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[e-med] Sida : Kofi Annan appelle à la mobilisation pour les enfants affectés par la pandémie
- From: "Carinne Bruneton" <remed@remed.org>
- Date: Wed, 26 Oct 2005 10:26:48 +0200
[A quand les formules pédiatriques pour les ARV ? MD]
Sida : Kofi Annan appelle à la mobilisation pour les enfants affectés par la
pandémie
L'UNICEF ET L'ONUSIDA LANCENT LA CAMPAGNE « UNIS EN FAVEUR DES ENFANTS, UNIS
CONTRE LE SIDA » AU SIÈGE DE L'ONU À NEW YORK
Le Lesotho meurt du sida en silence (le Figaro)
Sida : Kofi Annan appelle à la mobilisation pour les enfants affectés par la
pandémie
25 octobre 2005 - Sida : Kofi Annan appelle à la mobilisation pour les
enfants affectés par la pandémie
A l'occasion du lancement par l'UNICEF et l'ONUSIDA de la campagne mondiale,
« Unis en faveur des enfants, unis contre le sida », qui vise notamment à
prévenir la transmission du virus aux enfants, le Secrétaire général a
appelé la communauté internationale à se mobiliser pour venir en aide aux
millions d'enfants affectés.
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11291&Cr=ONUSIDA&Cr1=annan
« La prévention de la transmission de la mère à l'enfant est devenue l'un
des défis majeurs à relever », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général,
au cours de la cérémonie qui marquait le lancement de la campagne, « Unis
pour les enfants, unis contre le sida » menée par le Fonds des Nations Unies
pour l'enfance (UNICEF) et le Programme commun des Nations Unies sur le
VIH/sida (ONUSIDA).
« C'est un appel à une action unie contre l'épidémie du sida qui affecte, de
manière croissante, les jeunes et les enfants », a affirmé Kofi Annan, en
présence de Peter Piot, directeur d'ONUSIDA, d'Ann Veneman, directrice de
l'UNICEF, et d'enfants atteints du sida.
« Chaque minute compte, car chaque minute, un enfant meurt du sida », a
insisté Peter Piot, directeur exécutif d'ONUSIDA.
« N'oublions pas que l'espérance de vie est passée en deux décennies de 60
ans à un peu plus de trente ans dans de nombreux pays », a rappelé Ann
Veneman, constatant que pour beaucoup de jeunes, atteindre l'âge de 18 ans
signifiait avoir vécu la moitié de sa vie.
Frika, une jeune Indonésienne, a expliqué que, lorsqu'elle a été testée
positive il y a cinq ans, ses parents l'ont considérée comme un monstre. «
Je ne pouvais plus dormir dans la même chambre que ma sour et j'avais ma
propre assiette et mon propre verre » a-t-elle dit.
Carol, de la Jamaïque, est venue raconter comment, dès l'âge de neuf ans,
elle avait été privée de son enfance quand son père est tombé malade. «
Pendant sept ans, je devais lui trouver de quoi manger et sacrifier mes
études. Pendant sept ans, je ne pouvais partager ce secret avec personne, et
lorsqu'il était hospitalisé, les infirmières refusaient de s'occuper de lui
ou de l'alimenter alors qu'il était trop faible », a affirmé la jeune
adolescente.
Une jeune Namibienne a témoigné à son tour de l'exclusion dont elle a été
victime au sein de sa famille lorsque, âgée de 17 ans, elle a appris le même
jour qu'elle était enceinte et porteuse du virus. « Ma mère m'a bannie et
j'ai dû aller vivre chez ma grand-mère », a-t-elle avoué.
Absents des politiques nationales ou internationales de lutte contre la
pandémie, les millions d'enfants affectés par le virus, qui n'ont pas accès
aux services de base dans le domaine des soins et de la prévention, sont «
la face cachée » du sida, a dénoncé l'UNICEF dans un communiqué publié
aujourd'hui à New York.
Plus de 2 millions d'enfants sont infectés par le virus. Et pourtant, moins
de 5 % des jeunes séropositifs ont accès aux médicaments pédiatriques dont
ils ont besoin.
Plus de 15 millions d'enfants dans le monde ont perdu au moins un de leurs
parents du fait de cette maladie. Et pourtant, moins de 10 % des enfants
affectés reçoivent une aide de l'Etat.
D'après le communiqué d'ONUSIDA, publié également aujourd'hui, il faudra 55
milliards de dollars pour affronter la pandémie de sida.
