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[e-med] (2)Apprendre à bien manger pour mieux vivre avec le VIH
- From: "Utilisateur1" <remij.vasseur@wanadoo.fr>
- Date: Sun, 2 Apr 2006 23:42:49 +0200
Merci à Marc Dixneuf de nous avoir rapporté cette louable initiative du
Centre de Traitement Ambulatoire de Dakar et bravo à ses protagonistes, le
Docteur Dominique Sanon (Nutritioniste) et Madame Catherine Fall
de l'association Boka Jeff.
Les Organisations internationales n'ignorent pas l'aspect nutritionnel de
la lutte contre le VIH puisque la FAO a publié en trois langues
un manuel ("Vivre au mieux avec le VIH/SIDA") disponible sur leur site
(http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/006/y4168f/y4168f00.htm)
et que le Docteur Piot, directeur exécutif de l'Onusida à déclaré en 2004
que "Les personnes vivant avec le VIH ont besoins de services complets,
allant du dépistage au soutien nutritionnel".
Cependant cet aspect semble souvent négligé ou sous-estimé par une partie
des intervenants sur le terrain, probablement par manque d'informations
et de formation. Pourtant l'alimentation joue un rôle primordial
dans l'efficience du système immunitaire chez tout individu
et à fortiori chez la personne infectée, comme cela a été expliqué
clairement par une autorité scientifique des plus éminentes,
le Professeur Luc Montagnier, notamment dans un remarquable article
paru en juin 2005 dans Jeune Afrique/L'Intelligent N° 2318 (""Sida :
pourquoi la nutrition est essentielle").
Parmi les moyens de lutte contre un SIDA installé, on met toujours en avant
les trithérapies, beaucoup moins les compléments alimentaires, et
très peu la nutrition. Et pourtant des trois, ce dernier est le plus
accessible économiquement, comme le mentionne l'article diffusé par
Marc Dixneuf et comme cela a été expérimenté dans
divers CTA (Abidjan,Yaoundé, ...) et structures associatives.
Malgré ces constatations, l'optimisation de l'alimentation des malades et
des populations à risque reste encore le parent pauvre de la stratégie de
lutte contre la pandémie.
Il est vrai que cette approche demande une pédagogie appropriée,
car elle se heurte à l'héritage culturel de pratiques alimentaires,
peu compatibles avec les nouveaux modes de vie urbains et avec
l'affaiblissement du métabolisme des personnes exposées (excès d'épices,
de piment, de farineux, de laitages; manque de viande, de poisson, de
légumes crus et de fruits frais, ...), auquel se rajoutent de récentes
habitudes de consommation néfastes en provenance des
sociétés occidentales (boissons gazeuses sucrées et sucreries,
produits raffinés,"fast food", fritures, "grignotage" ...).
J'ai pu constaté, que même dans des pays aux ressources naturelles limitées
et au faible pouvoir d'achat comme le Burkina, les principaux freins à
l'adoption d'une alimentation adéquate n'étaient pas financiers, mais avant
tout sociologiques, éducatifs et informationnels.
Les expériences menées dans le CTA de Dakar à travers ces "repas
communautaires" illustrent aussi l'importance d'intégrer la dimension
psycho-affective dans la prise en charge globale des malades.
En limitant les stress supplémentaires induits par la culpabilité, le
rejet et l'isolement, la convivialité et le soutien moral apportés aux
malades contribuent, même si cela n'est pas précisemment quantifiable,
à préserver le plus longtemps possible un niveau de bien-être optimum.
En aucun cas l'approche alimentaire n'exclut la nécessité de poursuivre la
recherche pour améliorer l'efficacité et diminuer les effets secondaires
pervers des médicaments pharmaceutiques, car ils sont essentiels pour la
survie à court terme des malades, pas plus qu'elle ne dispense de continuer
les campagnes sur les précautions (préservatifs, ...) à prendre pour éviter
la propagation du virus.
Mais à moyen et long terme, la limitation du risque de contamination
dans les trop nombreux cas d'exposition involontaire et non protégée au
VIH repose sur la combinaison équilibrée Alimentation + Compléments
alimentaires, et l'optimisation de l'état de santé des personnes contaminées
passe par un "cocktail" personnalisé et concerté
Alimentation + Compléments Alimentaires + Trithérapie.
