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[e-med] CAMEROUN : «J'étais prête à faire n'importe quoi pour m'en sortir»


  • From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
  • Date: Wed, 26 Jul 2006 10:23:55 +0200

CAMEROUN : «J'étais prête à faire n'importe quoi pour m'en sortir»

YAOUNDE, le 25 juillet (IRIN) - Christy revient de loin. Effondrée à
l'annonce de sa séropositivité, cette jeune femme qui a voulu croire en
l'existence de remèdes miracle contre le sida a bien failli en mourir.

C'est en 2001, peu après la mort de son mari, un magistrat, que Christy a
appris qu'elle était infectée au VIH.

«J'avais un zona [une affection cutanée courante chez les personnes
séropositives] pour la deuxième fois. Un cousin m'a conseillée de faire un
test de dépistage du VIH/SIDA», se souvient-elle.

Lorsque les résultats de l'examen tombent, la jeune femme, aujourd'hui âgée
de 35 ans, comprend enfin de quoi sont morts son époux et deux de ses trois
enfants. Le choc est terrible : «J'avais toujours été fidèle à mon mari, je
pensais que le sida ne touchait que les filles de mauvaise vie, les gens pas
sérieux. Le ciel me tombait sur la tête.»

La nouvelle est d'autant plus difficile à accepter que Christy pense ne
pouvoir en parler à personne, pas même à ses parents, en raison de la
stigmatisation et du rejet qui entourent les personnes vivant avec le VIH au
Cameroun, un pays d'Afrique centrale pourtant fortement touché par
l'épidémie.

En dépit des mises en garde des médecins, elle s'accroche alors à l'espoir
qu'il existe des remèdes miracles qui pourraient la guérir du virus, comme
le clament certains tradithérapeutes et autres vrais, ou faux, médecins, peu
scrupuleux.

«A cette époque, j'étais désespérée, j'étais prête à faire n'importe quoi
pour m'en sortir», a-t-elle raconté à PlusNews. Alors, quand elle apprend
par la télévision qu'une femme dit guérir le sida à Kinshasa, la capitale de
la République démocratique du Congo (RDC), elle n'hésite pas : elle casse sa
tirelire et achète un billet d'avion.

Sur place, elle découvre le centre dirigé par la fameuse 'Madame Nadine'.
Elle y rencontre plusieurs malades, 'soignés' avec son remède.

«Il y avait notamment un petit garçon de 11 ans, qui, né séropositif, ne
l'était plus depuis qu'il avait suivi le traitement, ça m'a encouragée»,
a-t-elle expliqué. Elle est aussi rassurée par les nombreuses publicités qui
vantent le 'produit miracle' de 'Madame Nadine'.

Accueillante, chaleureuse et apaisante, celle-ci convainc Christy de prendre
le médicament qu'elle a mis au point et qui, dit-elle, l'a elle-même guérie.
La jeune Camerounaise achète alors six bouteilles contenant un litre et demi
du 'liquide miracle', pour un prix unitaire de 150 000 francs CFA (290
dollars).

En plus du billet d'avion, ce voyage à Kinshasa lui aura coûté environ un
million de francs CFA (1 930 dollars), a calculé Christy.

De retour à Yaoundé, elle suit scrupuleusement la posologie indiquée par
'Madame Nadine' ; elle a l'impression de se sentir mieux, son appétit
revient. Mais au bout de six mois, elle fait un nouveau test du VIH : elle
subit un nouveau choc en apprenant qu'il est toujours positif.

Par téléphone, 'Madame Nadine' recommande à Christy de refaire le test dans
six mois. Peine perdue: celui-ci indique qu'elle est toujours séropositive.

<b>D'un 'remède miracle' à l'autre</b>

Entre temps, la jeune femme a commencé à comprendre le piège dans lequel
elle est tombée, victime de son désarroi. En proie à une grave infection
pulmonaire, sa mère la prend en charge : contrairement à ses craintes, elle
ne l'a pas rejetée et cherche à guérir sa fille par tous les moyens.

Elle la conduit à la Clinique de l'Espoir, à Yaoundé. Dirigé par l'ancien
ministre de la Santé du Cameroun, le professeur Victor Anomah Ngu, cet
établissement prétend avoir mis au point un vaccin contre le sida, appelé
Vanhivax.

«J'étais alors à l'article de la mort. Peu importait pour moi, tous les
moyens étaient de nouveau bons pour essayer d'aller mieux», a expliqué
Christy.

Après deux séances de vaccin, chacune coûtant 30 000 francs CFA (58
dollars), son état s'aggrave. Les médecins qui la soignent pour son
infection pulmonaire réussissent à convaincre sa mère de cesser ce
«traitement».

«Ils lui ont expliqué que les recherches de cette clinique n'étaient pas
reconnues par l'Etat. Ma mère a finalement compris que c'était n'importe
quoi», a dit Christy.

Elle commence alors un traitement antirétroviral (ARV), une décision dont
elle se félicite aujourd'hui. «Je me sens enfin bien, à la fois sur le plan
physique et psychologique. J'ai compris que les ARV sont la seule solution
qui permet de vivre longtemps et normalement.»

Pourtant, aujourd'hui encore, beaucoup de gens dans son entourage consultent
de faux médecins sans qu'on puisse les raisonner, a-t-elle regretté.

«Ici, le VIH/SIDA reste un sujet tabou, une maladie honteuse. Les gens ont
alors beaucoup de mal à accepter leur statut. On pense en général que c'est
un sort qu'un voisin, par exemple, a jeté et on est prêt à faire n'importe
quoi pour s'en débarrasser», a-t-elle expliqué.

Pour éviter à d'autres malades de risquer leur vie comme elle l'a fait, elle
tente de les sensibiliser à cette question. «A l'hôpital, nous parlons
maintenant souvent de ces problèmes de charlatans entre patients. J'essaie
de décourager ceux qui seraient tentés d'aller les consulter».

En janvier dernier, le ministre camerounais de la Santé publique Urbain
Olanguena Awono a lui aussi décidé de mettre en garde ses compatriotes
contre ces «charlatans sans foi ni loi, animés par la recherche du gain
facile».

Non seulement ils ne soignent pas, mais ils aggravent souvent l'état des
patients, a souligné un médecin, et en particulier lorsqu'ils encouragent
leurs clients à interrompre leur traitement ARV, provoquant chez le patient
des résistances aux médicaments.

Devant l'ampleur de ce phénomène apparu au début des années 2000, le Réseau
sur l'éthique, le droit et le sida (REDS), une association basée à Yaoundé,
a conçu une affiche qui dresse les caractéristiques de ces charlatans, afin
d'aider les malades et leur famille à les reconnaître - et à les éviter.

«Le charlatan prétend qu'il sera assassiné si l'on sait qu'il guérit le
sida», explique ainsi l'affiche.

Christy, elle, s'estime chanceuse d'avoir survécu à ces expériences. «Si je
pouvais revenir en arrière, jamais je ne referais le parcours que j'ai
suivi. Je ne comprends pas comment j'ai pu dépenser de telles sommes
d'argent pour rien.»