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[e-med] Palmarès 2005 des nouveaux médicaments de la revue Prescrire


  • From: "remed" <remed@remed.org>
  • Date: Fri, 20 Jan 2006 15:35:57 +0100

Palmarès 2005 des nouveaux médicaments de la revue Prescrire

Le Palmarès des médicaments de la revue Prescrire est l'occasion de mettre
en valeur les nouveautés qui sont apparues sur le marché français et qui
constituent de véritables progrès thérapeutiques pour les malades.

Pilule d'or 2005 : non attribuée

Une Pilule d'or de la revue Prescrire récompense une firme qui a
commercialisé un médicament représentant une progrès thérapeutique majeur
dans un domaine où les soignants étaient particulièrement démunis. Force est
de constater que cette situation ne s'est pas présentée pour les médicaments
présentés au cours de l'année 2005 dans la revue Prescrire. Et donc,
l'équipe de la rédaction n'a pas pu attribuer de "Pilule d'or" cette année.

Trois médicaments cités au Palmarès 2005 de la revue Prescrire

. Alimta° (pemetrexed) de la firme Lilly : mésothéliome pleural non opérable
Le pemetrexed (Alimta° de la firme Lilly) est un cytotoxique proche du
méthotrexate commercialisé en France dans deux indications : le cancer
bronchique non à petites cellules et le mésothéliome pleural. Dans le cancer
bronchique non à petites cellules, l'examen du dossier d'évaluation clinique
ne montre pas de progrès thérapeutique par rapport à d'autres cytotoxiques
déjà existants, tels que le docétaxel. La situation dans le mésothéliome
pleural non opérable est différente. Ce cancer, souvent dû à l'amiante, est
de plus en plus fréquent et jusqu'alors les divers cytotoxiques utilisés se
sont révélés décevants que ce soit en monothérapie ou en association : pas
d'effet tangible sur la durée de survie.
Dans un essai chez 456 malades sous cisplatine + pemetrexed, 50 % des
malades ont atteint une durée de survie de 12 mois environ versus 9 mois
sous cisplatine + placebo. Ce gain de survie de 3 mois est certes modéré et
obtenu au prix d'effets indésirables plus nombreux (asthénies, leucopénies
notamment), mais c'est la première fois qu'un tel effet est mis en évidence.
On peut aussi objecter qu'une conclusion basée sur un seul essai est
fragile. Néanmoins, compte tenu de tous ces éléments, l'équipe
rédactionnelle de la revue Prescrire a décidé de citer Alimta° au Palmarès
2005.

. Herceptin° (trastuzumab) de la firme Roche : certains cancers du sein
métastasés
Le trastuzumab (Herceptin° de la firme Roche) est un cytotoxique de plus en
plus utilisé et dont on parle beaucoup. Il est cité au Palmarès 2005 des
médicaments de la revue Prescrire dans une seule indication bien précise :
chez les femmes atteintes de cancer du sein métastasé surexprimant la
protéine HER-2, n'ayant pas encore reçu de chimiothérapie, et en association
avec le docétaxel. Selon là encore un seul essai, l'association docétaxel +
trastuzumab augmente d'environ 8 mois (31 mois versus 23 mois) la durée
médiane de survie par rapport au docétaxel seul, au prix d'effets
indésirables, notamment cardiaques, à mieux évaluer. Les femmes atteintes du
cancer du sein surexprimant la protéine HER-2, et donc susceptibles de tirer
bénéfice de l'utilisation du trastuzumab, ne représentent qu'environ un
quart des femmes atteintes de cancer du sein métastasé. De nombreuses
questions demeurent sans réponse pour le traitement de ces malades : on ne
connaît pas le traitement initial optimal, même si dans les faits une
anthracycline est souvent choisie. L'ajout du trastuzumab au docétaxel, un
cytotoxique de la famille des taxanes qui est un choix parmi d'autres dans
cette situation, permet de gagner quelques mois en durée de survie. Cela
confirme ce qui avait été constaté précédemment en ajoutant le trastuzumab
au paclitaxel, un autre taxane. Ces faits convergents, incitent à penser que
le trastuzumab apporte un progrès pour la minorité de femmes ayant un cancer
du sein métastasé surexprimant la protéine HER-2 à condition de bien
surveiller et prendre en charge les insuffisances cardiaques dues au
trastuzumab. C'est ce qui a motivé l'équipe rédactionnelle de la revue
Prescrire à citer Herceptin° au palmarès 2005.

