIH soit criminalisée, et pour que
les personnes vivant avec le VIH redeviennent des dangers pour la santé
publique. Elles ne seraient plus des personnes qui vivent avec un virus,
mais de purs vecteurs de transmission, des contaminateurs en puissance !


Dans une société où il faut dorénavant trouver des responsables à tout
malheur, à tout aléa de la vie, où la justice s'immisce au plus profond de
l?intimité de chacun, les malades deviennent une cible de choix. A l'heure
où certains annoncent que le sida se banalise, que les situations de
discrimination se raréfient, à l'heure où les instances internationales et
gouvernementales se félicitent des progrès observés dans la lutte contre le
sida, des personnes séropositives sont attaquées en justice pour n?avoir pas
révélé à leur partenaire qu?elles ont eu "des pratiques à risques" par le
passé. Aujourd?hui, des personnes séropositives sont sommées de donner la
liste de leurs partenaires passés et à venir. Certains croient encore que le
spectre de la prison est un nouvel outil de prévention, entretenant l?espoir
absurde que la criminalisation fera reculer l?épidémie, alors qu?elle en
fait le lit.


Allons-nous assister bientôt à des procès où des enfants poursuivront leurs
mères en justice parce qu'ils auront été infectés par le VIH pendant la
grossesse, l'accouchement, l'allaitement ? Bientôt, les personnes
séropositives devront cesser d?avoir des relations sexuelles ! Même
protégées ! Même librement consenties avec leurs partenaires, de peur que le
préservatif ne craque, de peur de contaminer malgré les précautions prises
en commun, de peur que cela finisse par une plainte.... Elles vont à nouveau
devoir se cacher.


Il est plus que temps de rappeler qu?être séropositif ne signifie pas que
l?on devienne un danger pour la santé publique. Au Nord comme au Sud,
quelles que soient les cultures, les traditions, les sociétés dans
lesquelles nous vivons, menacer chaque personne séropositive de prison, la
contraindre à avoir peur d?elle-même et de sa sexualité, la forcer à
dévoiler dans des situations humiliantes son statut sérologique pour
voyager, travailler, s?assurer, se marier, avoir des enfants, ou participer
à une conférence internationale n?est décidément pas juste.



Malgré les progrès réels de la science et des soins, malgré la solidarité
des proches, des familles, des Nations, il est aujourd?hui très difficile de
vivre avec le VIH. Le droit de vivre normalement passe assurément par un
soutien répété, une solidarité renouvelée, un respect permanent ;
certainement pas par l?humiliation, le rejet et la peur.



Texte rédigé par des membres séropositifs ou séronégatifs de Sidaction



Pour plus d?informations :
http://www.sidaction.org/actualite/actualite/positionsidaction