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[e-med] Inde, Chine ou Brésil: qui va produire les ARV de seconde ligne ?


  • From: "Remed" <remed@remed.org>
  • Date: Mon, 18 Jul 2005 09:21:04 +0200

[Ce texte évoque des discussions entre Abbott et le Brésil, un compromis a été trouvé. Voir le message diffusé sur e-med le 14 juillet dernier : http://www.essentialdrugs.org/emed/archive/200507/msg00049.php]

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Le changement rapide d'échelle des programmes d'accès aux traitements ARV dans la région Asie est en cours. Dans une intervention en session plénière lors de la 7e conférence de l'ICAAP (International Congress on Aids in Asia and the Pacific), Jim Kim de l'OMS a loué le progrès dans les traitement fait en Asie, disant que le nombre de personnes sous ARV a augmenté de plus de 50 % au cours des six derniers mois, de 100 000 personnes à 155 000.
Cependant, avec ce changement d'échelle rapide viendront inévitablement les résistances aux médicaments et le besoin de traitements de deuxième ligne. La plupart du monde en développement dépend aujourd'hui des génériques indiens pour soutenir le changement d'échelle, mais la révision du droit des brevets en Inde réduit la production de génériques, les défenseurs de l'accès aux traitements avertissent maintenant du risque de la survenue d'une crise de l'accès aux ARV qui peut saboter les efforts pour contrôler l'épidémie.

Implications de la nouvelle loi indienne sur les brevets.

La loi indienne sur les brevets a été révisée afin de satisfaire les conditions de l'entrée de l'Inde à l'OMC. La manière dont certains points de la loi doivent être interprétés n'est pas claire, mais ce qui l'est c'est que cela va mettre fin aux copies sans restrictions des ARV, dont dépendent aujourd'hui les personnes vivant avec le VIH dans les pays en développement. Les officiels indiens ont cependant dit que des " sauvegardes " ont été amendée à la loi et assureront que les médicaments nécessaires seront toujours produits.
Le Dr Quraishi, directeur général de la National AIDS Control Organisation (NACO) en Inde a déclaré qu'il y avait suffisamment de traitements de première ligne, mais que " le problème va venir quand nous aurons besoin des traitements de deuxième ligne ... je suis personnellement très inquiet à ce sujet. "
Il a dit que l'Inde " peut recourir au contrôle des prix ou aux licences obligatoires si cela est nécessaire. Le fait qu'elles [les licences obligatoires] soient stipulées dans la loi après un grand débat est le signe que cela sera pris en considération. "
Les défenseurs de l'accès aux traitements sont plus sévères dans leurs critiques de la nouvelle loi sur les brevets. Leena Mengharey de Affordable Medicines and Treatment Campaign (AMTC : campagne pour les traitements accessibles) a déclaré lors d'une réunion de Lawyers Collective (une organisation indienne de défense des droits des personnes atteintes) que le gouvernement a " sont le jouet de l'industrie du médicament " et que les responsables politiques devront en rendre compte.

La Chine pourra-t-elle combler le fossé ?

La ratification de la loi indienne sur les brevets signifie que maintenant deux pays peuvent être des candidats à sa succession pour devenir les producteurs d'ARV génériques pour les pays en développement : la Chine et le Brésil.
Le Dr Quraishi a déclaré que l'Inde n'est pas effrayée de la compétition avec la Chine : " nous ne sommes pas préoccupés de la concurrence ... tous ceux qui produisent des médicaments bon marchés sont bienvenus. "

Suerie Moon travaille à Pékin pour la campagne Accès aux médicaments essentiels de MSF. Elle estime qu'il ne fait pas de doute que la Chine pourra combler le fossé à l'avenir
" Pour ce que nous en savons, la capacité technique de la Chine est impressionnante. Les producteurs chinois produisent déjà la matière première pour un large éventail de produits de deuxième ligne. Aucun producteur chinois n'a été pré qualifié par l'OMS, mais nous savons que les matières premières est la partie la plus exigeante techniquement dans le processus de production, nous sommes donc confiants. "
Elle ajoute que ce qui fera que la Chine produira ou non les ARV de deuxième ligne " dépendra vraiment de la volonté de la Chine d'utiliser les flexibilités des ADPIC " prévues dans les accords de Doha.
Thomas Cai, un activiste vivant avec le VIH chinois, a dit que la Chine, qui produit tant des matières premières pour les ARV a maintenant la chance de devenir l'usine à ARV du monde. " Si la Chine choisit de produire les copies des traitements de deuxième ligne cela représentera un grand marché. La Chine peut prendre la tête de ces productions à des prix abordables. Ils pourront les vendre partout dans le monde.
Cai indique que le propre plan d'accès aux traitements en Chine sera menacé si les médicaments accessibles ne sont pas disponibles : " si la Chine ne produit pas les médicaments de deuxième ligne, nous reviendront cinq ans en arrière, quand j'ai commencé mon premier traitement. Nous devions payer plus de 1 000 dollars par mois, bien plus que mon salaire mensuel. La plupart des personnes ne peuvent payer ce prix, et ils vont mourir. "

Personne ne semble préoccupé. N'y-a-t-il pas une crise ?