. Wilzin° (zinc (acétate)) de la firme Orphan Europe : maladie de Wilson
La maladie de Wilson est une maladie héréditaire rare qui provoque une
surcharge en cuivre, responsable de troubles neurologiques et hépatiques qui
apparaissent dans l'enfance ou dans l'adolescence. Le traitement de
référence est la pénicillamine, un chélateur du cuivre, généralement capable
de faire régresser en quelques mois les troubles cliniques lorsqu'ils ne
sont pas trop sévères et de résorber la surcharge en cuivre. Mais
l'efficacité de la pénicillamine n'est que partielle et le traitement doit
être poursuivi indéfiniment ce qui n'est pas toujours possible compte tenu
de ses nombreux effets indésirables parfois graves. D'autre part, le zinc
inhibe l'absorption intestinale du cuivre. Les données disponibles,
essentiellement non comparatives, montrent que le zinc normalise
progressivement le taux plasmatique de cuivre et empêche une détérioration
clinique des patients. Le zinc apparaît aussi comme une alternative en cas
échec ou d'intolérance au traitement de référence par la pénicillamine, ou
comme traitement initial chez certains patients asymptomatiques.
L'officialisation de l'utilisation du zinc dans la maladie de Wilson par
l'octroi d'une autorisation de mise sur le marché est bienvenue. C'est
pourquoi Wilzin° de la firme Orphan Europe est cité au Palmarès 2005 de la
revue Prescrire.


Un médicament au Tableau d'honneur 2005

. Varivax°(vaccin varicelle) de la firme Sanofi Pasteur MSD : vaccination de
certains adultes contre la varicelle
La varicelle est généralement une maladie bénigne lorsqu'elle survient chez
les enfants bien portants, mais il existe cependant des cas graves chez une
minorité d'entre eux. La varicelle peut être grave chez les adultes et les
enfants immunodéprimés, chez les adultes non immunodéprimés et chez les
femmes enceintes. La vaccination contre la varicelle n'a pas lieu d'être
généralisée à l'ensemble de la population car le risque de varicelle grave
est relativement faible : environ 27 hospitalisations pour 10 000 cas de
varicelle et 2,6 décès pour 100 000 cas. Il est cohérent cependant de
protéger les sujets à risque (adultes non immunisés, immunodéprimés) en
contact avec un cas de varicelle, ainsi que certains groupe d'adultes non
immunisés non immunodéprimés susceptibles de transmettre la varicelle
(personnel de santé, personnel de crèches par exemple).
Dans son n° 259, la revue Prescrire a présenté deux vaccins contre la
varicelle destinés à ces populations. Les balances bénéfices-risques de ces
deux vaccins sont probablement voisines. Cependant, les études de suivi et
les études épidémiologiques qui ont mis en évidence le pouvoir immunogène et
étudié le profil d'effets indésirables sont plus nombreuses pour Varivax°
que pour l'autre vaccin. Ceci conduit à un niveau de preuves plus élevé et à
préconiser l'utilisation de Varivax°.
Au total, chez les adultes non immunisés non immunodéprimés susceptibles de
transmettre la varicelle, chez les adultes à risques en contact récent avec
un cas de varicelle la balance bénéfices-risques de Varivax° de la firme
Sanofi Pasteur MSD est suffisamment favorable pour justifier son inscription
au Tableau d'honneur du Palmarès 2005 des médicaments de la revue Prescrire.

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Palmarès 2005 du conditionnement de la revue Prescrire
Le Palmarès du conditionnement porte sur la qualité du conditionnement des
médicaments présentés durant l'année écoulée dans la rubrique "Rayon des
nouveautés" de la revue Prescrire.
Pour connaitre les résultat aller à ce site :
http://www.prescrire.org/docus/palmares2005Cond.pdf
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Le Palmarès 2005 de l'information transmise par les firmes à la revue
Prescrire
Le Palmarès de l'information de la revue Prescrire porte sur la qualité de
l'information fournie à la revue par les firmes dont les médicaments ont été
présentés durant l'année écoulée dans la rubrique "Rayon des nouveautés".
http://www.prescrire.org/docus/palmares2005Inform.pdf
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Progrès thérapeutiques
Comment faire émerger des progrès thérapeutiques malgré un système
d'innovation en faillite.

