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[e-med] (2)Honneur à Gallien
- From: "Carinne Bruneton" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Thu, 20 Apr 2006 18:25:21 +0200
Bonjour,
vous pouvez trouver une photo de Galien et l'histoire de Claude Galien (voir
cidessous) à cette adresse
http://www.infoscience.fr/histoire/portrait/galien.html
vous pouvez lire les oeuvres numérisées de Galien à cette adresse
http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/galien_vf.htm
Carinne Bruneton
ReMeD
Comme l'attestent le nombre impressionnant et la qualité incontestée de ses
écrits, Galien est sans aucun doute le plus grand médecin de l'Antiquité
après Hippocrate. Né en 131 apr. J.-C. à Pergame (Asie Mineure), Claude
Galien est le fils du riche et érudit architecte grec Nicon. A quinze ans,
il commence des études de logique et de philosophie dans sa ville natale.
Mais deux ans plus tard, son père fait un étrange rêve dans lequel il voit
Galien devenir un grand médecin. Nicon décide alors d'orienter les études de
son fils dans cette voie pour laquelle, pense-t-il, Galien semble
prédestiné.
A la mort de son père en 152, Galien décide de quitter Pergame pour un
voyage d'études qui le mènera de Smyrne à Corinthe puis Alexandrie. Il
visite ensuite la Cilicie, la Phénicie, la Palestine, Scyros, les Iles de
Crête et de Chypre et profite de ce tour du bassin méditerranéen pour
recueillir les leçons des plus illustres médecins. A 29 ans, Galien est de
retour à Pergame où i l devient médecin de l'école de gladiateurs.
Bénéficiant là de sujets " volontaires ", il perfectionne ses connaissances
en chirurgie et expérimente un nouveau traitement des blessures des nerfs.
Mais après quatre ans passé à ce poste, Galien se sent à l'étroit.
Ambitieux, il entend profiter des perspectives que propose la capitale de l'Empire.
Il tourne une page de son histoire et se rend à Rome. Il connaîtra là une
rapide ascension. Galien est assez peu doué pour le pronostic, mais il
démontre en revanche des dons remarquables pour le diagnostic. Il raconte
lui-même comment un jour, appelé auprès d'une dame romaine, il reconnut qu'elle
n'avait pour toute maladie qu'une dévorante passion pour un baladin. Divers
autres " exploits " lui valent très vite une réputation méritée : on admire
ses connaissances en anatomie et l'emploi qu'il fait de la thériaque
(mélange de 74 ingrédients) guérissant les intoxications que ses confrères n'avaient
pas su utilisée. Il guérit la femme de Flavius Boethus, personnage
consulaire influent, et s'en fait un ami et appui important. Multipliant les
relations, il se fait engagé comme médecin de la famille de l'Empereur Marc
Aurèle.
En tant que praticien, Galien suit la tradition d'Hippocrate, mais quand il
s'agit d'anatomie ou de physiologie, il s'inspire plus d'Aristote. Outre la
philosophie, sujet qui le passionne particulièrement, Galien étudie beaucoup
les domaines de l'hygiène et de la pharmacologie (son étude des plantes
médicinales garde le nom de " pharmacie galénique "). Mais c'est l'anatomie
qui reste pour lui la base de la médecine. Galien pratique la dissection sur
animaux (en particulier des singes) pour ses travaux, l'autopsie des corps
humains étant interdite à l'époque, sauf pour l'ostéologie. Cela le conduit
parfois à de fausses conclusions sur l'anatomie humaine par extrapolation
abusive des modèles animaux. Cependant, Galien fait d'importantes
découvertes en myologie et sur le système nerveux ; il décrit avec justesse
le parcours de l'influx nerveux depuis le cerveau et étudie l'influence des
nerfs sur le mouvement musculaire. Il décrit également les différentes
qualités du sang dans les veines et dans les artères, mais se trompe sur les
rôles respectifs du foie et du cour, faisant du premier le centre de la
circulation sanguine.
