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[e-med] LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE : À l'école du réseau communautaire de Poponguine
- From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Wed, 24 May 2006 10:29:49 +0200
LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE : À l'école du réseau communautaire de
Poponguine
http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=11713
Edition du Mercredi 24 Mai 2006
Le Soleil Sénégal
Poponguine a été choisi parmi les 13.000 villages que compte le Sénégal pour
abriter cette année la cérémonie officielle de la Journée mondiale de lutte
contre la tuberculose. Pour le ministre de la Santé et de la Prévention
médicale Abdou Fall, c'était pour le donner en exemple aux autres localités
du pays. Mais, qu'est-ce qui fait la particularité de ce village dans la
croisade contre cette maladie contagieuse ? Un reportage fait dans le cadre
du " Projet Maisha Yatu " a ciblé " Le Soleil " et la radio " Sud FM " comme
" centre d'excellence " au Sénégal. Ce centre est piloté par notre confrère
Tidiane Kassé.
Le village de Poponguine a eu l'insigne honneur d'accueillir cette année, la
manifestation officielle de la Journée mondiale de lutte contre la
tuberculose, célébrée sous le thème : " Agir pour la vie : vers un monde
sans tuberculose ". Le choix porté sur Poponguine pour abriter cette
cérémonie n'est pas le fruit du hasard. Le ministre de la Santé et de la
Prévention médicale, Abdou Fall, a expliqué aux populations autochtones que
parmi les 13.000 villages que compte le Sénégal, si on a jeté le dévolu sur
le leur, c'est pour le donner en exemple aux autres localités du pays.
Poponguine est, à ses yeux, le porte-étendard de la croisade contre cette
maladie contagieuse qu'est la tuberculose et dont l'agent pathogène est le
bacille de Kock. Poponguine, un village situé dans la région de Thiès et
dans le département de Mbour, est doté d'un tissu communautaire très dense
qui abat un travail remarquable sur le terrain. De même, le choix s'est
justifié aussi parce qu'après Dakar, c'est dans la région de Thiès qu'il y a
le nombre de cas de tuberculose détectés le plus élevé. Ce qui revient à
dire que les efforts de dépistage sont considérables dans cette partie du
Sénégal.
Le travail des relais communautaires a été salué d'un commun accord. Ces "
volontaires de la santé " ont reçu un vibrant hommage de la part des
différents intervenants.
Les secrets des relais communautaires
Awa Faye Fall, un relais polyvalent qui fait office d'assistante sociale
dans l'accompagnement des Personnes vivant avec le Vih/Sida (PvVih) est la
cheville ouvrière du réseau. Selon elle, chaque village est divisé en zones
de responsabilité. Ainsi, parfois, les relais communautaires choisissent un
thème sur la tuberculose et un endroit précis où ils se rendent pour semer
la bonne parole. Il faut dire qu'ils font d'une pierre plusieurs coups, car
ces rencontres de sensibilisation sur les maladies, la propreté etc. sont
également ponctuées par des séquences de tontines, avant l'élaboration d'un
nouveau plan d'actions. Généralement, ces plans d'actions comportent le
pesage des enfants, des démonstrations culinaires etc.
"Le résultat de notre travail est, qu'aujourd'hui, dans tous les villages du
district sanitaire de Poponguine, les gens savent que la tuberculose est une
maladie qui se guérit si on suit le traitement. Nous leur disons ce qu'il
faut faire et ce qu'il ne faut pas faire", explique Mme Fall. En effet, il
est utile de savoir qu'après 15 jours de traitement, le sujet malade n'est
plus contagieux. De même, il faut aider les malades à prendre leurs
médicaments au lieu de les fuir ou de les stigmatiser. Pour les
spécialistes, il y a paradoxe dans la mesure où les populations peuvent
vivrent avec un malade en buvant avec le même pot que lui, mais si toutefois
les médecins trouvent qu'il est souffrant de la tuberculose, on a tendance à
le fuir, craignant ainsi d'être contaminé. Or, les familles doivent
accompagner les malades tuberculeux dans la prise en charge psycho-sociale.
Les malades peuvent également être responsabilisés dans leur propre prise en
charge.
Les bonnes infos
Toutes informations utiles que les relais communautaires de Poponguine s'évertuent
à disséminer dans leurs localités. " Nous les relais communautaires, nous
allons rendre visite aux malades pour voir s'ils ont effectivement pris
leurs médicaments. Au départ, les gens fuyaient systématiquement les
tuberculeux, mais nous leur avons fait comprendre que ce qu'ils suspectaient
comme étant la cause, ne l'est pas. Nous disons aux malades d'éviter les
ruptures dans la prise des médicaments car cela peut conduire à la
résistance de la maladie ". Or, en cas de résistance, le traitement devient
très coûteux, aléatoire, selon le coordonnateur du Programme national de
lutte contre la tuberculose, le Dr Cheikh Seck.
Il faut dire que ces relais communautaires de Poponguine font du bénévolat.