En 2004, le retrait du marché du rofécoxib (ex-Vioxx°) a déclenché la mise
au grand jour de graves défauts du système international d'évaluation des
médicaments, de régulation du marché des médicaments et d'information sur
les médicaments (1).
En 2005, la faillite du système d'incitation à l'innovation thérapeutique
médicamenteuse est flagrante. Les patients sont de plus en plus exposés à
des risques médicamenteux injustifiés. Les agences du médicament, en
particulier l'Agence française (Afssaps), n'ont guère de réactions tangibles
devant l'étendue des dégâts, et restent cantonnées dans la lenteur et
l'opacité, sans manifester de prise de conscience.
Il est pourtant possible de redresser le cap.

Des régressions thérapeutiques de plus en plus nombreuses
Depuis janvier 1981, la Rédaction de la revue Prescrire examine le marché
français du médicament, depuis l'arrivée des nouvelles substances jusqu'aux
arrêts de commercialisation. L'examen est constant et régulier, et
l'objectif n'a pas changé : apporter une information indépendante qui aide
les soignants à faire un tri en connaissance de cause, pour choisir au mieux
de l'intérêt de chaque patient.
Depuis 25 ans, les critères de tri de la Rédaction sont les mêmes. Les
nouveautés sont toujours examinées du point de vue de leur apport
thérapeutique, en termes d'efficacité, en termes d'effets indésirables, et
en termes de praticité.
Jusqu'en 2000, chaque année, environ 35 % à 40 % des nouveautés ont apporté
un progrès thérapeutique, quelquefois majeur, le plus souvent modeste mais
réel ; à l'opposé, 1 % à 2 % des nouveautés avaient une balance
bénéfices-risques clairement défavorable (2,3).
Dans le courant des années 2000, le taux de nouveautés qui exposent les
patients à des risques injustifiés a augmenté. Il a atteint 22 % en 2005 ;
et le taux des nouveautés apportant un progrès a chuté à 30 % voire moins.

Des autorités pas assez exigeantes pour la santé publique
Le point commun des dossiers de ces nouveautés à risques injustifiés est que
leur efficacité est mal établie, alors que des effets indésirables graves
sont déjà connus. Faisant passer les intérêts d'un secteur industriel avant
la santé publique, les autorités ont néanmoins octroyé une autorisation de
mise sur le marché (AMM) aux firmes qui les sollicitaient (3).

Vioxx°, révélateur de problèmes toujours actuels
L'histoire du rofécoxib montre les dangers de cette attitude (1). Cette
histoire n'est que lentement mise à jour, et les procès n'ont fait que
commencer. Il est utile de résumer quelques éléments-clés connus début 2006,
révélateurs de problèmes toujours d'actualité.

AMM malgré un dossier insuffisant
L'AMM a d'abord été octroyée en mai 1999 aux États-Unis d'Amérique, malgré
la présentation d'un dossier insuffisant (1). Faute d'avoir choisi les
comparateurs les plus pertinents, les éléments de ce dossier de demande
d'AMM, à l'appui d'une supériorité sur les anti-inflammatoires classiques en
termes de troubles digestifs, n'étaient pas solides ; et alors qu'un
surcroît d'effets cardiovasculaires était plausible d'après les
particularités de la substance, le dossier ne comportait pas d'évaluation
clinique pertinente de ces effets.

Une balance bénéfices-risques défavorable
En 2000, des résultats d'un essai rofécoxib versus anti-inflammatoire
classique chez environ 8 000 patients ont été publiés dans le New England
Journal of Medicine sous l'égide de la firme (l'essai dit Vigor) ;
l'avantage digestif était contrebalancé et même dépassé par le nombre
d'infarctus du myocarde, au point que la mortalité totale est apparue plus
élevée sous rofécoxib que sous anti-inflammatoire classique, selon les
données détaillées publiées début 2001 par l'Agence américaine du
médicament, la Food and Drug Administration (FDA) ; un comble pour un
traitement purement symptomatique présenté au départ comme ayant moins
d'effets indésirables que ses prédécesseurs.