Son schéma de physiologie humaine repose sur la doctrine des 4 éléments
(eau, air, terre, feu) qui, combinés aux 4 qualités physiques (chaud, froid,
humide, sec), influent sur les quatre humeurs : le sang, la bile, la pituite
et l'atrabile. Galien étend cette doctrine d'Hippocrate et y inclue les
quatre tempéraments, sorte de classification des hommes en sanguins
(chaleureux et aimables), flegmatiques (lents et apathique), mélancoliques
(tristes et déprimés) et colériques (emportés et prompts à réagir). Se
basant sur les théories péripatéticiennes, Galien attribue les phénomènes
physiologiques à des forces occultes exécutant leurs fonctions par des
agents appelés esprits (ou pneuma). Il existe trois formes d'esprits
correspondant aux trois forces : les esprits naturels qui se forment dans le
foie, les esprits vitaux qui se forment dans le cour et les artères, et les
esprits animaux, formés dans le cerveau. Les fonctions sont alors également
au nombre de trois : naturelles comme la nutrition, vitales comme les
pulsations cardiaques et les passions ou encore animales comme l'intelligence
et les sensations. Ce schéma physiologique restera la base de toute la
médecine médiévale, aussi bien musulmane qu'occidentale.
Mais Galien n'a pas la noble modestie d'Hippocrate ; excessivement fier, on
dit de lui qu'il a une trop haute opinion de sa science. Bien que doué et
très instruit, sa passion de briller à tout prix et sa réussite exacerbent
les rancoeurs et la jalousie des autres médecins qui l'affublent de
sobriquets tels que "diseur de paradoxes", "faiseur de merveilles" ou encore
"médecin phraseur". Devant l'hostilité croissante, Galien décide de quitter
Rome en 167. Son départ coïncide avec une épidémie de peste dans la ville,
ce que ne manqueront pas de souligner ses détracteurs en l'accusant de
lâcheté. Quoiqu'il en soit, Galien voyage quelque temps avant de revenir à
Rome à l'appel de Marc Aurèle qui lui confie la santé de ses deux fils,
Commodus et Sextus. Il reprend alors ses enseignements et la rédaction de
ses ouvrages jusqu'à sa mort, probablement en 201, à Rome ou en Sicile
suivant les sources.
L'ouvre de Galien est particulièrement féconde. Elle se compose de près de
500 traités sur la médecine, la philosophie et l'éthique dont beaucoup ont
malheureusement été détruits lors de l'incendie du temple de la Paix en 192.
Mais certains sont arrivés jusqu'à nous, notamment grâce aux traductions qu'ont
faites les intellectuels arabes du Moyen de ses ouvrages, en particulier
médicaux. L'influence des écrits de Galien fut considérable ; ils servirent
de référence pour la science médicale depuis le 2ème jusqu'au 15ème siècle
et ne furent contestés que tardivement. Et encore de timide manière, en
raison du poids que leurs conféra l'Eglise jusqu'à la Renaissance. En effet,
la conviction chez Galien de l'existence d'un dieu unique créateur du corps
humain le fera admettre par l'Eglise. Et pendant longtemps, s'opposer à
Galien signifiera s'opposer à l'Eglise.
Portrait de Galien : remerciements à The Blocker History of Medecine
Collections, The University of Texas Medical Branch, Galveston, Texas, USA.
