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[e-med] La santé des femmes et les maladies chroniques (OMS)
- From: "Carinne Bruneton" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Tue, 16 May 2006 11:31:20 +0200
[Le Dr Catherine le Galès-Camus, Assistante du Directeur-Generale des
Maladies non Transmissibles et de la Santé Mentale à L'OMS, a fait un
discours important lors d'une réunion informalle des Ministres de la Santé
de l'UE à Vienne (Autriche) le 25 Avril, 2006 à l'invitation du Ministre de
la Santé de l'Autriche. Un point de la situation qui montre l'augmentation
au niveau mondiale des maladies cadiovasculaires, diabètes, obésité,... chez
les femmes. Nous en reparlerons dans notre Table Ronde en novembre 2006.
Carinne Bruneton ReMeD]
***************
Dr Catherine Le Galès-Camus
Sous-Directeur général
Maladies non transmissibles et santé mentale
Organisation mondiale de la Santé
Discours pour la réunion informelle des ministres européens de la santé
Vienne
25 avril 2006
http://www.who.int/nmh/media/speeches/nmh_adg_speech_eu_april06_fr.pdf
Madame Rauch-Kallat, Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite un bon après-midi et vous remercie de me donner
la possibilité de prendre la parole. C'est pour moi un honneur d'être
ici et de prendre part aux débats.
Je salue l'initiative de nos hôtes, les membres du ministère autrichien
de la santé, notamment Mme Rauch-Kallat, qui ont fait preuve
d'anticipation en plaçant les questions à l'ordre du jour de la réunion,
en particulier les problèmes liés au diabète et la santé des femmes.
Pendant trop longtemps, la santé de la femme s'est limitée aux
questions de santé génésique comme si, une fois leurs enfants mis
au monde, les femmes n'avaient plus de problèmes de santé sérieux.
La naissance est certes l'un des moments les plus dangereux pour la
vie de la femme, et il convient de s'y intéresser d'urgence.
Toutefois, en notre qualité de responsables politiques oeuvrant en
matière sanitaire, nous devons désormais avoir une vue plus large
des choses : les cardiopathies, le cancer et le diabète font souffrir et
tuent les femmes autant que les hommes, parfois davantage. Le
cancer du sein et l'ostéoporose touchent davantage les femmes, et
d'autres maladies, comme l'endométriose, sont exclusivement
féminines.
Or, les services dispensés à la moitié de la population par les
systèmes de santé sont souvent insuffisants. Comme vous l'avez
remarqué, les problèmes des femmes ne sont pas suffisamment pris
en compte, surtout pour les maladies cardiovasculaires. Nous en
convenons. Trop souvent, les cardiopathies et les accidents
vasculaires cérébraux sont considérés comme des maladies
masculines, ce qui entraîne un diagnostic inapproprié ou tardif pour
les femmes, ainsi que des traitements mal adaptés.
L'Union européenne est la première à s'intéresser à ces questions,
comme c'est le cas pour de nombreuses autres questions sanitaires
et sociales. Le traité d'Amsterdam prévoit l'intégration des questions
de genre dans la politique européenne de santé publique ; la
présente réunion montre que des progrès sont réalisés en vue
d'atteindre cet objectif.
Quant à l'OMS, elle prend actuellement des mesures énergiques et
accélérées pour tenir compte de la spécificité des sexes dans le
cadre des recherches, de la collecte d'informations et des
recommandations d'ordre général. Nous avons adopté une politique
sur la prise en compte des genres dont s'inspire notre programme de
travail actuel. De plus, nous avons entrepris d'élaborer une stratégie
pour tenir compte des questions d'égalité entre hommes et femmes
afin d'accélérer la mise en oeuvre de nos activités.
Pour les femmes comme pour les hommes, les maladies
cardiovasculaires sont de loin la première cause de mortalité en
Europe. Selon les estimations de l'OMS, en 2005, dans la région de
l'Europe, ces maladies ont été responsables de 59% de l'ensemble
des décès chez les femmes et de 45% chez les hommes.
L'une des principales causes en est le diabète de type 2, qui sévit
aussi à l'état d'épidémie, et qui est naturellement une cause de
mortalité en soi. Comme vous le décrivez justement, cette
association mortelle risque fort d'être une "bombe à retardement", et
c'est maintenant que nous devons agir. Je constate avec satisfaction
que l'Union européenne réalise de grands progrès pour gérer cette
grave crise sanitaire.