Des autorités trop lentes face aux signaux d'effets indésirables inquiétants
Les agences du médicament ont alors laissé la firme développer une
controverse, selon laquelle il n'y aurait pas eu excès de risque sous
rofécoxib mais plutôt effet protecteur cardiovasculaire sous
anti-inflammatoire classique (1). Au lieu de s'en tenir aux faits et de
choisir la prudence dans l'intérêt des patients, les agences du médicament
ont laissé le rofécoxib sur le marché, et ont passé des années à " examiner
les données ", le plus souvent sans les mettre à disposition des soignants
ni des patients.

Gestion de RCP et demi-mesures
En avril 2004, l'Agence européenne a fini par faire état de l'absence «
d'avantage gastro-intestinal significatif et constant » des coxibs, et par
leur reconnaître un possible « léger désavantage de sécurité »
cardiovasculaire (1). Les résumés des caractéristiques (RCP) ont été
modifiés dans le sens de mises en garde supplémentaires.

Des essais comparatifs défavorables
En septembre 2004, au motif de résultats défavorables d'un autre essai chez
2 400 patients, la firme a retiré le rofécoxib du marché. Le rofécoxib avait
entraîné environ deux fois plus de troubles cardiovasculaires que le
placebo. Puis les résultats d'un autre essai encore, chez environ 2 000
patients âgés, ont été accessibles : la mortalité était deux fois plus
élevée sous rofécoxib que sous placebo (4).

Des dizaines de milliers de victimes
Comme on pouvait le prévoir, les dégâts ont été nombreux dans la population
durant les années de commercialisation du rofécoxib. Rien qu'aux États-Unis
d'Amérique, une estimation a fait état d'environ 30 000 infarctus et morts
subites imputables au rofécoxib, sans compter les accidents cérébraux (5).

Opacité en France
En France, début 2006 l'Afssaps n'a toujours pas publié d'estimation des
dégâts imputables au rofécoxib. Une étude dite post-AMM, l'étude dite
Cadeus, centrée sur la description des utilisateurs d'anti-inflammatoires et
en particulier de coxibs, a débuté en septembre 2003 ; fin 2004 elle était
médiatisée au point que le Monde y consacre un article, et annonce la
parution prochaine des résultats (6). Un site internet entièrement consacré
à cette étude annonçait en effet les résultats pour mars 2005 ; puis la date
a été reportée à octobre 2005. Début janvier 2006 on ne disposait toujours
d'aucun résultat sur ce site (7).

Toujours pas d'amélioration décisive en France

On trouve facilement d'autres exemples en 2005 de la lenteur de l'Afssaps à
réagir aux signaux d'effets indésirables graves.

Lenteur : l'Afssaps et les immunostimulants
Ainsi, des immunostimulants ont fait l'objet d'une enquête de
pharmacovigilance en France, prenant en compte les observations notifiées
jusqu'en 1998 (8). Des résultats ont été publiés à un congrès en 2001,
montrant des effets indésirables graves non justifiés par une efficacité
limitée à un effet placebo. Mais ce n'est que fin 2005 que l'Afssaps a
retiré ces immunostimulants du marché français.

Lenteur : l'Afssaps et le benfluorex (Mediator°)
Ainsi, le benfluorex (Mediator°), un amphétaminique mis sur le marché
français en 1976 en adjuvant du traitement de l'hypercholestérolémie et du
diabète, a été retiré du marché espagnol en 2003, et les autorités ont
interdit les préparations magistrales en 2005. Ces mesures sont justifiées
par un risque de valvulopathie cardiaque, déjà connu avec d'autres
substances de la même famille, et inacceptable alors que 30 ans après sur le
mise sur le marché on ne dispose toujours pas de preuves d'une efficacité
tangible en prévention cardiovasculaire de ce médicament (8). En France, un
courrier de l'Afssaps à la revue Prescrire a mentionné l'existence d'une
enquête et l'examen du dossier par une commission en novembre 2005, mais
début janvier 2006, on ne peut que constater l'absence de mesure et
l'absence de publication de données détaillées.