Il manque actuellement quelque 18 milliards de dollars, rien que pour la
période 2005-2007, indique l'agence des Nations Unies (voir notre dépêche
d'aujourd'hui).
Au cours de la manifestation d'aujourd'hui, le Secrétaire général a salué
l'engagement de Jeannette Kagame, Première dame du Rwanda et présidente de
l'Organisation des Premières dames africaines contre le sida, et de Roger
Moore, Ambassadeur de bonne volonté de l'UNICEF.
********************
L'UNICEF ET L'ONUSIDA LANCENT LA CAMPAGNE « UNIS EN FAVEUR DES ENFANTS, UNIS
CONTRE LE SIDA » AU SIÈGE DE L'ONU À NEW YORK
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/AIDS106.doc.htm
Vous avez tous un rôle à jouer dans le succès de la campagne « Unis en
faveur des enfants, unis contre le sida », a déclaré ce matin l'acteur Roger
Moore, Ambassadeur de bonne volonté de l'UNICEF, au cours d'un événement
spécial conjointement organisé par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance
(UNICEF) et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA)
pour marquer le lancement de la campagne visant, entre autres, à prévenir la
transmission du virus aux enfants et à placer la prise en charge des enfants
atteints par le virus du VIH/sida au premier plan de l'agenda international
de la lutte contre cette pandémie. « Chaque minute compte, car chaque
minute, un enfant meurt du sida », a insisté Peter Piot, Directeur exécutif
de l'ONUSIDA, en invitant les États Membres, la société civile, et le monde
des affaires, à joindre leurs efforts afin d'assurer le succès de la
campagne.
Au cours de cette manifestation, à laquelle ont également pris part le
Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan; la Première dame du
Rwanda, Mme Jeannette Kagame, également Présidente de l'Organisation des
Premières dames africaines contre le sida; M. Bill Roedy, de MTV Network
International; la Directrice exécutive de l'UNICEF, Mme Ann Veneman, a
souligné le rôle important joué par M. Kofi Annan dans la sensibilisation de
la communauté internationale à l'urgence d'une action commune et énergique
contre la pandémie du sida. La prévention de la transmission de la mère à l'enfant
est devenue l'un des défis majeurs à relever, a souligné le Secrétaire
général, qui a salué la campagne conjointe de l'UNICEF et d'ONUSIDA qui vise
à préserver les vies des jeunes générations. Le monde du sport, celui des
affaires, et la société civile dans son ensemble, doivent soutenir ces
efforts, a-t-il dit, avant de saluer l'engagement de personnalités comme Mme
Kagame et Roger Moore en faveur de cette cause, ainsi que le « leadership »
de certains pays qui, à l'instar du Brésil, du Cambodge et de la Thaïlande,
ont pris très tôt la mesure du problème et mis en place des stratégies
efficaces de lutte contre le sida.
Après l'Afrique, l'Asie du Sud et celle du Sud-Est sont les régions où le
virus du sida se répand le plus rapidement, a rappelé Frika, une jeune
Indonésienne qui a expliqué que, lorsqu'elle a été testée positive il y a
cinq ans, ses parents l'ont considérée comme un monstre. « Je ne pouvais
plus dormir dans la même chambre que ma sour, et j'avais ma propre assiette
et mon propre verre » a-t-elle indiqué. « Je peux comprendre leur
réaction », a-t-elle dit ensuite. « Mais c'est en réagissant de cette façon
que les adultes poussent les jeunes à ne pas faire de tests de dépistage »,
a-t-elle regretté. « Notre rôle, au sein du Réseau Asie-Pacifique des
personnes vivant avec le virus du VIH/sida, consiste en premier lieu à
encourager les jeunes générations à se protéger, à se soumettre aux tests de
dépistage et à assumer socialement leur maladie », a-t-elle expliqué. À son
tour, Carol, une jeune Jamaïcaine, est venue raconter comment, dès l'âge de
neuf ans, elle avait été privée de son enfance quand son père est tombé
malade. « Pendant sept ans, je devais lui trouver de quoi manger et
sacrifier mes études. Pendant sept ans, je ne pouvais partager ce secret
avec personne, et lorsqu'il était hospitalisé, les infirmières refusaient de
s'occuper de lui, ou de l'alimenter alors qu'il était trop faible » a
déclaré la jeune adolescente.