Les gens en dehors de l'Inde on largement ignorés cette nouvelle loi sur les brevets et Suerie Moon pense que c'est une grave erreur : " si les gens ne commencent pas à prêter beaucoup plus d'attention à la manière dont cette loi est mise en oeuvre, nous risquons de nous trouver nous-même dans une situation où nous n'aurons pas de deuxième ligne de générique accessible "
Alors que des programmes de prix cassés sont proposés par les grandes entreprises pharmaceutiques, " la chose intéressante avec la production de générique est la concurrence, c'est dynamique, cela tire en permanence les prix vers le bas " alors que les programmes de prix cassés sont statiques. A ces entreprises qui disent que leur prix sont déjà accessibles, Moon réplique " que signifie 'suffisamment abordable' si vous êtes un fermier en Chine qui gagne 100 dollars par an ? "
Moon estime qu'il faut " absolument " être sur le mode de la crise : " l'accès aux traitements de deuxième ligne est quelque chose de très urgent. Même si nous trouvons une solution demain, cela prendra une année ou deux de plus pour avoir les médicaments. Nous serons très ennuyés car les patients en ont besoin aujourd'hui. "
Leena Mengharey du Lawyers Collective dit que les personnes ne réalisent que la loi pose une menace à long terme pour les efforts en faveur des traitements contre le VIH : " pourquoi les gens ne parlent-ils pas de cette loi ? D'où vont venir vos médicaments dans les dix prochaines années ? "
Inde, Chine ou Brésil ?

Inde, Chine ou Brésil?

Comme l'Inde, afin d'entrer à l'OMC, la Chine a fait des concessions qui vont avoir un impact direct sur sa capacité à produire des ARV génériques. En dépit des flexibilités prévues dans l'accord sur les ADPIC, ces deux pays semblent maintenant reculer devant la perspective de casser les brevets et copier des médicaments comme le Ténofovir ou le Lopinavir/ritonavir (plus connu sous le nom de Kaletra ®) qui sont des médicaments clé dans le changement d'échelle.

Lors du meeting de Kobe, le vice-ministre chinois de la santé, Wang Longde, a refusé d'approuver la production de médicament de deuxième ligne. A la question d'un activiste chinois vivant avec le VIH lui demandant comment son gouvernement va répondre à la croissance rapide des résistances, Wang a simplement répondu : " la Chine a pris des engagements quand elle est entrée à l'OMC, et la Chine tiendra sa parole " de ne pas casser les brevets. " La Chine négocie actuellement avec les entreprises pharmaceutiques sur les médicaments de deuxième ligne " ajouta-t-il.
Le Brésil s'est continuellement élevé contre les pressions des Etats unis et des entreprises du médicament, menaçant d'émettre des licences obligatoires pour les ARV qu'elle utilise dans ses programmes d'accès aux traitements gratuits. Bien que cette stratégie ait permis d'importantes concessions à la baisse des industries de marque, le pays n'a pas encore brisé de brevet. Actuellement le gouvernement brésilien et Abbott sont dans une impasse, l'entreprise ayant refusé de baisser le prix du Kaletra ® plus qu'il ne l'avait déjà fait. Mais il reste à voir si le Brésil va mettre à exécution sa menace d'annuler la licence pour le Kaletra, ou sa menace d'invalider tous les brevets sur les ARV.

Cela nous ramène aux ADPIC
Au coeur de ce débat - et des arguments brésiliens - se trouve l'accord sur les ADPIC, un accord de l'OMC qui, pour dire les choses en bref, permet aux pays, de passer outre les brevets au nom de la santé publique. Pour les défenseurs d'un accès aux traitements, il apparaît comme un outil essentiel dans le combat pour faire baisser les prix et rendre les ARV universellement accessibles, un objectif souligné également par l'OMS.
Prenant également la parole lors de la conférence, Jim Kim, le directeur du département VIH de l'OMS a déclaré que le coût des ARV est toujours trop élevé, bien au-dessus de la cible des 250 dollars par an de l'OMS, et il a appelé les pays à être " créatif et implacable pour faire baisser les prix des médicaments pour les rendre accessibles à tous. "
" L'OMS soutien depuis longtemps les droits des pays à utiliser toutes les flexibilités disponibles dans les accords commerciaux internationaux afin de protéger la santé de leur population. "
Kim n'a pas précisé comment l'OMS va aider les pays à utiliser les flexibilités de l'accord sur les ADPIC, mais les activistes pensent que les pressions des Etats unis et des grandes entreprises ont sérieusement diminué la volonté de la Chine, du Brésil et de l'Inde à émettre des licences obligatoires.
Ce qui n'est pas clair non plus, c'est quel pays va être soutenu par l'OMS, mais ceux qui sont familiers avec l'industrie ont conclu que la Chine est un candidat clé, a la fois parce qu'il est un grand producteur de matière première pour les ARV et parce qu'il est sous pression pour son moins que parfit respect de la propriété intellectuelle.
" Nous sommes très soucieux du risque d'un fossé en terme de production d'ARV " a déclaré Bernard Fabre-Teste, conseiller régional VIH de l'Oms. " L'OMS et l'ONUSIDA sont engagé pour aller plus loin dans les discussions avec la Chine pour évaluer sa capacité à entrer dans ce processus

HDN Key Correspondent Team
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