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[e-med] Afrique de l'Ouest : La gestion communautaire du VIH/SIDA, ça s'apprend


  • From: "ReMeD" <remed@remed.org>
  • Date: Fri, 23 Jun 2006 11:15:56 +0200

[Et la gestion communautaire d'autres maladies non-transmissibles ou de programme d'éducation à la santé, vous avez des exemples ?]

DAKAR, le 22 juin (IRIN) - Lorsqu'il a réalisé qu'il n'était pas assez armé pour lutter contre la hausse du nombre d'infections au VIH dans son quartier de Bamako, le docteur Boulkassim Maïga a décidé de suivre une formation diplômante en gestion communautaire de la santé et du VIH/SIDA.

«Le nombre de cas d'infections au VIH ne cessait d'augmenter, en particulier chez les femmes enceintes», a expliqué le docteur Maïga, médecin spécialisé dans la prévention de la transmission du virus de la mère à l'enfant (PTME) dans un centre communautaire.

«Je voulais mieux connaître l'attitude et les pratiques des populations de mon quartier, savoir quel était leur niveau d'information», a-t-il ajouté.

C'est en cherchant les moyens de renforcer ses capacités en matière de lutte contre le sida qu'il a entendu parler d'une formation organisée à Mbour, à 80 kilomètres au sud de Dakar, la capitale sénégalaise.

Le diplôme universitaire de 'gestion au niveau communautaire des programmes de santé orientés vers la lutte contre le VIH/SIDA', a été créé en 2005 par l'Institut de santé et développement (Ised) de Dakar et le programme 'Sécuriser le futur', de la fondation Bristol-Myers Squibb.

En quatre ans, l'objectif est de former au total 120 spécialistes de santé publique, originaires du Sénégal, du Mali, de la Côte d'Ivoire et du Burkina Faso, afin d'optimiser l'impact des politiques de santé communautaire en améliorant la participation des populations.

«Il y a un manque à ce niveau car la plupart du temps on impose des programmes aux communautés», a estimé le professeur Anta Tal Dia, la directrice de cette formation, regrettant qu'on «pense peu à ceux qui travaillent sur le terrain».

Un phénomène qu'Evariste Kadio, membre du cabinet du ministre ivoirien de la Lutte contre le sida, a dit avoir compris grâce à la formation.

«Si on n'associe pas les populations, les décisions prises au niveau central ne seront pas suivies. Les populations s'approprient les décisions parce qu'elles participent à leur élaboration, sinon les gens ne comprennent pas toujours l'importance des politiques publiques», a-t-il reconnu.

Cette formation doit permettre aux stagiaires de se doter «d'outils pour mesurer, pour voir où sont les goulots d'étranglement et pour impliquer la communauté», a résumé le professeur Dia.

Elle a précisé que cette phase théorique devait encourager les stagiaires à utiliser l'outil du 'diagnostic participatif', c'est-à-dire du dialogue avec les populations pour comprendre leurs problèmes avant d'orienter les interventions.

<b>Savoir évaluer et répondre aux situations locales</b>

L'un des volets de la formation a ainsi pour but de «donner aux stagiaires des notions d'épidémiologie pour qu'ils soient capables de calculer la prévalence dans leur communauté et de voir comment elle se répartit», a-t-elle ajouté. «Il faut informer tout le monde, mais savoir sur quelles personnes mettre l'accent.»

Des compétences que le docteur Maïga a dit vouloir mettre en pratique dès son retour dans son quartier de Bamako où il est «le seul médecin pour 45 000 personnes».

«Je vais distribuer un questionnaire et faire des [études ciblées] sur les hommes, les femmes, les jeunes, ainsi que différents autres groupes», a-t-il anticipé. «Si je constate un problème dans un groupe particulier, je monterai un projet pour permettre de renverser la tendance et faire comprendre aux membres de ce groupe qu'ils sont menacés».

Cheikh Touré, du ministère sénégalais de la Santé, a lui aussi affirmé que cette formation allait modifier sa manière de travailler.