Une jeune Namibienne a témoigné à son tour de l'exclusion dont elle a été
victime au sein de sa famille lorsque, âgée de 17 ans, elle a appris le même
jour qu'elle était enceinte et porteuse du virus. « Ma mère m'a bannie et j'ai
dû aller vivre chez ma grand-mère », a-t-elle dit, en attirant l'attention
des adultes, qui devraient écouter les jeunes et prendre en compte leurs
problèmes, afin de mieux les aider à surmonter la maladie. « N'oublions pas
que l'espérance de vie est passée en deux décennies de 60 ans à un peu plus
de trente ans dans de nombreux pays », a rappelé Mme Ann Veneman en
constatant que pour beaucoup de jeunes, atteindre l'âge de 18 ans signifiait
avoir vécu la moitié de sa vie. « Il est indispensable d'unir nos forces
pour faire en sorte que les enfants d'Afrique, d'Asie, d'Europe de l'Est et
d'Amérique latine et des Caraïbes puissent grandir en étant préservés de
cette menace », a-t-elle recommandé.
Aujourd'hui, nous avons lancé cette campagne en envoyant des milliers de
messages sur des téléphones cellulaires en Afrique et ailleurs dans le monde
en développement afin de rappeler aux adultes ce qu'endurent les enfants à
cause du VIH/sida, a indiqué Mme Veneman. À travers la campagne que nous
avons lancé au niveau des Premières dames d'Afrique, notre credo consiste à
traiter tous les enfants comme s'ils étaient les nôtres, a expliqué ensuite
Jeannette Kagame, soulignant toutefois que les Gouvernements ont un rôle
clef à jouer, notamment pour parvenir à l'Objectif du Millénaire pour le
développement en faveur des jeunes générations vivant avec le virus du sida.
« Jusqu'ici, nous avons été trop lents, et nous n'avons pas déployé assez d'efforts
», a déploré Mme Kagame, jugeant que cette nouvelle campagne est un cri d'alarme
pour les 10 prochaines années et pour que les tendances actuelles s'inversent
réellement et que le monde soit libéré du VIH d'ici 2015.
L'industrie des médias doit apporter toute la contribution dont elle est
capable à la lutte contre le VIH/sida, a estimé quant à lui Bill Roedy. Il
a indiqué que MTV Networks International s'efforçait en permanence de
sensibiliser les jeunes générations aux risques du sida. Notre campagne «
Rester en vie » continuera d'être diffusée dans le monde entier et traduite
dans plusieurs langues, a assuré M. Roedy, en ajoutant que ces programmes
seraient diffusés gratuitement et quotidiennement pendant au moins deux
minutes et seraient disponibles, sans droits d'auteur à honorer, au public
et aux écoles.
********************
Le Lesotho meurt du sida en silence
Alors que l'Unicef lance aujourd'hui une campagne mondiale sur les enfants
et le sida, le plus petit et le moins peuplé des pays africains, confetti
enclavé en pleine Afrique du Sud, connaît une flambée du sida aussi brutale
que dramatique. 29 % des quelque 2 millions d'habitants sont déjà
contaminés, et l'espérance de vie depuis l'apparition de l'épidémie est
tombée de 60 ans en 1991 à 35 ans aujourd'hui. Après le Botswana et le
Swaziland, le Lesotho est le troisième pays le plus touché en Afrique. La
pauvreté, les pratiques sexuelles intergénérationnelles, les viols
d'adolescentes,
le chômage dû à la fermeture des mines sud-africaines et des usines textiles
chinoises, la sécheresse, l'apathie de la monarchie constitutionnelle et la
fuite des forces vives ne facilitent guère le travail des ONG.
