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[e-med] (2)Les 60 ans de l'OMS : à quand des médicaments pour tous ?
- From: "patrice trouiller" <pattrouiller@wanadoo.fr>
- Date: Mon, 17 Jul 2006 19:05:28 +0200
Si l'OMS s'est donnée une définition de la santé que d'aucun juge empreinte
d'utopisme, normant de façon quasi définitive les bornes qui délimitent le
champ du normal et du pathologique, définition sûrement dans la droite ligne de la vision prométhéenne du rogrès des sciences et des techniques qui comme l'annonçait Bacon ou Durkheim permettrait de produire des "inventions capables, dans une certaine mesure, de vaincre et de maîtriser les fatalités et les misères de l'humanité" et que reprirent plus tard à leur compte Pasteur et Ehrlich avec l'invention de la bactériologie puis celle de la chimiothérapie anti-infectieuse ;
si l'OMS quelques années plus tard s'est fixée en toute illusion
progressiste outre l'éradication de nombreuses maladies infectieuses,
l'objectif de la "santé pour tous en l'an 2000", et qu'aujourd'hui 60 ans
après on observe qu'on est bien loin du compte et que cette fuite en avant
vers la recherche du "magic bullet" nous conduit a priori à une impasse,
pourquoi dès lors se défausser sur cette même OMS qui, quels que soient ses
défauts et limites, n'existe qu'au travers de ses Etats membres et de son
Assemblée Générale (AG) qui chaque année en bonne assemblée politique
irresponsable (car sans contraintes vis à vis des dits Etats-membres) promet
de résolutions en résolutions monts et merveilles.
NB: en dehors des règlements sanitaires internationaux, OMS n'a aucun
instruments d'autorité à l'appui de sa politique et/ou de ses résolutions,
et l'AG s'y comporte comme celle des Nations-Unies à la différence que dans
le système de l'ONU est prévu un "conseil de sécurité" avec à la clé un
caractère plus ou moins contraignants de ses résolutions.
Alors "à quand des médicaments pour tous ?"
De nouveau la question parait idéologiquement contrainte et bornée, et
présuppose qu'à tout état considéré comme pathologique il doit y avoir une
réponse technique relevant de la thérapeutique médicamenteuse, ce qui est
pour le moins réducteur. Alors sans relancer la controverse initiée par
McKeown sur le contrôle de la tuberculose, on constate que le médicament est
bien souvent nécessaire mais toujours indispensable. Il en est pour partie
de même pour le paludisme, mais peut être somme nous en quelque sorte
victime de la "pastorisation' de la médecine induite par la théorie des
germes.
Dans les années 1970 en pleine phase d'intégration de la gestion des
programmes de santé, l'OMS inventa le concept de "médicaments essentiels",
outil qui s'est révélé, malgré un difficile accouchement, d'une importance
critique, mais est resté pour la plupart des Etats d'un usage purement
formel.
Alors renvoyer à OMS "à quand des médicaments pour tous" (comme si demain
OMS allait enfin "raser gratis"!), alors que cela relève de la compétence et
de la responsabilité de chaque Etats, s'est de nouveau permettre au Etats de
se réfugier derrière la bannière de l'OMS pour masquer leurs échecs, et leur
irresponsabilité vis à vis de leur populations (au lieu d'accuser OMS
pourquoi personne n'a crée un observatoire de l'accessibilité ?).
Ou alors changeons les missions d'OMS, pour la transformer en police
sanitaire internationale. Mais est-ce réellement souhaitable et souhaitée ?
Mais méfions nous de trop accabler OMS (et de tirer sur une ambulance), dans
le contexte actuel où les Etats membres ont tendance à se défausser
dangereusement de leurs responsabilités, ayant amorcé depuis une dizaine
d'années avec une OMS plus ou moins consentante un mouvement générale de
sous-traitance au secteur privé de pans entiers de la santé publique
internationale, avec la profusion anarchique des PPPs (public private
partnerships).
OMS, bien qu'organisation imparfaite, a au moins le mérite d'exister et
d'être légitime dans sa politique et ses orientations, même si ses missions
doivent incontestablement être recentrées.
A trop charger la barque on risque un jour de n'avoir plus que le seul choix
d'une santé internationale guidée, choisie et "sponsorisée" caritativement
ou avec compassion par des structures privées commerciales (ou leur vitrines
comme le sont de nombreuses fondations) ou non lucratives, dont la seule
légitimité est en fin de compte idéologique.
Patrice TROUILLLER
CHU de Grenoble
pattrouiller@wanadoo.fr
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