Mais revenons à l'idée de "bombe à retardement" que constituent les
maladies cardiovasculaires, le diabète et les autres maladies
chroniques, et plaçons-nous dans une perspective mondiale, car il
faut considérer le problème autrement et à plus grande échelle. Nous
devons reconnaître que ces maladies touchent les femmes, mais
aussi prendre conscience qu'elles ont partout un coût humain et
économique très élevé et que celui-ci augmente.
L'épidémie mondiale de maladies chroniques est bien avancée. Sur
les 58 millions de décès recensés dans le monde l'année dernière,
35 millions étaient imputables aux maladies chroniques -
cardiopathies, accidents vasculaires cérébraux, diabète, cancers,
affections respiratoires et autres ; cela représentait 60% du total, soit
près du double de toutes les autres causes confondues.
L'épidémie n'épargne aucun pays, aucune communauté et
presqu'aucune famille. Elle peut toucher tout un chacun, quel que soi
son âge, son appartenance ethnique ou sexuelle et ses revenus. Par
ailleurs, seuls 20% des décès imputables aux maladies chroniques
sont recensés dans les pays à revenu élevé ; la plupart des décès -
plus des trois quarts - étant observés dans les pays à revenus faible
et intermédiaire.
L'épidémie de maladies chroniques représente une charge
considérable et croissante pour les systèmes de santé, les
économies, les communautés, les familles et les individus. D'après
des estimations de l'OMS, au cours des dix prochaines années, elles
pourraient entraîner une perte de revenu de 550 milliards de dollars
en Chine, de plus de 300 milliards de dollars en Russie et de quelque
33 milliards de dollars au Royaume-Uni.
Que faire face à une crise sanitaire de cette ampleur ? Nous
connaissons très bien les principaux facteurs de risque modifiables
des maladies chroniques : une mauvaise alimentation, le manque
d'activité physique, la consommation de tabac et l'abus d'alcool.
Par conséquent, nous devons d'abord intervenir pour prévenir,
réduire ou supprimer ces facteurs de risque. C'est sur ce point que
l'OMS fait porter ses efforts, et elle invite instamment les autres à
faire de même, car la prévention est essentielle.
Prenons le problème du tabagisme. Dans l'Union européenne, on dit
de l'épidémie de tabagisme qu'elle est parvenue à sa phase d'état, à
savoir une phase tardive qui se caractérise par une modification de la
consommation selon le sexe : les femmes ont tendance à fumer
davantage, alors que les hommes fument moins - même si dans
plusieurs pays, la diminution de la consommation est générale. Il y a
peu, les conclusions de l'enquête mondiale sur les jeunes et le tabac
réalisée par l'OMS et les CDC indiquaient que dans de nombreux
pays, les jeunes filles fument presque autant que les jeunes garçons.
Dans certains pays, la consommation des filles augmente et dépasse
même celle des garçons, ce qui est préoccupant.
Il suffit de jeter un coup d'oeil aux titres des quotidiens pour savoir
que la surcharge pondérale et l'obésité sévissent ; elles sont le fait
d'une mauvaise alimentation et d'un manque d'exercice physique. De
manière générale, l'augmentation du surpoids et de l'obésité
concerne surtout les femmes.
L'obésité se mondialise. Un milliard de personnes ont une surcharge
pondérale ; 300 millions d'entre elles sont obèses. Il s'agit d'un
problème mondial qui ne concerne plus uniquement les pays riches
ou certaines catégories de la société, mais touche de plus en plus
souvent les communautés et les individus des pays à faible revenu :
à l'heure de la mondialisation, les aliments abordables sont souvent
ceux dont la teneur en graisses et en sucre est élevée.
De même, les effets néfastes de l'alcool pour la santé et la société au
sens large suscitent des inquiétudes en Europe et au-delà. La
consommation d'alcool contribue pour beaucoup à la charge
mondiale de morbidité, notamment en favorisant des maladies
chroniques. Vous savez que la consommation augmente et que les
modes de consommation se modifient ; ces changements sont
observés parmi les adultes mais aussi chez les jeunes, ce qui est très
préoccupant.