Des experts sous influence

En février 2005, deux commissions de la FDA qui ont examiné les dossiers des
coxibs ont reconnu notamment les risques cardiovasculaires du rofécoxib (9).
Elles se sont cependant prononcées pour le maintien sur le marché du
rofécoxib par 17 votes pour et 15 contre. Elles ont proposé des mises en
garde à introduire dans les RCP. Selon une enquête publiée par le New York
Times, 10 des 32 membres des commissions avaient travaillé durant les
dernières années pour les firmes concernées. Sans leurs votes, largement
favorables au maintien sur le marché, les résultats auraient été inversés en
ce qui concerne le rofécoxib.
Fin 2005, la direction du New England Journal of Medicine a déclaré avoir la
preuve que des rapporteurs de l'essai Vigor avaient omis de comptabiliser
quelques cas d'infarctus dans le groupe rofécoxib, alors qu'ils en avaient
connaissance déjà début mai 2000, avant de soumettre des corrections à leur
projet d'article pour publication (10).
Pour situer l'ordre de grandeur des tentations, rappelons qu'une étude a
montré qu'en moyenne les firmes pharmaceutiques dépensent environ 38
millions de dollars par nouveau médicament pour mobiliser les leaders
d'opinion du domaine concerné (11).
En 2005, quels ont été en France les effets de cette pression, par exemple
sur des membres de la Commission d'AMM de l'Afssaps ? Difficile de le
préciser, puisque cette agence ne publie pas de compte rendu, même succinct,
des réunions de cette Commission. Il n'est pas possible de comparer les
présences et les votes avec les déclarations de liens d'intérêt des membres
de cette Commission.

Des prix de vente élevés qui n'encouragent pas les efforts d'innovation
réelle

Avec Vioxx°, la dépense médicamenteuse journalière était d'environ 3 à 5
fois la dépense pour un anti-inflammatoire classique (12). Malgré les
controverses, malgré l'évolution de l'avis de la Commission de la
transparence, révisant à la baisse le niveau d'amélioration du service
médical rendu (1), le prix remboursable par la Sécurité sociale du rofécoxib
n'a jamais baissé.

Trop d'écart entre prix et progrès thérapeutique
Plus généralement, les prix des nouveaux médicaments sont aujourd'hui
beaucoup plus élevés que ceux des anciens médicaments, alors que la
proportion de nouveautés apportant un certain progrès diminue, et que la
proportion de nouveautés à risques injustifiés augmente (3).
En France, l'écart entre prix et progrès thérapeutique est ainsi parfois
énorme en cancérologie. Pour ne citer qu'un exemple, la Commission de la
transparence constate en 2005 que le cétuximab (Erbitux°) n'apporte aucune
amélioration du service médical rendu, mais le tarif est d'environ 1 000
euros par semaine (13).


Croissance plus forte du budget promotion
Selon les chiffres du LEEM lui-même, le syndicat patronal des firmes
pharmaceutiques en France, l'augmentation du chiffres d'affaires profite
davantage au secteur promotion (environ + 600 millions d'euros en un an de
2002 à 2003) qu'au secteur recherche et développement (environ + 300
millions d'euros en deux ans de 2002 à 2004) (14).

Des solutions simples, à mettre en ouvre d'autant plus vite que l'effet sera
long à se manifester

En somme, le système actuel d'incitation au progrès thérapeutique est en
faillite. Sa gestion à terme de plus en plus court est néfaste et
contre-productive. Les publications, les déclarations et les positions de
nombreux experts sont biaisées au profit des firmes. Les patients sont les
premières victimes de la lenteur de diffusion de l'information et de
l'inertie des agences face aux signaux inquiétants.
Pourtant, tout un chacun se tenant libre de l'influence du lobbying
pharmaceutique peut constater que des solutions simples et réalistes
existent pour redresser le cap vers l'intérêt général et la santé publique.

