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[e-med] (5)Les fonds de lutte contre le paludisme mal utilisés (OMS)
- From: "ReMeD" <c.bruneton@remed.org>
- Date: Thu, 6 Apr 2006 10:47:16 +0200
Afrique de l'Ouest: Mabigué Ngom : « Dans un bon partenariat, les victoires
et les défaites sont collectivement assumées »
Le Soleil (Dakar)
INTERVIEW
5 Avril 2006
Publié sur le web le 5 Avril 2006
Propos recueillis par Abdoulaye Thiam
Venu participer à la réunion de Dakar sur le paludisme tenue la semaine
dernière, notre compatriote Mabigué Ngom, chef de la division de l'Afrique
de l'Ouest et du centre du Fonds mondial de lutte contre le Sida, la
tuberculose et le paludisme s'est prêté à nos questions. Il revient sur la
rencontre de Dakar qui a enregistré des sommités comme Awa Marie Coll Seck,
ancien ministre de la Santé du Sénégal et des représentants des pays invités
et bailleurs de fonds.
Monsieur le chef de la division de l'Afrique de l'Ouest et du centre du
Fonds mondial, vous venez de prendre part à la conférence de Dakar sur le
paludisme. A-t-elle répondu à vos attentes ? Est-ce qu'il ne s'agit pas
d'une conférence de plus ?
En fait la réunion de Dakar est une toute première parce qu'il s'est agi de
mettre autour de la table les pays récipiendaires de l'appui du Fonds
mondial pour faire reculer le paludisme et les institutions qui ont le
mandat et l'expertise dont les pays ont besoin pour réussir les programmes
que notre organisation finance.
Comme j'ai dû le rappeler à la séance d'ouverture de nos travaux, plusieurs
centaines de millions de dollars, déjà très en-deçà de ce qui est nécessaire
pour éradiquer le paludisme et engendrer des gains de croissance importants,
tout en sauvant des millions de vies humaines - principalement en Afrique -,
sont déjà octroyés aux pays en question et que le rythme de tirage est loin
d'être optimal. Les trois jours de travail nous ont aidé à pousser les pays
à identifier eux-mêmes les problèmes qui les empêchent de mettre en oeuvre
rapidement leurs programmes et de bénéficier ainsi de ressources
additionnelles pour mettre un terme aux ravages du paludisme.
Ils ont également identifié les mesures pour accélérer l'exécution de leurs
programmes et convenu avec les partenaires techniques fournisseurs
d'assistance technique, toutes sources confondues (multilatérales,
bilatérales, privée, Ong), de la nature de l'aide dont ils ont besoin et du
calendrier des interventions souhaitées. C'etait également une excellente
opportunité, pour permettre aux pays, qui ont des problèmes dans un domaine,
de discuter avec ceux qui ont fait des avancées importantes dans les
secteurs en question.
C'était donc une approche (« problem solving » en anglais) simple et
efficace qui a laissé les pays au centre de l'identification de leurs
besoins et de la formulation des éléments de réponse et du choix des
partenaires avec qui ils veulent travailler sur la base de leur avantage
comparatif. Une autre différence fondamentale avec les approches
traditionnelles est que nous avons voulu change r les rapports au sein du
partenariat.
Lorsqu'un programme échoue, nous avons l'habitude de conclure rapidement que
les responsables des programmes ont échoué. Nous oublions que dans chacun de
ces pays, au niveau de chaque secteur, il existe de nombreuses institutions
(multilatérales, bilatérales, Ong) qui coûtent très cher à la communauté
internationale et qui ont le mandat d'aider les programmes à aller de
l'avant. Ces institutions ne sont citées que lorsque des résultats brillants
sont enregistrés. Nous savons tous que, dans certains cas, elles n'ont pas
fait leur travail pour assurer la réussite des programmes.
Dans d'autres cas, elles font partie intégrante du problème, donc de
l'échec. Comme nous le savons tous, dans un bon partenariat, les partenaires
assument collectivement les victoires, mais aussi les défaites. Nos
rencontres de Dakar vont nous aider à ce retour à l'orthodoxie, parce que
désormais l'équipe de « Roll back mal aria » (Faire reculer le paludisme)
que dirige le Professeur Awa Marie Coll Seck va faire le monitorage des
engagements pris par chaque partenaire à Dakar, pour faire en sorte que
chaque acteur du dispositif de réponse fasse son travail, le fait bien et le
fait dans les délais requis.
Il a été souhaité au cours de cet atelier de Dakar d'unifier l'approche de
la lutte contre les maladies qui font des ravages, donc plusieurs pertes
économiques. Comment cette nouvelle stratégie a été acceptée par les
participants ?
Initialement, nos travaux devaient se dérouler à Accra, au Ghana. Nous avons
décidé de venir à Dakar pour nous rapprocher d'une autre importante
rencontre organisée par Management science for health (Msh) pour discuter du
complexe dossier des approvisionnements en produits médicaux, la pièce
centrale de tout programme de Santé. Plusieurs participants devaient prendre
part aux deux rencontres qui visent des objectifs qui se recoupent. On voit
donc clairement les gains liés à un tel rapprochement qui évite non
seulement la dispersion des efforts, mais réduit les coûts.
Mieux, la coordination et le partage d'informations et des délibérations des
deux pôles engendrent naturellement d'autres types de gains tant au niveau
des partenaires des pays (financiers et techniques) qu'au niveau des pays
eux-mêmes. L'aspect le plus important est l'unification du cadre de gestion
de la réponse au niveau de chaque pays. Le sourire était aux lèvres de
chaque par ticipant lorsque la question d'un seul cadre stratégique, d'un
seul mécanisme de coordination et d'un seul système de monitorage a été
évoquée. Par exemple, vous ne pouvez pas imaginer la pagaille associée à la
multiplicité d'outils et d'instruments mis en place au niveau des pays par
les partenaires individuellement.
Chaque partenaire a tendance à créer et à entretenir sa propre approche et
naturellement, les pays se trouvent dans des situations où ils passent tout
leur temps à gérer les contradictions des systèmes qui finalement occupent
toute la force de travail déjà très limitée. De ce fait, il se passe très
peu de choses concrètes en faveur des populations. Dans un pays d'Afrique,
une étude a dénombré plusieurs milliers de rapports soumis aux bailleurs et
pour une année.
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