[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]
[e-med] Prévention contre le VIH/ gel vaginal
- From: "Carinne Bruneton" <remed@remed.org>
- Date: Sat, 5 Nov 2005 16:32:26 +0100
* AFRIQUE: Un gel, nouvel espoir pour les femmes de se protéger contre le
VIH
* Un gel vaginal protecteur chez l'animal: un microbicide testé contre le
VIH du singe
**************************
AFRIQUE: Un gel, nouvel espoir pour les femmes de se protéger contre le VIH
DAKAR, 2 novembre 2005 (PLUSNEWS) - Des chercheurs sud-africains ont annoncé
le lancement, sur le continent africain, de l'un des plus importants essais
jamais effectués d'un gel vaginal, censé protéger les femmes de l'infection
au VIH par voie sexuelle.
Quelque 10 000 femmes en Afrique du Sud, en Ouganda, en Tanzanie et en
Zambie doivent participer à l'essai clinique du gel PRO 2000 qui, s'il
s'avère efficace, pourrait empêcher le VIH d'atteindre les cellules cibles
lors des rapports sexuels, a rapporté l'agence américaine Associated Press.
En Afrique sub-saharienne, où vivent 25 des 40 millions de personnes
infectées par le virus dans le monde, près de 60 pour cent des personnes
infectées sont des femmes, et la majorité des nouvelles infections
surviennent au terme de rapports hétérosexuels.
Les chercheurs ont multiplié les efforts pour trouver des microbicides, des
alternatives au préservatif en matière de prévention. Une crème ou gel
microbicide s'avèreraient particulièrement utiles en Afrique, où les femmes
sont particulièrement vulnérables.
La situation de soumission à l'homme est telle dans beaucoup de sociétés et
classes sociales que les femmes peuvent difficilement persuader ou
contraindre leurs partenaires à porter un préservatif - alors que le risque
d'être contaminé au VIH lors d'un rapport protégé est inférieur à un pour
cent.
Discret, peu coûteux, un gel microbicide supportant la chaleur et ne
nécessitant pas de réfrigération serait idéal, selon les scientifiques.
Selon les chercheurs de l'unité de recherche sur la santé reproductive de l'Université
du Witwatersrand, en Afrique du Sud, cette première génération de
microbicide pourrait avoir une efficacité de 50 à 60 pour cent et être mise
en vente au cours des cinq prochaines années.
La seconde génération de microbicide pourrait atteindre 70 à 90 pour cent d'efficacité
mais ne serait mise sur le marché qu'à partir de 2012.
Ce gel est l'un des nombreux produits microbicides en cours de développement
à travers le monde. Les neuf premières volontaires pour participer au test
se sont inscrites la semaine dernière à Johannesbourg, a déclaré Sibongile
Walaza, de l'université de Witwatersrand, qui travaille en partenariat avec
l'unité d'essais cliniques du Conseil britannique sur la recherche
médicale - le projet est financé par la Grande Bretagne.
Les chercheurs espèrent enrôler 50 femmes séronégatives par mois, qui seront
conseillées, formées à l'utilisation de préservatifs et suivies médicalement
au cours des trois à quatre années que va durer l'essai.
**************************
Le Quotidien du Médecin
qdm Journal N° 7834
Page 8
Un gel vaginal protecteur chez l'animal
Un microbicide testé contre le VIH du singe
De nombreux efforts de recherche s'attachent à la mise au point d'un
microbicide vaginal contre le VIH. Une équipe a évalué, in vitro, puis chez
le singe, trois petites molécules (BMS-378806, CMPD167, et C52L) qui
inhibent à différentes étapes l'entrée du VIH dans les cellules. Les
résultats, rapportés dans la revue « Nature », sont prometteurs.
De notre correspondante à New York
« NOUS AVONS l'intention de mettre au point une version améliorée des
composés BMS-378806, CMPD167, et C52L en un microbicide topique qui pourrait
être évalué en clinique », a confié au « Quotidien » le Dr John Moore (Weill
Medical College, Cornell University, New York) qui a dirigé les travaux,
rapportés par le revue « Nature ».
Il est clair qu'aucune stratégie unique ne résoudra la pandémie de sida. Le
virus de l'immunodéficience humaine de type 1 (VIH-1) continue de se
propager, principalement par voie hétérosexuelle. Et il n'existe toujours
pas de vaccin disponible.
Au cour d'un programme complet de prévention.