De notre envoyé spécial au Lesotho (Mokhotlong, Leribe,Mafateng),
Jean-Michel Bader
[25 octobre 2005]
http://www.lefigaro.fr/grandsreportages/20051025.FIG0254.html
C'est une petite maison dans la prairie battue par le vent du plateau, à
portée du vieux terrain d'aviation abandonné de Mokhotlong. Deux anciens du
Peace Corps, Ken et Coline, avec une poignée de « mamies » locales
bénévoles, tentent d'y sauver d'une mort certaine quelques-uns des 100 000
orphelins du sida que compte le pays. Ken parcourt pendant des heures la
montagne dans sa vieille Mercedes fatiguée, puis à pied, pour recueillir ces
petites vies si fragiles, en sévère malnutrition, des mains de mères
moribondes, de pères bergers souvent séropositifs ou tuberculeux, ou des
grands-mères seules. Assis sur son canapé défoncé, dans cette petite pièce à
la propreté clinique, au milieu d'une dizaine d'enfants aux yeux noirs qui
boivent la lumière, Ken nous présente Table, une miraculée de 9 mois :
«Orpheline de mère à un mois, de père inconnu, c'est sa grand-mère qui l'a
recueillie.Mais elle n'avait rien pour la nourrir.» C'est un chef coutumier,
ou le département des affaires sociales qui avertit en général le créateur
de Touching Tiny Lives. Victime de diarrhées, de vomissements, Table se
battait désespérément pour survivre. «Mais la grandmère ne voulait rien
savoir pour nous la confier. Ce n'est pas de la cruauté, vous savez, c'est
l'extrême
misère qui pousse à l'abandon des plus faibles.» Aujourd'hui, après bien des
hauts et des bas, Table est sauvée mais n'est toujours pas sortie d'affaire
: un test rapide a détecté des anticorps contre le VIH. Mais une recherche a
démontré l'absence du virus dans son sang... pour l'instant. Et sa
grand-mère, qui est venue au début, n'a plus donné signe de vie. Le nombre
d'orphelins
a augmenté considérablement, selon l'Unicef, passant de 73 000 en 2001 à 180
000 aujourd'hui. La mortalité des enfants lesothans de moins de 5 ans est
actuellement de 113 pour 1 000 naissances vivantes, «en progression
exponentielle depuis 1995». Le sida est certes devenu une priorité
nationale, et grâce à l'ONU, le Lesotho a pour objectif théorique de fournir
28 000 trithérapies avant la fin 2005. Mais sur les 56 000 malades recensés,
6 200 adultes et 200 enfants ont droit gratuitement au traitement d'un coût
unitaire de 250 dollars. Une goutte d'eau dans un océan viral...
Il n'y a pas que les nourrissons. Les enfants bergers, illettrés et
exploités par les éleveurs, sont particulièrement vulnérables. Keketso
Motsohi est un jeune berger de 10 ans, le dernier de sept enfants, qui passe
12 heures par jour à surveiller ses sept chèvres. Son village de Lebingbing,
à 3 000 mètres d'altitude, propose bien des cours du soir aux 30 % d'enfants
trop pauvres ou trop grands pour continuer à aller à l'école. Mais dès 18
heures la nuit tombe, les professeurs improvisés sont des villageois, et
Keketso vit à 2 heures de marche, il mettra environ trois ans à savoir lire
et écrire. S'il n'est pas égorgé entre-temps par des voleurs de moutons...
Quant à l'éducation sexuelle, la prévention, l'apprentissage du respect des
fillettes et des jeunes filles, ils sont absents. Or un des fléaux culturels
du Lesotho est la pratique généralisée du viol, et des abus sexuels sur de
très jeunes filles. Selon une étude de 2003, 21 % des adolescentes ont déjà
eu des relations sexuelles forcées et non protégées. Conséquence : déjà 51 %
des femmes de 15 à 24 ans sont contaminées par le VIH (chiffres Onusida).
«Même les prescripteurs de soins profitent des enfants en les exploitant
comme domestiques, en les privant de leur héritage. Sans soins primaires,
les filles courent un risque majeur d'abus sexuels et d'exploitation»,
estime un document récent de l'Unicef.
Il y a aussi des orphelines dans ces montagnes. Après 45 mn de 4 x 4 sur des
pistes dignes d'une spéciale du Rallye de l'Atlas, nous arrivons dans le
village de Phahamenz, au nord-est du Lesotho. Le chef du village, Morena
Phakisi, nous mène jusqu'à Masethabathaba Lehlak ; elle a 19 ans, sa mère
est morte l'an dernier, dans un état d'épuisement très évocateur du sida. Le
père est souvent malade et ne peut s'occuper de sa famille. C'est elle qui
prend soin de ses trois frères âgés de 9, 11 et 15 ans. « Il y a des moments
où nous avons faim plusieurs jours de suite », avoue-t-elle. Le chef a
prévenu les affaires sociales pour mettre en oeuvre une aide alimentaire du
Food for Work Program, il nous assure vérifier que la nourriture parvient
bien aux enfants, mais lui-même est dans le dénuement le plus complet...
