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[e-med] SÉNÉGAL : Dans la rue, des enfants en grand danger face au sida
- From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Tue, 11 Jul 2006 11:01:59 +0200
[un gros problème dans bcp de pays africains à ne pas sous-estimer...CB]
SÉNÉGAL : Dans la rue, des enfants en grand danger face au sida
DAKAR, le 10 juillet (IRIN) - Dans les rues animées de Dakar, la
poussiéreuse capitale du Sénégal, des milliers d'enfants en haillons errent
en petits groupes, des mineurs à la sexualité précoce, cibles fragiles du
VIH/SIDA.
Environ 6 000 enfants seraient livrés à eux-mêmes à Dakar, des mineurs qui
ne bénéficient d'aucun suivi, d'aucune attention ni information sur les
risques qu'ils courent à multiplier les comportements à risque, comme
l'explique Adjiratou Sow Diallo Diouf, auteur d'une étude sur les enfants de
la rue et le VIH/SIDA parue en juin 2005.
"La sexualité des enfants de la rue est précoce", explique-t-elle. "On voit
des enfants de huit ans qui ont déjà plusieurs partenaires masculins et
féminins, en général trois ou quatre, plus âgés qu'eux."
Les 30 enfants âgés entre huit et 17 ans qui ont été interrogés dans le
cadre de cette étude ont fait état d'une sexualité précoce, pas toujours
consentante, à la fois homosexuelle et hétérosexuelle.
Les rapports sexuels sont rarement protégés et placent ces mineurs dans une
situation de grande vulnérabilité par rapport aux infections sexuellement
transmissibles (IST), dont le sida.
Le multipartenariat est une des caractéristiques de la sexualité des enfants
de la rue : près de 70 pour cent d'entre eux disent avoir des relations
sexuelles avec plusieurs partenaires, souvent d'autres enfants, selon
l'étude.
Un tiers des enfants a reconnu que ces rapports n'étaient pas toujours
consentants. "Il y a parfois des rapports forcés, des viols des plus âgés
vers les plus petits", affirme Mme Diouf.
Occasionnellement, les enfants se prostituent avec de jeunes femmes, qui
lavent le linge dans le quartier populaire de la Médina, à Dakar. "Certaines
dames leur donnent travail, mais leur demandent en contrepartie de coucher
avec elles", constate Mme Diouf.
Socialement exclus, les enfants des rues, les 'Fakhmans' comme ils se
nomment eux-mêmes - un mot issu du verbe 'fakh', qui signifie 's'enfuir' en
wolof, la langue la plus parlée à Dakar --, sont extrêmement vulnérables et
exposés aux maladies, précise-t-elle.
On les retrouve dans les recoins les plus sombres du grand marché Sandaga de
la capitale. Ils y déambulent avec la maladresse des ivrognes, mettant sans
cesse sous leur nez leur t-shirt imbibé de 'guinze', un diluant industriel
qu'ils respirent pour échapper quelques instants au poids de leur quotidien.
<b>Le sexe dès huit ans, de la drogue pour tenir</b>
Selon Mme Diouf, les 'Fakhmans' se droguent systématiquement : c'est une
règle pour intégrer le groupe. Pour quelques centaines de francs CFA,
mendiés ou chapardés, ils peuvent ainsi s'acheter leur dose quotidienne de
drogue et oublier la violence - et les risques -- de leur existence.
Plus de la moitié des 'Fackhmans' ont leur première expérience sexuelle
avant l'âge de 14 ans, souvent autour de huit ans, et rares sont ceux qui
appréhendent leur vulnérabilité par rapport aux IST et au VIH/SIDA.
Le système sénégalais de santé public est de toute façon incapable de les
prendre en charge : ils sont exclus des services de soins et de traitements,
faute de tuteurs, et la plupart des programmes actuels d'information et de
prévention ne les prennent pas en compte comme groupes vulnérables
prioritaires, souligne l'étude, qui décrit leur trajectoire en dents de
scie.
La plupart des enfants seraient issus de couples divorcés ; ils auraient
quitté volontairement le domicile familial à la suite de violences ou se
seraient enfuis d'écoles coraniques où ils étaient maltraités.
Le rapport souligne que 60 pour cent des 'Fackhmans' ne sont jamais allés à
l'école ; ils ignorent par conséquent tout des questions liées à la santé de
la reproduction, en particulier ce qui touche aux IST et au VIH.
Selon Mme Diouf, si la quasi-totalité des enfants interrogés ont affirmé
savoir de quoi il s'agissait, la moitié d'entre eux ne connaissait pas les
modes de transmission du VIH et 40 pour cent ignoraient comment se protéger
contre l'infection.