Exiger des preuves de progrès thérapeutiques pour accorder l'AMM
Les données qui justifient pleinement le retrait du rofécoxib ne sont pas
venues des notifications aux centres de pharmacovigilance, ni des "études
post AMM pour observer ce qui se passe sur le terrain dans la vraie vie" ;
elles sont venues d'essais cliniques comparatifs accablants. Attendre
quelques trimestres de plus pour en examiner les résultats avant de répondre
à la demande d'AMM n'aurait guère lésé les patients, et au contraire aurait
évité beaucoup de dégâts.
Cette exigence de progrès thérapeutique est dans l'intérêt premier des
patients, c'est-à-dire l'intérêt collectif. Elle est du devoir des pouvoirs
publics. À terme, elle est aussi dans l'intérêt des firmes ; celles qui
parviendront à mettre sur le marché des médicaments qui apportent des
progrès thérapeutiques démontrés n'auront pas besoin de dépenser beaucoup en
promotion, et les personnes ouvrant au sein des firmes pourront être
légitimement fières du travail accompli.

Accorder les prix à l'intérêt réel des médicaments
La déconnexion actuelle entre l'apport du médicament et les prix de vente
est néfaste. Elle n'incite pas à l'innovation réelle, et les bénéfices
dégagés par les firmes vont en toute logique d'abord au lobbying et à la
promotion, qui sont d'un rapport plus rapide que la recherche et
développement.
En corollaire, le prix des médicaments anciens mais qui restent la référence
non dépassée doivent être maintenus à un niveau rentable pour les firmes qui
les commercialisent.

Assurer le maximum de transparence
Le changement des règles d'octroi d'AMM ne peut produire son plein effet
qu'après plusieurs années. Dans l'immédiat, les pouvoirs publics soucieux
d'agir réellement au service du public ont intérêt à assurer une
transparence maximale.
En France, la transposition de la Directive 2004/27/CE, et notamment son
article 126 ter, est urgente, au-delà même de l'obligation juridique,
puisque la date limite était le 30 octobre 2005. L'article 126 ter stipule :
« (.) les États membres veillent à ce que les agents de l'autorité
compétente chargés d'accorder les autorisations, les rapporteurs et les
experts chargés de l'autorisation et du contrôle des médicaments n'aient
dans l'industrie pharmaceutique aucun intérêt financier ou autre qui
pourrait nuire à leur impartialité. Ces personnes font chaque année une
déclaration de leurs intérêts financiers.
En outre, les États membres veillent à ce que l'autorité compétente rende
accessibles au public son règlement interne et celui de ses comités, l'ordre
du jour de ses réunions, les comptes rendus de ses réunions, assortis des
décisions prises, des détails des votes et des explications de vote, y
compris les opinions minoritaires » (3).
La publication d'un décret d'application de l'article L. 4113-13 dans le
Code de la santé publique est elle aussi urgente : cet article créé par la
loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du
système de santé stipule que « les membres des professions médicales qui ont
des liens avec des entreprises et établissements produisant ou exploitant
des produits de santé ou des organismes de conseil intervenant sur ces
produits sont tenus de les faire connaître au public lorsqu'ils s'expriment
lors d'une manifestation publique ou dans la presse écrite ou audiovisuelle
sur de tels produits » ; la prévision d'un décret d'application en 2007 ou
2008 comme il a été annoncé n'est pas acceptable (15).

Traquer la non-qualité dans le domaine des soins médicamenteux
En 2005, des résultats de l'étude Eneis ont confirmé qu'en France, comme
ailleurs, une part importante de l'activité de soins est en fait générée par
des effets indésirables des soins (16). Cela représente ainsi environ 200
000 hospitalisations par an en France. Une grande part de ces effets
indésirables sont médicamenteux : par exemple, environ 2,5 % de l'ensemble
des hospitalisations en médecine ont été dues à un effet indésirable
médicamenteux.
Surtout, cette étude a confirmé qu'environ la moitié des effets indésirables
médicamenteux graves sont évitables. Évitables car dus à des erreurs :
erreur de prescription du traitement, erreur d'administration du traitement,
erreur de surveillance du traitement. Les principales causes d'erreurs ont
été : l'absence de protocoles, l'insuffisance d'échange d'informations entre
patients et soignants, la surcharge de travail, l'inadaptation de la
planification des tâches, les défauts de communication interne.
Au-delà de la déception face à la rareté des avancées thérapeutiques de la
période dans le domaine du médicament, les soignants ont là un vaste champ
d'action pour soigner mieux malgré tout.