La plupart des pays africains regorgent d'une grande variétés de produits
naturels actifs issus de la pharmacopée traditionnelle (voir les nombreux
travaux de notre ami le Professeur Jean-Louis Pousset).
Il faut donc éviter les antagonismes stériles et promouvoir une coopération
intelligente et altruiste entre les protocoles médicaux modernes, les
savoirs thérapeutiques traditionnels et les connaissances en diététiques.
L'enseignement de bonnes habitudes nutritionnelles dès le plus jeune âge
constitute l'un des principaux leviers pour prévenir le SIDA, mais également
les autres maladies endémiques encore plus dévastatrices (paludisme,
tuberculose, ...) et renforcer l'état sanitaire général, au bénéfice des
générations actuelles et futures.
C'est en évoluant dans ces directions que l'Afrique se donnera également
les moyens de réduire progressivement sa dépendance vis à vis de
l'assistance financière internationale et des groupes industriels
occidentaux, pour se réapproprier la Santé de ses populations,
avec les répercussions positives que cela engendrera certainement sur
son développement socio-économique.
Rémi J. Vasseur
Consultant-Formateur et Chercheur en Alimentation Santé
----- Original Message -----
From: <Marc.DIXNEUF@sante.gouv.fr>
To: <e-med@healthnet.org>
Sent: Thursday, March 30, 2006 3:15 PM
Subject: [e-med] Apprendre à bien manger pour mieux vivre avec le VIH
DAKAR, le 28 mars (IRIN) - Les besoins alimentaires des personnes vivant
avec le VIH étant plus importants que ceux des personnes non infectées, le
Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Dakar organise trois fois par mois
des repas communautaires pour aider les patients séropositifs, souvent
démunis, à mieux se nourrir.
«Dès l'apparition de la séropositivité, les besoins nutritionnels [des
patients infectés] augmentent de 10 pour cent», a expliqué le docteur
Dominique Sanon, nutritionniste du CTA, un centre de prise en charge intégré
installé au coeur de l'hôpital de Fann à Dakar.
«Lorsque les symptômes se déclarent, l'augmentation est de 30 à 50 pour
cent. Il est [donc] vital de prendre en compte cet aspect dans la lutte
contre le sida», a ajouté le médecin.
Or la majorité des personnes infectées par le VIH au Sénégal est issue des
couches défavorisées de la population, a affirmé Catherine Fall de
l'association Boka Jeff ('Travailler ensemble' en wolof, la langue la plus
parlée du Sénégal), qui regroupe des personnes vivant avec le VIH/SIDA.
«Le nombre de personnes vivant avec le VIH augmente tous les jours, et la
majorité des malades sont très démunis. [Alors que] la nutrition est à la
base de tout, ceux qui sont sous ARV [antirétroviraux] et qui sont mal
nourris ont toujours des problèmes de santé», a-t-elle regretté.
Selon le docteur Sanon, 39 pour cent des patients infectés au VIH au Sénégal
sont en état de malnutrition, dont 14 pour cent en malnutrition sévère.
Il a pourtant été difficile de faire comprendre aux patients l'importance de
«bien manger» lorsqu'a été initié le programme des repas communautaires il y
a quatre ans, s'est souvenu le médecin.
«Lorsque nous évoquions la nécessité d'avoir une alimentation équilibrée,
les personnes vivant avec le VIH nous disaient que c'était onéreux», a-t-il
dit.
En dépit de la gratuité des traitements ARV, effective depuis 2004 au
Sénégal, les patients infectés au VIH doivent faire face à de nombreuses
dépenses, notamment pour les bilans sanguins et les maladies opportunistes
qui s'attaquent aux organismes affaiblis par le virus.
Pour prouver qu'il n'était pas nécessaire de dépenser beaucoup plus pour
mieux se nourrir, le CTA, appuyé par l'ONG américaine Family Health
International, réunit régulièrement, autour d'un plat commun, des personnes
vivant avec le VIH et des personnels soignants.
Préparés par les patients du CTA, sous la supervision d'un nutritionniste du
centre, ces repas doivent répondre aux besoins nutritionnels spécifiques des
personnes infectées au VIH, en mettant notamment l'accent sur l'utilisation
de produits locaux, peu chers.