De nombreux efforts se concentrent donc sur la mise au point d'un
microbicide vaginal qui contribuerait à protéger les femmes contre
l'infection par le VIH. Comme l'a souligné le Dr Peter Piot, directeur
général de l'Onusida à Genève, « les microbicides doivent être au cour d'un
programme complet de prévention pour les femmes et les filles, parmi
lesquelles se rencontre environ la moitié des infections à VIH dans le
monde ». D'après un rapport de la fondation Rockefeller, un microbicide
vaginal qui n'offrirait même qu'une efficacité partielle contre le VIH
pourrait conduire en trois ans à éviter 2,5 millions d'infections par le
VIH.
Une avancée dans ce domaine est rapportée par John Moore et ses collègues,
qui ont évalué chez le singe un microbicide contenant de une à trois
molécules inhibant l'entrée du VIH dans les cellules.
Les composés testés inhibent différents stades du processus d'attachement et
d'entrée du virus :
- le CMPD167 (Merck Research Labs) se lie directement au récepteur CCR5, et
inhibe son association avec la protéine d'enveloppe gp120 du virus ;
- le BMS-378806 (Bristol-Myers Squibb Inc) se lie à la protéine d'enveloppe
gp120 du virus et prévient sa liaison aux récepteurs CD4 et CCR5 sur les
cellules T ;
- le C52L (un peptide exprimé dans E. coli au Weill Medical College) inhibe
la fusion de la glycoprotéine virale gp41 avec les cellules et bloque ainsi
l'entrée du virus après l'engagement des récepteurs. Il s'agit d'une version
légèrement modifiée de l'enfuvirtide, le seul inhibiteur de fusion approuvé
pour le traitement de l'infection par le VIH.
Leurs expériences in vitro montrent que les trois composés inhibent
l'infection des cellules T, ainsi que l'infection d'explants de tissu
cervical. En outre, le C52L agit de façon synergique avec le CMPD167 et le
BMS-378806 pour inhiber l'infection des lignées cellulaires.
Des doses élevées de VIH simien.
L'équipe a testé différentes concentrations de ces inhibiteurs, seuls ou en
association, administrés en gel vaginal chez des femelles macaques rhésus.
Les guenons ont ensuite été exposées à des doses élevées de VIH simien,
précisément la souche Shiv-162P3. Cette souche, comme la majorité des VIH-1
transmis par voie sexuelle, utilise le corécepteur CCR5 pour entrer dans les
cellules et les infecter. Les chercheurs ont ensuite évalué le taux
d'infections.
L'étendue de la protection est encourageante, d'autant que les conditions
expérimentales sont rigoureuses et qu'il n'est pas facile d'obtenir une
protection dans ce modèle « dose élevée ».
Lorsque le gel est appliqué trente minutes avant l'inoculation vaginale du
Shiv, 40 des 51 femelles (78 %) traitées par un, deux ou trois inhibiteurs
ont été protégées, tandis que toutes les femelles témoins ont été infectées
(9/9). En outre, la triple association testée chez trois femelles montre un
taux de protection de 100 %.
Enfin, lorsque l'inoculation vaginale du Shiv est retardée jusqu'à six
heures après application d'un gel contenant soit le CMPD167, soit le
BMS-378806 (le C52L n'a pas été testé), une protection significative est
obtenue (deux animaux sur trois sont protégés). Cette observation est riche
d'enseignements pour l'utilisation éventuelle des inhibiteurs en gel
microbicide pour les femmes.
Le profil de sécurité de ces molécules est bon jusqu'à présent. « La
sécurité chez les femmes, surtout pour une utilisation prolongée, ne pourra
être établie que par les futures études cliniques, notent les chercheurs.
Cependant, en choisissant des composés semblables à ceux qui ont un bon
profil de sécurité chez l'homme, nous espérons éviter des problèmes. Nous
n'avons observé aucune irritation ou inflammation vaginale dans des études à
court terme chez les macaques. »
Un point important : le coût de production de ces molécules serait
relativement peu élevé.
« Nous travaillons maintenant à identifier et à caractériser de meilleures
versions de ces inhibiteurs (y compris d'autres inhibiteurs de fusion),
conclut le Dr John Moore, et nous explorons la voie d'une éventuelle
protection des singes contre d'autres souches virales. »
> Dr VERONIQUE NGUYEN
« Nature » en ligne, 1er novembre 2005, DOI : 10.1038/nature04055.
|