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[e-med] Le Brésil condamne vingt laboratoires pharmaceutiques pour avoir voulu empêcher l'arrivée de génériques


  • From: "Carinne Bruneton" <remed@remed.org>
  • Date: Tue, 18 Oct 2005 09:42:13 +0200

Le Brésil condamne vingt laboratoires pharmaceutiques pour avoir voulu
empêcher l'arrivée de génériques
LE MONDE | 17.10.05 | 14h07 . Mis à jour le 17.10.05 | 14h07
SAO PAULO correspondance
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-700177@51-627653,0.html

Pour avoir essayé de boycotter l'entrée de médicaments génériques sur le
marché brésilien, vingt laboratoires pharmaceutiques ont été condamnés,
vendredi 14 octobre. Après une enquête de six années et un procès de six
mois, le Conseil administratif de défense économique (CADE), chargé de
veiller à la libre concurrence, a imposé aux fabricants de médicaments une
amende correspondant à 1 % ou 2 % du chiffre d'affaires brut réalisé en
1998.

La plupart des laboratoires condamnés sont liés à de puissantes entreprises
multinationales, tel Abott, Aventis Behring, Bayer, Boehringer, Roche,
Sanofi-Synthélabo ou encore Schering Plough. Janssen-Cilag est accusé
d'avoir pris l'initiative de former le cartel, et son amende a été doublée.
Selon une plainte déposée auprès du Conseil régional de pharmacie à
Brasilia, les représentants des vingt laboratoires s'étaient réunis le 2
juillet 1999 pour planifier une stratégie de boycott à l'arrivée des
médicaments génériques au Brésil.

"Ils ont fait pression sur les distributeurs, et pour cela il leur fallait
agir de façon coordonnée" , affirme Luis Fernando Rigato, conseiller du
CADE, en remarquant que "tout retard équivalait à de substantiels gains pour
une entreprise" . Le CADE concède que le boycott n'a pas bien fonctionné,
mais il constate que l'intention de manipuler le marché a existé.

Les laboratoires, qui nient les accusations, ont un délai de trente jours
pour s'acquitter des amendes, mais ils peuvent contester devant la justice
ces condamnations. Les juges brésiliens n'ont cependant pas pour habitude de
contredire les verdicts du CADE.

L'année de la réunion dénoncée, les génériques s'apprêtaient à faire leur
entrée dans les pharmacies brésiliennes. Soucieuses de voir les prix des
médicaments baisser, car ils étaient trop souvent inaccessibles à une large
partie de la population, les autorités ont ouvert le marché par une loi
datant de 1999.
En cinq ans, les génériques ont trouvé leur place sur les étagères des
magasins, mais pas encore assez convaincu les acheteurs : ils représentent
10,7 % des ventes totales et 8,5 % du chiffre d'affaires du secteur sur les
douze derniers mois. Le laboratoire Medley occupe 27,7 % du marché générique
brésilien.
Le nombre de produits génériques est encore restreint, mais les ventes sont
en progrès constants, et le Brésil est le plus grand consommateur de
génériques d'Amérique du Sud. Si le gouvernement de Brasilia a aujourd'hui
cessé ses campagnes d'information auprès des consommateurs, l'association
des fabricants de génériques ­ Pro Genericos ­ s'est lancée dans la
publicité. Pro Genericos espère pouvoir bientôt vendre des pilules
contraceptives, attendant l'autorisation de l'Agence nationale de vigilance
sanitaire.

Les génériques ont acquis une grande importance au Brésil pour le traitement
des malades du sida. Le gouvernement fournit gratuitement le cocktail de
médicaments permettant de soigner les quelque 155 000 personnes infectées.
Près de la moitié du cocktail est composé de génériques, fabriqués
localement, notamment par des laboratoires publics, le plus important étant
Farmanguinhos, de la Fondation Oswaldo Cruz, à Rio de Janeiro.

Pour les médicaments dont les principes actifs ne peuvent pas être copiés,
le Brésil négocie des rabais avec les laboratoires. Ces négociations sont
souvent menées sous la menace d'ignorer le brevet en invoquant "l'état
d'urgence sanitaire" .

Le ministère de la santé a mené plusieurs batailles, avec par exemple les
fabricants Merck ou Roche et, début octobre, Abott, réussissant toujours à
obtenir une forte réduction des tarifs. Grâce au traitement gratuit offert
par le programme d'antirétroviraux, la propagation du sida au Brésil a été
contenue, déjouant les sombres prévisions faites au milieu des années 1990.

Annie Gasnier
Article paru dans l'édition du 18.10.05