Bien que les haricots verts, riches en protéines, soient produits
localement, ils sont peu utilisés dans la cuisine sénégalaise, a expliqué le
docteur Sanon.
<b>Des haricots verts et de l'ail : apprendre à marier de nouveaux goûts</b>
«Les haricots sont une bonne alternative à la viande, mais on doit prendre
en compte l'aspect socio-culturel de l'alimentation. Les gens me disaient
que c'était de la nourriture pour 'toubabs' ['blancs'] et j'ai dû leur
expliquer comment préparer les plats et les leur faire goûter», a-t-il
raconté.
Les participants aux repas apprennent en même temps à identifier les
aliments peu recommandés pour les personnes vivant avec le VIH, mais
omniprésents dans la cuisine traditionnelle locale comme le piment, le
poivre ou les cubes de bouillon de viande.
«Une personne qui vit avec le VIH doit faire des repas moins gras, moins
lourds et moins aigres pour éviter les diarrhées et les candidoses», a
expliqué Catherine Fall, faisant allusion à deux des affections les plus
courantes chez les personnes séropositives.
Et depuis que les patients suivent les instructions du nutritionniste du
CTA, «on mange mieux et pour moins cher qu'on pensait», a-t-elle reconnu, en
énumérant les recettes culinaires à base de produits locaux qu'elle utilise
désormais pour se nourrir et nourrir sa famille: ail, persil, betterave,
haricots verts, carottes, pommes de terre, lentilles, mil et poisson séché.
Au-delà de l'aspect nutritionnel, ces repas constituent aussi une occasion
de se réunir et de manger ensemble dans un même plat, une tradition
sénégalaise dont certaines personnes vivant avec le VIH sont privées en
raison de la stigmatisation qui entoure la maladie, a constaté le docteur
Sanon.
«Lors de visites à domicile que nous avons effectués, nous nous sommes
rendus compte que les patients étaient marginalisés dans leur famille et
qu'ils mangeaient souvent à part», a-t-il dit. «Le fait de ne plus manger
séparément permet aux patients de se libérer d'un certain stress et
d'oublier un instant qu'ils sont infectés.»
Au cours des repas communautaires, les patients et le personnel soignant du
CTA sont donc invités à manger ensemble afin de déculpabiliser les personnes
infectées, vis-à-vis d'elles-mêmes et de leurs familles. Les membres de la
famille sont parfois conviés à y participer, pour les convaincre qu'ils
peuvent manger sans risque avec des personnes infectées.
«Les repas communautaires nous aident à comprendre que nous ne sommes pas
des handicapés et que nous pouvons continuer à vivre positivement», a estimé
Mme Fall.
Ces repas sont l'occasion pour les participants d'obtenir un peu de
réconfort et des conseils. Et les effets sont visibles, a souligné Mme Fall,
affirmant que de nombreuses femmes assistant aux repas avaient repris une
vie active au sein de leurs foyers et y étaient mieux intégrées, même si la
stigmatisation restait un obstacle.
Un constat que dresse également Véronique (un nom d'emprunt), qui assiste
aux repas communautaires depuis deux ans. «[Les participants, surtout] ceux
qui viennent de connaître leur statut, sortent renforcés des repas
communautaires et soulagés de pouvoir manger avec tout le monde», a-t-elle
dit.
Près de 1 000 personnes assistent régulièrement à ces repas, et le docteur
Sanon se félicite aujourd'hui des effets bénéfiques de cette initiative, sur
la santé de ses patients comme sur les mentalités.
«Je constate des gains de poids chez certains patients, une adhérence au
traitement, une diminution des infections opportunistes», s'est-il réjouit.
«Il y a aujourd'hui un plus grand attachement à l'aspect nutritionnel dans
le traitement alors qu'avant les patients se concentraient uniquement sur
les médicaments. Ils ont compris l'importance de bien manger».
Ces repas ont par ailleurs été l'occasion d'établir des liens d'amitié entre
personnes vivant des expériences communes, a précisé Mme Fall. «On peut
parler de tous les problèmes dont on ne peut pas parler chez nous, c'est
comme une réunion de famille».
Et au-delà de l'amitié, ces repas ont également permis à de nombreux couples
de se former : depuis le lancement de cette initiative, une vingtaine de
mariage a été célébrée.[ENDS]
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