«Je pourrais faire des diagnostics plus approfondis en prenant en compte les paramètres comportementaux, en identifiant les populations les plus affectées et en modifiant ma communication vis à vis d'elles», a-t-il dit.

Il a dit regretté qu'au Sénégal, certains groupes à risques ne soient pris en charge que par des ONG. «Par exemple, il n'y a pas de programme du ministère de la Santé spécifique aux professionnelles du sexe.»

Le deuxième module de la formation, dit de planification, «doit permettre aux stagiaires de rendre leur travail plus efficace, d'effectuer un suivi de leurs patients ou de leurs programmes, et de se fixer des objectifs», a expliqué le professeur Dia, pour qui «avant, ils faisaient leur travail mais ne pouvaient pas l'évaluer».

Les stagiaires reçoivent dans le cadre de ce module une formation en gestion des programmes d'économie de la santé, une dimension essentielle selon le docteur Samuel Koala, médecin d'un centre de santé privé de Ouagadougou, la capitale burkinabè.

«Ce diplôme peut nous aider à pérenniser ce qu'on fait. Le gros problème est qu'on vit sous perfusion constante des bailleurs de fonds internationaux», a-t-il analysé, alors qu'une gestion plus rigoureuse met «les partenaires en confiance».

Ce jeune médecin de 32 ans voit dans la participation des communautés à la mobilisation des ressources un bon moyen de pérenniser les programmes communautaires, via un système de mutualisation.

«Les gens ne se sentent concernés que quand ils sont malades et ne s'occupent pas de prévention», a regretté le docteur Koala, expliquant qu'il voulait faire passer le message que «ce système permet de soigner des gens qui sont malades et qui pourraient infecter» les bien-portants.

Ce médecin a dit avoir réalisé au cours de la formation que la participation communautaire était également l'un des moyens les plus efficaces de convaincre les populations de changer de comportement pour se protéger de l'infection au VIH.

<b>Utiliser les compétences des diplômés</b>

Le dernier module de la formation, dit de santé communautaire, est consacré à l'étude des cadres généraux des politiques de lutte contre le sida en Afrique et dans le monde, pour aider les stagiaires à discerner «les soins sur lesquels insister pour qu'ils soient accessibles aux populations», a expliqué le professeur Dia.

Ce module a ouvert des perspectives à M. Kadio, qui a dit espérer améliorer la coordination entre les programmes publics et privés de lutte contre le sida en Côte d'Ivoire.

«A mon retour, je serai plus à même de coordonner l'utilisation des ressources pour que les programmes se complètent et que les fonds soient mieux orientés», a-t-il estimé.

Car après les trois mois de formation théorique au Sénégal, les stagiaires retournent sur leur lieu de travail habituel pour mettre en application ce qu'ils ont appris, identifier les problèmes, proposer des solutions et rédiger un mémoire qui leur permettra d'obtenir leur diplôme.

M. Touré a déjà choisi : il fera son mémoire sur l'intervention des radios communautaires dans la lutte contre le sida, des organes avec lesquels il est en relation pour la promotion de la prévention.

«Je veux savoir comment mettre à profit ce potentiel pour des intervenions pertinentes et pas seulement événementielles», a-t-il expliqué.

Bien que satisfaite des premiers résultats obtenus, le professeur Dia a dit craindre que les structures dans lesquelles travaillent les diplômés ne soient pas toujours conscientes de leurs nouvelles compétences.

«Nous essayons de former des personnes qui pourront être utiles et qui auront l'opportunité à leur retour de montrer leurs compétences, mais les institutions ne s'approprient pas assez cette formation et on n'utilise pas toujours les diplômés à bon escient», a-t-elle regretté.

Des craintes relayées par le docteur Koala. «On va devoir se battre pour mettre à disposition nos savoirs, mais je vais tout faire pour montrer ce que j'ai appris dans ce programme et expliquer comment on peut faire pour optimiser nos résultats.»