Oeuvres
De anatomicis administrationibus, ouvrage d'anatomie et physiologie
De usu partium corporis partium corporis humani (17 livres), ouvrage
d'anatomie et physiologie
De sanitate tuenda, ouvrage de diététique et thérapeutique
De temperamentis et facultatibus simplicium medicamentorum (11 livres),
ouvrage médical
De locis affectis (6 livres), ouvrage de philosophie
**********************
Les premières éditions imprimées de Galien à la BIUM
Presentation by Véronique BOUDON
CNRS-Paris IV Sorbonne
email : medecine.grecque@paris4.sorbonne.fr
Accès aux ouvrages numérisés
http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/galien_vf.htm
L'ouvre de Galien de Pergame (129 - c. 210) se distingue autant par son
ampleur que par la diversité des sujets abordés. Rien ou presque n'a échappé
à cet esprit curieux qui aborde avec une égale aisance la médecine et la
philosophie, l'anatomie et la physiologie, la thérapeutique et la
pharmacologie, mais aussi l'éthique et la rhétorique, ou encore la poésie et
la comédie, pour ne citer que quelques-uns de ses principaux centres
d'intérêt. Cette ouvre immense et multiforme, composée pour l'essentiel sous
le règne des trois empereurs Marc Aurèle, Commode et Septime Sévère est
aujourd'hui accessible dans les vingt et un volumes (plus un volume d'index)
de l'édition de C. G. Kühn parus à Leipzig de 1821 à 1833. Les quelque 20
000 pages de cette édition qui continue de faire référence pour les traités
de Galien qui n'ont pas encore fait l'objet d'une édition critique,
c'est-à-dire une écrasante majorité, excluent cependant les nombreux traités
non conservés en grec, mais seulement en traduction. Car une partie
importante de l'ouvre galénique ne nous est pas parvenue, ou ne nous est
parvenue qu'en traduction latine ou arabe, plus rarement hébraïque. Sont
ainsi presque entièrement perdues la majorité des ouvres philosophiques et
éthiques, et d'importants commentaires rédigés aux traités d'Hippocrate,
comme le commentaire à Airs, eaux, lieux perdu en grec mais conservé en
arabe. En réalité, tous les cas de figure ou presque coexistent : certains
traités conservés en grec ont été traduits à la fois en latin et en arabe ;
d'autres perdus en grec ne sont plus conservés que dans des traductions
latines du Moyen Age comme dans le cas de la Subfiguratio empirica (1) ;
d'autres enfin ne sont conservés qu'en arabe, alors que d'autres sont perdus
à la fois en grec, en latin et en arabe (2).
Le paradoxe veut que cette ouvre médicale majeure qui représente à elle
seule près du huitième de l'ensemble de la littérature grecque conservée
d'Homère à la fin du IIe siècle de notre ère (3), manque dramatiquement
d'éditions critiques et de traductions françaises pour une large majorité de
traités. L'édition Kühn, sans doute pour longtemps encore irremplacée, est
en effet à la fois dépourvue d'apparat critique (à une exception près) et de
traduction dans une langue moderne. On ne peut donc que souhaiter la
parution prochaine d'éditions scientifiques toujours plus nombreuses de
l'ouvre de Galien. La tâche est immense et toute initiative visant à
faciliter l'accès au vaste corpus galénique doit être saluée et soutenue. En
ce sens, on ne peut que se réjouir de la mise en ouvre du programme de
numérisation des principales éditions de Galien par la Bibliothèque
interuniversitaire de médecine (BIUM).
Le texte de Galien tel qu'il nous est parvenu, et tel que nous pouvons
aujourd'hui le lire dans l'édition Kühn, a en effet nécessairement subi bien
des transformations et des altérations, au cours des différentes étapes de
sa transmission. Qui plus est, la tradition du texte grec de Galien,
relativement récente, remonte rarement au delà du XIIe siècle. Le futur
éditeur aura donc à prendre en compte non seulement l'ensemble des
manuscrits grecs conservés, mais aussi, quand elles existent, les
traductions latines, arabes ou hébraïques auxquelles ont donné lieu de très
nombreux traités. Cette enquête commencée par l'étude de la tradition
directe et indirecte aura comme prolongement quasi naturel et indispensable
l'étude des différentes éditions imprimées qui, en assurant à leur tour la
survie du texte galénique, ont contribué à écrire de nouvelles étapes de son
histoire. Car tout au long de sa transmission, le texte de Galien n'a cessé
d'évoluer, d'être corrigé, commenté, annoté, traduit dans un souci
d'exigence et d'exactitude toujours plus grand.