A Maseru, la capitale, le Child Survival Program, dépendant du gouvernement,
tâche d'aider l'association Save the Children. Nous leur rendons visite dans
le Village des enfants. Lawrence Masupha nous présente aux 26 petits
résidents, regroupés dans ce havre temporaire, abandonnés, abusés, battus,
infectés et souvent contaminés par le VIH. « Nous recherchons toujours les
parents et les familles élargies. Avec l'aide des policiers du Child and
Gender Protection Unit, nous faisons ce que nous pouvons pour qu'ils restent
le moins longtemps possible ici », précise Lawrence. Mais il est arrivé
qu'un
enfant sans nom, ne sachant pas le nom de son village, passe ici neuf
années, d'avril 1996 à janvier 2005. Les travailleurs sociaux ont sillonné
le pays du nord au sud et exploré sans se lasser 14 villages avant de
retrouver la famille. Bien des parents étant morts du sida, Save the
Children se charge de faire tester les enfants, leurs familles, et de
proposer ceux qui sont éligibles pour des traitements antirétroviraux.
En 2004, le gouvernement a ouvert le premier centre public d'antirétroviraux
à l'hôpital Motebang de Leribe. Aujourd'hui c'est le jour des enfants. Dans
le couloir d'ombres envahi de mères, comme ils sont sérieux, graves, tous
ces petits patients. « Tous ces enfants sont contaminés, nous prenons en
charge 210 enfants dans notre centre VIH », explique le docteur Jennifer
Young. Comme la pharmacienne Marnie, l'infirmier Michael et deux autres
médecins, ils appartiennent à une ONG canadienne soutenue par l'université
de Toronto. Soudain, dans le couloir, apparaît une petite fille avec une
mutilation de la mâchoire supérieure. Le diagnostic est immédiat, c'est un
cas de Noma, une infection bactérienne délabrante qui avait disparu de cette
partie du continent. « Nous recommençons à en voir, je pense que c'est une
nouvelle forme d'infection opportuniste du sida », confirme le docteur
Young. Il y a déjà 71 enfants sous traitement, sous forme de sirops
pédiatriques. Cette mère nous présente son cabas plein de boîtes de 3TC, de
Zidovidine de Névirapine. Un mois de traitement, et une observance
incertaine : qui sait si elle ne partagera pas avec un autre enfant malade,
si son bébé prendra tous les jours les médicaments ? Pour décider qui aura
le traitement, c'est simple : à 18 mois, deux tests rapides sur une goutte
de sang établissent si l'enfant a des anticorps contre le virus. Une
évaluation du nombre de cellules CD4 du sang est fait, si elle est basse,
une trithérapie est mise en oeuvre. « Parfois, avant 18 mois, l'enfant d'une
mère séropositive a des signes cliniques d'infection opportuniste, nous
mettons l'enfant sous traitement immédiatement. » Ici pas de PCR, pas
d'Elisa,
tous ces tests sophistiqués pour trouver le virus... Les médecins doivent se
fier à leur seul flair clinique.
Notre dernière étape est l'hôpital de Mafateng au sud de Maseru : il est
clair, haut de plafond, accueillant. Le docteur Piet McPherson prend en
charge depuis juin 2003 le dépistage chez les femmes enceintes et, depuis
avril 2005, un nouveau centre de traitements antirétroviraux. Cette année,
76 % des femmes enceintes suivies par l'établissement ont été testées, 29 %
d'entre elles sont contaminées. Depuis cette année, 81 % reçoivent de la
Névirapine pour empêcher la transmission du virus de la mère à l'enfant à
naître. 400 bébés naissent ici chaque mois, et déjà 550 malades sont sous
traitement. Mais le centre de dépistage anonyme et gratuit - qui reçoit la
population générale) - ainsi que le centre de consultations ne voient guère
augmenter le nombre de Lesothans venant se faire dépister : on plafonne
toujours à 1 096 par mois depuis l'ouverture. Depuis huit jours, une
question nous hante : qu'y a-t-il au Lesotho qui puisse expliquer cette
flambée épidémique du sida ? Après tout, d'autres pays africains pauvres,
manquant d'eau, de ressources, et à l'économie incertaine, n'ont pas des
chiffres aussi élevés. Et les mineurs contaminés en Afrique du Sud qui
transmettent le virus de retour au pays ne suffiraient pas. La réponse vient
de Motsanku Mefane, la sage-femme élégante qui supervise le programme
mère-enfant : « Ici, le sport national c'est le sexe. Tout le monde couche
avec tout le monde ; les jeunes femmes sont sous la pression des familles
pour avoir des enfants. Les gens couchent comme vous décrochez votre
portable, et les hommes doivent avoir au moins deux ou trois partenaires. »
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