Exemple : le conditionnement des médicaments
Parmi ces actions, et pour n'aborder qu'un aspect du médicament, les
pouvoirs publics et les firmes ont aussi un rôle positif à jouer dans le
domaine du conditionnement des médicaments. Le bilan 2005 dressé par la
Rédaction de la revue Prescrire montre que, très concrètement, le
conditionnement des médicaments est souvent mal conçu et source d'erreur et
de non-qualité des soins (17).
Repérage des problèmes par les patients et les soignants, mobilisation
d'équipes spécifiques au sein des firmes, prise de conscience et exigence de
la part les Agences : chacun a matière à participer activement à des actions
rapidement efficaces et fructueuses.
Le progrès thérapeutique passe aussi par la lutte contre la non-qualité.
©La revue Prescrire 19 janvier 2006
________
Références
1- Prescrire Rédaction ''Comment éviter les prochaines affaires Vioxx°'' Rev
Prescrire 2005 ; 25 (259) : 222-225.
2- Prescrire Rédaction ''Innovation en panne et prise de risques'' Rev
Prescrire 2005 ; 25 (258) : 139-148.
3- Prescrire Rédaction ''L'année 2005 du médicament : la dérégulation
s'accentue'' Rev Prescrire 2006 ; 26 (269) : 140-150.
4- Prescrire Rédaction ''Le célécoxib encore sur le marché : au profit de
qui ?'' Rev Prescrire 2005 ; 25 (263) : 512-513.
5- Prescrire Rédaction ''Rofécoxib : arrêt de commercialisation (suite)''
Rev Prescrire 2004 ; 24 (256) : 835.
6- Benkimoun P ''Les chercheurs de l'étude Cadeus observent Vioxx et
Celebrex "en pratique médicale réelle"'' Le Monde daté 21 décembre 2004.
7- Site http://www.etude-cadeus.com consulté le 6 décembre 2005, le 5
janvier 2006 et le 18 janvier 2006.
8- Prescrire Rédaction '''Agence française des produits de santé est-elle
avant tout au service des patients, ou au service des firmes pharmaceutiques
?'' Rev Prescrire 2005 ; 25 (266) : 793-796.
9- Prescrire Rédaction ''Coxibs, suite : demi-mesures et maintien sur le
marché'' Rev Prescrire 2005 ; 25 (260) : 281.
10- Curfman GD et coll. ''Expression of concern : Bombardier et al.,
''Comparison of upper gastrointestinal toxicity of rofecoxib and naproxen in
patients with rheumatoid arthritis,'' N Engl J Med 2000 ;343 : 1520-8.'' N
Engl J Med 2005 ; 353 (26) : 2813-2814.
11- Prescrire Rédaction ''Leaders d'opinion : coûteux, mais rentables pour
les firmes pharmaceutiques '' Rev Prescrire 2005 ; 25 (266) : 777.
12- Prescrire Rédaction ''rofécoxib - Vioxx° et polyarthrite rhumatoïde.
Nouvelle indication : pas mieux qu'un autre AINS '' Rev Prescrire 2003 ; 23
(235) : 11-13.
13- Prescrire Rédaction ''cétuximab - Erbitux°. Cancer colorectal métastasé
: une évaluation inadaptée'' Rev Prescrire 2005 ; 25 (263) : 495-498.
14- Prescrire Rédaction ''Le poids important de la promotion dans le budget
des firmes pharmaceutiques'' Rev Prescrire 2006 ; 26 (268) : 69.
15- Prescrire Rédaction ''Conflits d'intérêts des leaders d'opinion : pas de
transparence (suite)'' Rev Prescrire 2006 ; 26 (269) : 139.
16- Prescrire Rédaction ''L'étude épidémiologique française Eneis approche
la part de l'évitable à l'hôpital et en soins ambulatoires'' + ''2005 : les
effets indésirables graves des soins médicamenteux recensés par l'étude
Eneis'' Rev Prescrire 2005 ; 25 (267 suppl) : 896-901 + 909-910.
17- Prescrire Rédaction ''Conditionnement des médicaments : quelques
améliorations, mais encore trop de non-qualité en 2005 '' Rev Prescrire 2006
; 26 (269) : 148. Texte complet disponible sur le site internet Prescrire
www.prescrire.org : 7 pages.

Le texte intégral de la conférence de presse du 19 janvier 2006 est
disponible à
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierPalmares2005Conf.php