Or c'est précisément un accès direct au texte galénique imprimé que le site
de la BIUM ménage aujourd'hui à ses lecteurs, philologues, historiens de la
médecine, étudiants, hellénistes ou médecins, en mettant à leur disposition
les principaux témoins de cette histoire.
De la première édition imprimée (editio princeps) des ouvres de Galien en
grec, l'Aldine sortie à Venise en 1525 des presse du célèbre imprimeur Alde
Manuce, jusqu'aux dernières éditions en date parues à Berlin dans le Corpus
Medicorum Graecorum ou à Paris dans la Collection des Universités de France,
long est le chemin parcouru. Le lecteur trouvera sur le site les principales
éditions du texte galénique, celles qui ont marqué des étapes décisives
comme celles qui ont plus modestement contribué à son histoire. Désormais
sont ainsi directement accessibles, consultables et téléchargeables les cinq
tomes in-folio de l'édition Aldine de 1525, l'édition due aux soins de L.
Fuchs, H. Gemusaeus et J. Camerarius et parue à Bâle en 1538 (qui reprend
pour l'essentiel le texte de l'Aldine tout en corrigeant cependant les
fautes et les erreurs les plus manifestes), l'ambitieuse édition de R.
Chartier (Paris, 1679) qui devait entraîner la ruine de son éditeur, et
enfin celle de C. G. Kühn (Leipzig, 1821-1833) déjà citée.
Les éditions en langue latine n'ont pas été négligées, d'autant plus que la
parution de ces traductions a parfois précédé celle du texte grec. Tel est
le cas de l'édition de Diomède Bonardus (Venise, 1490), relativement rare et
difficilement accessible, qui rassemble des traductions latines anciennes de
la période antéhumaniste, de Constantin l'Africain à Nicolas de Reggio en
passant par les traducteurs de Tolède. Tel est le cas des éditions dites
Juntines car sorties à intervalles réguliers des ateliers des Juntes à
Venise et qui se sont succédé tout au long du XVIe siècle et jusqu'au début
du XVIIe siècle. Le choix fait ici de l'édition Juntine de 1565 a été guidé
par l'intérêt philologique. Cette édition préparée et annotée par A.
Gadaldini, fin connaisseur de l'ouvre galénique et remarquable érudit, ne
peut que retenir l'attention du philologue qui y fera fréquemment
d'importantes découvertes. La même logique a présidé au choix de l'édition
parue à Bâle en 1549 chez Froben et préparée par le célèbre médecin de
Zwickau, Janus Cornarius qui a lui-même rédigé un bon nombre de traductions.
Enfin le lecteur ni helléniste, ni latiniste aura profit à consulter le
choix de traductions françaises établies par Ch. Daremberg pour une dizaine
de traités galéniques et parues à Paris en deux volumes en 1854-1856.
Le lecteur, qu'il désire obtenir une information précise ou procéder à une
vérification ponctuelle, se voit ainsi réservé un accès rapide et facile à
ces différentes éditions dont la consultation dans les bibliothèques
françaises et étrangères est loin d'être toujours aisée. On ne peut donc
qu'espérer le succès d'une entreprise destinée à rendre de si précieux
services.
1) La Subfiguratio empirica nous est parvenue dans une traduction latine de
Nicolas de Reggio.
2) G. Strohmaier a dressé des tableaux successifs de cette situation dans la
Lettre du Centre Jean Palerne et plus récemment dans un article paru dans
Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt (=ANRW), Band 37.2, Berlin, p.
1987-2017.
3) Voir J. Irigoin, " Hippocrate, Galien et quelques autres médecins grecs
", Annuaire du Collège de France 1988-89, Paris, 1989, p. 585. Les pages de
l'édition Kühn sont, il est vrai, des demi-pages, le texte grec étant
accompagné d'une traduction latine qui occupe le bas de chaque page de grec.
Véronique Boudon
(CNRS-Paris)
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