L'OMS, l'UE et leurs Etats membres respectifs vont de l'avant et
mettent en place des politiques, des programmes et des stratégies
pour prévenir l'ensemble de ces facteurs de risque. Toutefois, il est
possible - et nécessaire - de faire beaucoup plus. Ainsi, selon les
estimations de l'OCDE, les membres de cette organisation
consacrent seulement 3% de leur budget de santé à la prévention et
à la santé publique. Cette proportion est variable. La moindre
augmentation de ce pourcentage pourrait avoir des effets positifs
considérables, car de nombreuses interventions préventives ont un
très bon rapport coût/efficacité.
A cette fin, il était très important pour l'OMS que les pays de l'UE
soient étroitement associés à l'élaboration et au soutien des
principales stratégies de l'Organisation, et qu'ils prennent des
initiatives énergiques pour leur mise en oeuvre. Cela montre
comment l'OMS et ses Etats Membres peuvent collaborer
efficacement pour faire face aux problèmes de santé publique.
A ce titre, l'élaboration de la stratégie de l'OMS sur les maladies
nontransmissibles pour la région Europe est en bonne voie ; elle sera
transmise à la 56e session du Comité régional OMS en septembre.
Axée sur la prévention, elle vise à réduire la charge de morbidité de
manière significative, à améliorer la qualité de vie et à assurer une
répartition plus équitable de l'espérance de vie en bonne santé en
Europe, notamment entre les sexes. Lors de l'élaboration de la
stratégie, on a accordé une grande importance aux questions de
genre.
La plateforme d'action pour l'alimentation, l'activité physique et la
santé est un autre exemple de synergie entre l'Union Européenne et
la stratégie mondiale de l'OMS pour l'alimentation, l'exercice
physique et la santé. Nombre de pays européens ont été les premiers
à élaborer et appliquer leurs propres stratégies à partir de la stratégie
de l'OMS.
Nous devons renforcer nos efforts face au problème de la surcharge
pondérale et de l'obésité ; la semaine prochaine, une réunion sur la
commercialisation des aliments pour enfants se déroulera à Oslo, et
des préparatifs sont en cours en vue d'une grande conférence
ministérielle européenne qui portera sur la lutte contre l'obésité et
aura lieu en Turquie en octobre.
La convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac est un autre
exemple de coopération mondiale, régionale et nationale ; la
convention est aussi l'outil le plus efficace dont nous disposons pour
faire évoluer les choses en matière de tabagisme. Le succès de ce
traité a dépassé toutes les attentes, puisqu'il est entré en vigueur dès
l'année dernière et a été ratifié par plus de 125 pays - notamment par
tous les pays européens, je suis heureuse de le souligner - et que la
première Conférence des Parties s'est réunie en février de cette
année à Genève.
Comme vous le savez, les effets de l'alcool sur la santé suscitent de
plus en plus d'inquiétude, ce qui a conduit l'Assemblée mondiale de
la Santé à adopter une résolution l'année dernière. Dans ce texte,
l'OMS est priée d'apporter son concours aux Etats Membres pour
l'élaboration de stratégies efficaces visant à limiter les effets néfastes
de l'alcool en matière sanitaire et sociale. Nos efforts en ce sens se
poursuivent : une réunion avec les ONG et les organisations
internationales a lieu cette semaine et des consultations ont été
menées avec les producteurs et le secteur commercial il y a peu.
Toutefois, le problème que nous rencontrons ne peut être résolu par
le seul secteur de la santé, et nécessite des mesures
multisectorielles. Nous devons collaborer avec différents secteurs,
notamment avec les secteurs financier, commercial et éducatif, avec
ceux des transports et de l'agriculture. Nous devons oeuvrer avec le
secteur privé et la société civile à tous les niveaux et coopérer avec
diverses organisations internationales. Il s'agit d'un problème
complexe qui appelle des solutions diversifiées.
C'est pourquoi il faut faire preuve d'anticipation et d'initiative à tous
les niveaux - national, régional et international. Nous avons une
responsabilité individuelle et collective : il nous incombe d'orienter la
mise en place de mesures, depuis l'élaboration de projets et de
stratégies jusqu'à leur mise en oeuvre.
Enfin, nous ne pouvons nous permettre de différer la gestion de la
crise sanitaire actuelle : le problème des maladies chroniques va
s'aggraver. Nous devons y faire face d'urgence, et en avons les
moyens.
Je remercie à nouveau le ministère autrichien de la santé et Madame
Rauch-Kallat de m'avoir donné la possibilité de m'adresser à vous
aujourd'hui, et attends beaucoup des débats et du dialogue sur ces
questions sanitaires d'importance.
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