Il arrive même à Awa Faye Fall qui accompagne les Personnes vivant avec le
Vih de mettre la main à la poche pour acheter des cartes de crédits pour son
téléphone portable pour prendre des rendez-vous avec des malades.
Il reste clair que si le réseau communautaire de Poponguine disposait de
financements comme c'est le cas dans certaines structures associatives
oeuvrant dans la lutte contre le Sida, il allait sûrement accroître les
performances dans la croisade contre la tuberculose.
MÉDECIN-PATIENT-RELAIS : Les résultats du travail triangulaire
À Poponguine, les médecins et les relais communautaire travaillent en
parfaite intelligence pour le bien être des malades de la tuberculose qui
sont eux-mêmes impliqués dans leur propre prise en charge. Les résultats n'ont
pas tardé à se faire sentir.
Le district sanitaire de Poponguine qui polarise 27 villages est à cheval
entre deux communautés rurales : Diass et Sindia. " Ici, nous avons l'Association
des relais polyvalents, les groupements féminins, les Asc, les matrones
etc ", explique Seydina Ousmane Bâ, le médecin-chef du District. Il ajoute
que lorsqu'un médecin traite un malade, il le fait suivant un travail
triangulaire : médecin-malade-relais communautaire. " Le relais
communautaire nous rend compte tous les jours. Chaque fois qu'on perd de vue
un malade, on lui demande d'aller le voir. Tous ceux qui viennent honorer
les rendez-vous, nous les connaissons. C'est cela qui nous permet de savoir
le taux de perdu de vue ", confie ce médecin capitaine.
À l'en croire, au cas où ils se rendent compte qu'un malade est perdu de
vue, si le relais communautaire ne peut pas aller le retrouver, les
médecins, qui disposent de moyens logistiques, se déplacent. Si le malade
est trouvé, on attire son attention sur les risques qu'il encourt en cas de
résistance de sa maladie. Dans l'accompagnement et le suivi des malades, les
médecins de Poponguine peuvent compter sur les efforts de l'Ong Canah
(Community actions for nutrition and healh), un démembrement de l'Usaid (une
agence américaine pour le développement international). L'Ong Canah qui
travaille dans la lutte contre la tuberculose, le paludisme et pour la
survie de l'enfant met à la disposition de ses agents des motos pour qu'ils
sillonnent le district à la rencontre des tuberculeux. Ces gens-là font la
synthèse du travail des relais. Avec leurs motos, ils partent là où ces
derniers ne peuvent aller. De même, à Poponguine, les chefs religieux
musulmans et chrétiens ainsi que le chef de village contribuent dans la
sensibilisation et la lutte contre les malades de toutes sortes. Dans ce
sens, les imams délivrent des messages idoines à la mosquée tandis que les
prêtres en font de même à l'église, de l'avis du Dr Seydina Ousmane Bâ.
À Poponguine, le taux de perdus de vue a connu une baisse. De 19 %, il a
chuté jusqu'à 10 %. Ce résultat est le fruit d'un excellent travail. Mieux,
le taux des perdus de vue ne reflète pas la réalité, à en croire le Dr Bâ.
" Si un malade de la tuberculose vient de Nguékokh, de Ngaparou ou bien de
Somone, qui font partie du district sanitaire de Mbour, on a du mal à le
suivre. Les malades qui viennent de ces zones-là ne sont pas dans notre
domaine de compétence. Comme la santé est un droit, on ne peut pas les
rejeter. Mais la situation de tous les malades qui sont dans notre zone est
connue grâce aux relais. C'est un excellent travail de la communauté, mais
qui est encadrée par l'équipe cadre du district, les infirmiers chefs de
poste (Icp) ". À Poponguine, il ne fait l'ombre d'aucun doute que la
population se prend en charge elle-même.
Les principales difficultés
Seulement malgré le travail remarquable abattu par les populations sous la
férule de leur médecin-chef, le capitaine Seydina Ousmane Bâ, il ne faut pas
occulter certaines difficultés. Le plus grand problème, c'est la logistique,
les moyens roulants. " Le relief de Poponguine étant accidenté, des
difficultés de mobilité se posent quand il faut aller rencontrer les
malades. Il nous faut des véhicules robustes tout terrain, des 4X4 pour
pouvoir assurer le travail de supervision ", argumente le Dr Bâ. Selon lui,
il existe un autre problème lié à l'étiolement du tissu communautaire durant
la saison hivernale. Poponguine étant une zone rurale où l'agriculture est
fortement pratiquée, la quasi-totalité des relais communautaires qui font du
bénévolat dans l'accompagnement et la prise en charge des malades délaissent
cette activité ô combien salutaire pendant l'hivernage pour aller se
consacrer à une autre non moins importante : les travaux champêtres pour
pouvoir nourrir leurs familles. Il ne serait pas alors superflu de chercher
à voir comment motiver ces relais pour leur meilleure implication pendant la
saison des pluies, étant entendu qu'il ne faut jamais baisser la garde dans
la croisade contre les maladies et particulièrement contre la tuberculose.
Dossier réalisé par JOSEPH BIRAME SENE
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