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[e-med] Associations et hôpitaux s'allient pour une meilleure prise en charge du VIH
- From: "ReMeD" <remed@remed.org>
- Date: Tue, 21 Mar 2006 09:23:20 +0100
N A T I O N S U N I E S
Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA)
Réseaux d'Information Régionaux Intégrés (IRIN)
SÉNÉGAL : Associations et hôpitaux s'allient pour une meilleure prise en
charge du VIH
DAKAR, le 20 mars (IRIN) - Parce que ni les hôpitaux, ni les ONG ne
peuvent, chacun de leur côté, assurer tous les aspects de la prise en charge
des personnes vivant avec le VIH, un consortium réunissant des représentants
de ces structures vient de voir le jour au Sénégal.
Quatre hôpitaux et 19 associations à Dakar, la capitale, et à Saint-Louis,
au nord du pays, participent à ce projet pionnier de «partenariat
hospitalo-associatif», créé à l'initiative du groupement d'intérêt public
français GIP-Esther (Ensemble pour une solidarité thérapeutique hospitalière
en réseau), dans le but «d'améliorer le continuum des soins» des patients
infectés au VIH.
«Lorsque l'on parle de prise en charge d'une personne vivant avec le VIH,
beaucoup de choses se jouent en dehors de l'aspect médical», telles que le
soutien psychosocial, financier ou encore nutritionnel, a expliqué à
PlusNews Demba Diack, conseiller en développement local et communautaire du
GIP-Esther, lors d'un atelier de concertation des partenaires du consortium
organisé du 15 au 17 mars à Dakar.
Selon des responsables hospitaliers, la plupart des hôpitaux disposent de
travailleurs sociaux, mais le manque de temps et de moyens ne leur permet
généralement pas de répondre aux besoins des patients.
«Le personnel hospitalier n'a pas forcément le temps, la disponibilité ou
même le tact pour s'occuper des personnes vivant avec le VIH», a constaté
Paul Sagna, secrétaire exécutif de l'ONG sénégalaise Sida Service, membre du
consortium et chargé de la gestion des fonds de ce projet.
Or, selon M. Diack, une étude menée par l'Agence française de recherche sur
le sida (ANRS) à Dakar a montré que lorsque les patients sous traitement
antirétroviral (ARV) recevaient un «paquet complet de soins», notamment un
accompagnement psychosocial, le taux d'observance du traitement tournait
autour de 95 pour cent.
A l'inverse, lorsque la prise en charge est incomplète, 15 à 20 pour cent
des patients sous ARV sont «perdus de vue», c'est-à-dire qu'ils abandonnent
un traitement qui doit en principe se prendre à vie.
D'où la nécessité d'établir des passerelles, pour répartir la charge de
travail entre les hôpitaux et les associations, ces dernières étant plus à
même de connaître le patient, son environnement, ses difficultés et ses
attentes : c'est l'objectif de ce consortium financé par le GIP-Esther à
hauteur de 350 000 euros (425 000 dollars) par an, renouvelable pendant
trois ans.
Ce partenariat peut «permettre par exemple de désengorger les hôpitaux, qui
pourront continuer à assurer leur mission [de prise en charge médicale]», a
expliqué M. Sagna, tandis que les associations peuvent assurer les visites à
domicile et le soutien (notamment psychosocial) aux personnes vivant avec le
VIH après leur départ de l'hôpital.
De même, les associations ont aussi leurs limites et «ne doivent pas jouer à
l'apprenti sorcier en matière de soins, elles doivent donc pouvoir référer
leurs clients à l'hôpital», a ajouté M. Diack.
<b>Utiliser la complémentarité au profit des patients</b>
Le consortium prévoit donc de soutenir des programmes sur l'accompagnement
psychosocial, l'appui nutritionnel ou encore le soutien aux orphelins et
enfants vulnérables -- via la création d'un fonds thérapeutique pour éviter
les fréquentes ruptures d'ARV pédiatriques, selon les participants.
L'ambition du projet est aussi de développer des activités génératrices de
revenus, des programmes de prévention de la transmission du virus de la mère
à l'enfant ou de prise en charge financière des clients des ONG et des
patients hospitalisés.
Et parce qu'il est composé d'associations qui travaillent avec des groupes
variés, tels que les enfants, les femmes, les professionnelles du sexe, ou
encore les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, le
consortium a aussi un rôle de plaidoyer et de médiation auprès des
institutions sanitaires, a expliqué Cheikh Doudou Mbaye, coordinateur des
activités de l'ONG sénégalaise Enda-Santé et facilitateur de l'atelier.
M. Sagna a ainsi regretté que la stigmatisation liée au VIH est encore trop
souvent présente dans les hôpitaux : «Une personne vivant avec le VIH aura
forcément besoin de soins un jour ou l'autre, et ce n'est pas normal qu'elle
souffre de stigmatisation en milieu hospitalier où l'on attend du personnel
qu'il ait un comportement différent».
L'intervention du monde associatif en milieu hospitalier n'est pas nouvelle,
de nombreuses ONG y travaillent déjà, mais de manière individuelle et
informelle. Selon les membres du consortium, l'officialisation d'un tel
partenariat va faciliter la tâche de ces intervenants.
«Les ONG sont souvent freinées dans leur travail par la méfiance [qu'elles
inspirent aux] assistants sociaux des hôpitaux, qui voient souvent en elles
une concurrence», a expliqué un membre d'une association de personnes vivant
avec le VIH à Saint-Louis, qui a préféré garder l'anonymat.
Le partenariat va donc permettre de «faire comprendre [à ces travailleurs
sociaux] que le travail des ONG est complémentaire du leur ; par exemple,
les patients ont souvent besoin de pouvoir se confier à un pair», a ajouté
cet homme qui vit avec le VIH et intervient en milieu hospitalier depuis
plusieurs années.
Cela permettra aussi de «sensibiliser le personnel hospitalier sur les
difficultés que rencontrent les patients, lui faire comprendre la nécessité
de garantir la confidentialité, de rassurer et de soutenir le malade».
Au Sénégal, le projet est pour l'instant limité à Dakar et Saint-Louis mais
il a une vocation nationale et est à l'étude dans d'autres pays, a expliqué
le GIP-Esther, qui plaide pour une meilleure articulation entre les services
publics et les milieux associatifs.
«La société civile et les structures publiques sont comme deux jambes d'une
même personne», a dit M. Diack. «Il y a un apprentissage mutuel à faire mais
il faut pouvoir utiliser les deux».
[ENDS]
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