Alors que les deux tiers des enfants ont reconnu avoir des relations
sexuelles, moins de 10 pour cent d'entre eux utilisaient un préservatif.
Quant aux autres, "ils ne savaient pas comment les utiliser", déplore Mme
Diouf.
"Les Fakhmans ont des pratiques à risque et n'utilisent pas de préservatifs,
sauf lorsqu'ils vont voir des prostituées qui leur en fournissent", explique
ainsi Isabelle de Guillebon, qui dirige le Samu Social Sénégal, la seule ONG
offrant aux enfants de la rue un suivi socio-médical.
Vêtus de haillons aux couleurs passées, délavées par la crasse, ils
attendent, tapis dans la nuit, en petits groupes d'une douzaine d'enfants,
le passage de la camionnette du Samu social qui, deux fois par semaine, leur
apporte un peu de nourriture et des soins pour panser les blessures de la
rue.
<b>Parler aux enfants à défaut de pouvoir les soigner</b>
Entre ces mineurs réputés violents et les équipes du Samu social se sont
créés de solides liens de confiance et d'amitié: l'année dernière, alors que
des voyous tentaient d'agresser des membres de l'ONG au cours d'une ronde,
le groupe d'enfants présents s'est spontanément porté à leur secours,
s'interposant en bloc.
Grâce à ce rapport de confiance qui a pu s'établir avec les équipes
médicales, les enfants parlent désormais sans tabou de leur sexualité. Même
si, reconnaît Isabelle de Guillebon, "les enfants traumatisés en parlent
comme s'il ne s'agissait pas d'eux".
"Ils ne sont pas totalement conscients du problème ; ils sont tout le temps
shootés, dans un état second. Ce n'est pas dans ces moments-là qu'on pense
aux dangers", précise-t-elle, en faisant référence au diluant industriel que
les enfants inhalent.
Dans le cadre de son étude, Mme Diouf a organisé des ateliers dans les
locaux du Samu social, pour renforcer les connaissances des enfants sur les
IST et le VIH.
Informer pour prévenir les infections, parler pour éviter les violences et
les pratiques dangereuses sont les seules armes que ces femmes peuvent
utiliser pour protéger les enfants : selon la législation sénégalaise, comme
dans de nombreux pays, ils ne peuvent être dépistés au VIH qu'avec l'accord
de leurs parents.
Or par définition, les enfants de la rue n'ont ni parents ni responsables
légaux pour les accompagner dans les centres de santé, une situation que Mme
Diouf juge scandaleuse.
"Il n'y a pas de programme qui cible les enfants et les enfants des rues ne
disposent pas de prise en charge médicale" adéquate, déplore-t-elle. En cas
d'infection au VIH, "si on ne peut pas faire le dépistage, on interviendra
trop tard. Et si les enfants ne souffrent pas du VIH, ils peuvent être
infectés par diverses IST".
Sans savoir de quoi ils souffrent, il est aujourd'hui difficile de prendre
en charge ces enfants, constate Mme Diouf, rejointe sur ce point par
Isabelle de Guillebon : "Il y a un combat à mener sur le dépistage des
mineurs, il faut changer la législation", reconnaît-elle, tout en admettant
la difficulté qu'il y aurait à mettre sous traitement à vie des enfants très
mobiles, en mauvaise santé et psychologiquement fragiles.
En attendant, grâce aux films, aux photos, aux discussions et aux
démonstrations pratiques, les enfants, qui étaient un peu sur la réserve au
début des ateliers, ont commencé à comprendre. Ils se sont surtout, et
progressivement, ouverts aux autres.
"Les ateliers ont été une très bonne chose : ils ont pu exprimer des choses
et les expliquer à des adultes", raconte Mme de Guillebon, qui note que les
questions liées à la sexualité les intéressent.
"Au début, ils ne parlaient pas. Mais après nous sommes devenus amis et ils
étaient à l'aise et se défoulaient. Ils m'ont raconté des choses qu'ils ne
disaient pas avant", poursuit-elle. "Un enfant m'a par exemple confirmé les
pratiques homosexuelles dans le groupe, alors que jusque-là c'était un sujet
tabou pour les enfants."
Pour Isabelle de Guillebon, cette confiance s'explique par le fait que le
Samu social représente l'unique lien qu'ont ces enfants avec le monde
adulte, parce que le personnel médical qui tourne la nuit est le seul à se
préoccuper de leur sort : "malgré la brutalité de leur environnement, ils
demeurent des enfants."
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