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[e-med] Coïnfection VIH et paludisme
- From: "ReMeD" <remed@remed.org>
- Date: Thu, 20 Apr 2006 10:12:02 +0200
[article du Quotidien du médecin publié sur sidanet
http://www.sidanet.asso.fr/webapps/komplete/index.php?KTURL=mod_quotimed.html&page=70]
[On peut se demander pourquoi les recommandations pour la coinfection ne
suivent pas encore les résultats de cette étude qui confirme ce qu'ont
constaté les cliniciens du sud. Est-ce un problème stratégique de heurt avec
les programmes nationaux de lutte contre le paludisme à cause de l'usage du
Sulfadoxine-Pyriméthamine qui est d'une famille semblable au Cotrimoxazole
(trimétho-prime+sulfaméthoxazole? Dr C. Mouala]
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Trois mesures pour prévenir les formes graves
Le risque de paludisme grave est majoré chez les patients infectés par le
VIH. La mise en place d'une chimioprophylaxie préventive (cotrimoxazole)
associée à un traitement antirétroviral et à l'utilisation de moustiquaires
imprégnées d'insecticide permet de faire baisser ce risque de 95 %.
PRESCRIRE du cotrimoxazole associé à un traitement antirétroviral et à
l'utilisation de moustiquaires imprégnées de répulsif réduit de près de 95 %
l'incidence des épisodes de paludisme clinique dans une population infectée
par le VIH et vivant en région d'endémie palustre (Ouganda). En Afrique
subsaharienne, l'augmentation au cours des quinze dernières années du nombre
des cas de paludisme grave survenant chez des adultes a été en partie
imputée à la coïnfection par le VIH, par le biais de la baisse du nombre des
cellules CD4 consécutive à la présence du virus dans le sang.
Une équipe de chercheurs des CDC (Centers for Disease Controland
Prevention), qui travaille en Ouganda, a mis en place sur une durée totale
de quatre ans une étude visant à définir le meilleur traitement préventif
contre les formes graves de paludisme chez des sujets VIH positifs. L'étude
a comporté quatre phases.
Dans un premier temps, l'équipe du Dr Jonathan Mermin (Entebbe) a suivi
entre avril 2001 et août de la même année 466 personnes infectées par le VIH
(75 % de femmes, moyenne d'âge 35 ans, taux de CD4 moyen 346). Au cours de
ces cinq mois, pendant lesquels aucun traitement n'était prescrit, 56
personnes sont décédées et 11 ont été perdues de vue. Durant cette période,
84 épisodes de paludisme ont été recensés dans la population, soit un taux
de 50,8 par 100 personnes-année.
Une chimioprophylaxie par cotrimoxazole (160 mg de triméthoprime et 800 mg
de sulfaméthoxazole quotidiennement) a ensuite été prescrite chez les 399
sujets de la cohorte entre septembre 2001 et mars 2003 (taux de CD4 moyen
328). Au cours de cette deuxième phase, l'incidence des épisodes palustres
s'est établie à 9 par 100 personnes-année, soit une baisse de 76 % par
rapport à la population non traitée. Un total de 87 personnes sont décédées
au cours du suivi, 31 ont été perdues de vue et 16 ont souhaité sortir de
l'étude.
Restaient 265 patients de la cohorte. Après étude sérologique et clinique de
la population, 138 personnes ont été considérées comme éligibles pour le
traitement antirétroviral et, pour pouvoir réellement apprécier l'effet du
traitement étudié, les investigateurs ont ajouté à ce nombre 897 patients
séropositifs pour le VIH, dont l'état clinique nécessitait la mise en place
d'un traitement antirétroviral (stavudine, lamivudine et névirapine ou
efavirenz). Le taux moyen des CD4 de la nouvelle cohorte de 1 035 personnes
s'établissait à 124. Entre mai 2003 et avril 2004, 14 crises palustres ont
été recensées, soit une incidence de 3,5 pour 100 patients-année (baisse des
92 % par rapport au taux initial), 45 personnes sont décédées et 5 ont été
perdues de vue.
Enfin, au cours de la quatrième phase de l'étude, des moustiquaires
imprégnées d'insecticide ont été distribuées aux 989 participants (taux de
CD4 moyen 175). L'incidence du paludisme s'est élevée à 2,1 pour 100
patients-année, lorsque l'ensemble des mesures thérapeutiques et préventives
ont été appliquées (baisse de 95 % par rapport au taux initial).
Les auteurs ont analysé l'incidence des épisodes de fièvre associés à une
parasitémie supérieure à 1 250 parasites/µl et la baisse s'est révélée
similaire au cours des quatre phases de l'étude : 23 épisodes par 100
patients-année au cours de la première phase ; 3,8 au cours de la deuxième ;
2,5 pour la troisième ; enfin, 0,9 au cours de la quatrième.
Pour le Dr Mermin, «la baisse de l'incidence du paludisme pourrait
s'expliquer, d'une part, par l'effet antiparasitaire du cotrimoxazole et,
d'autre part, par la restauration de l'immunisé cellulaire liée à la mise en
place du traitement antirétroviral».
> Dr ISABELLE CATALA
« The Lancet », vol. 367, 1256-1261, 15 avril 2006.
Cotrimoxazole et Plasmodium
Le cotrimoxazole est doté d'une action antiparasitaire par le biais de son
effet sur au moins deux enzymes qui interviennent dans la voie d'utilisation
des folates par les cellules : dihydrofolate réductase et dihydropteroate
synthase. C'est sur ces mêmes enzymes qu'agit le traitement antipaludéen
combiné sulfadoxine-pyriméthamine. En Ouganda, le taux de résistance du
Plasmodium à ce médicament utilisé en situation curative est compris entre 1
et 41 %. Mais ce chiffre est difficilement extrapolable à une utilisation en
chimioprophylaxie.
Isabelle CATALA
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