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[e-med] Est-ce que l'histoire se répète ?


  • From: "Carinne Bruneton" <remed@remed.org>
  • Date: Mon, 30 May 2005 17:04:53 +0200

EST-CE QUE L'HISTOIRE SE REPETE?

Le Programme National de MST/SIDA brésilien, qui est un point de réference pour
d'autres pays en developpement, affronte en ce moment un problème de
pérénisation à cause de l'augmentation progressive des dépenses dues aux
médicaments antiretroviraux (ARVs). 3 des 17 médicaments fournis par le
Programme " efavirenz, lopinavir/ritonavir et tenofovir " sont responsables
du 80% des dépenses du Ministère de Santé en ARVs. Et cela, parce que ces
médicaments sont brevetés et les compagnies multinationales " Abbot, Gilead
Science Incorporation et Merck " imposent les prix qu'ils croient
convenables. C'est pour cela que le gouvernement brésilien considère la
nécessite d'émettre une license obligatoire, c'est à dire, de < rompre les
brevets> de ces medicaments pour leur production locale.

Des groupes de négociateurs de l'industrie pharmaceutique des Etats-Unis
sont préoccupes par le fait que le Brésil puisse < rompre> ces brevets et,
pour cette raison, font pression sur les Bureaux de Commerce (USTR) pour
prendre des représailles, en disant que le Brésil est le champion de la
piraterie et veut développer une industrie de médicaments génériques. Ils
annoncent que le Brésil sera enlevé de leur Systeme Général de Préféerences
" système qui permet au Brésil d'exporter plusieurs produits vers le marché
ameéicain sans payer des impots douaniers " et qu'ils imposeront des
sanctions commerciales aux produits brésiliens. Cependant, il est nécessaire
d'éclaircir plusieurs points.

Le premier est que le Brésil n'agit pas contre les règles nationales et,
moins encore, contre les règles internationales. Au niveau national, la Loi
sur la Propriété Industrielle Nº 9.279/96, dans ses articles 68 à 74,
détermine la possibilité d'émission d'une license obligatoire en vue des
causes suivantes: la non utilisation du brevet, l'interet public, des
circonstances d'émergence nationale, la réparation de pratiques non
compétitives et dans le cas ou il existerait des patentes dependantes.

A niveau international, la license obligatoire est prévue aussi par
l'article 31 de l Accord TRIPS (Accord sur les Aspects de Propriete
Intelectuelle Relatifs au Commerce) de l'Organisation Mondiale de Commerce
(OMC) et réaffirmée dans la Déclaration Ministérielle de l'OMC sur le TRIPS
et la Santé Publique " connue comme Déclaration de Doha.

C'est ainsi que, dans le contexte actuel, le Bresil est appuyé par des
traités et des organismes supranationaux pour deéendre ses intérets en santé
publique " garantir le droit à la santé et, par consequent, le droit à
l'accès aux medicaments pour sa population, selon ce qui est défini par
l'article 196 de la Constitution Federale de 1988.

Il faut noter que les Etats-Unis et le Canada ont déjà utilisé la license
obligatoire pour le secteur pharmaceutique. Les Etats-Unis, par exemple, ont
émis des licenses obligatoires depuis plusieures décades comme manière de
réduire les prix des medicaments. Dans les années 60 et 70 son armée a
produit et utilisé la tétracicline et le méprobamate sans l'autorisation des
propriétaires de leurs brevets. En 2001, face à la menace du bioterrorisme,
les Etats-Unis ont pensé à emettre une license obligatoire pour le
médicament cipro (ciprofloxacine). Dans le cas du Canada, entre 1969 et
1983, il a accordé une moyenne annuelle de 20 licenses obligatoires de
médicaments. Cette pratique fut un important facteur pour le développement
d'une industrie nationale de médicaments génériques.

Le second fait est que la menace de représailles par les Etats-Unis contre
le Brésil n'est pas une nouveauté. L'histoire se répète. Pendant les annees
80, les Etats-Unis commencèrent à appliquer la sanction 301 de leur Loi de
Commerce (Trade Act) qui prévoit la possibilité de représailles contre les
pays qui adoptent des pratiques commerciales contraires aux droits légaux
internationaux des Etats-Unis. Le Brésil fut, en ce moment, l'une de leurs
cibles, parce qu'il ne reconnut pas les brevets pour le secteur
pharmaceutique. C'est ainsi que, en 1988, les Etats-Unis ont appliqué une
taxe de 100% ad valorem sur certains produits tels que papiers, produits
chimiques et électroniques. Selon l'industrie du papier, la plus frappée,
les pertes furent de US$250 millions (Tachmardi, 1993).

Même avec le soutien international, de la Convention de l'Union de Paris de
1863, à la non reconnaissance des brevet du secteur pharmaceutique, en 1991,
le président Fernando Collor envoya un projet de loi au Congrès National
pour réformer la législation de la propriété industrielle qui renfermait la
protection des brevets du secteur pharmaceutique.

Avec l'approbation de l'Accord TRIPS, en janvier 1995, tous les pays membres
de l'OMC durent incorporer dans leurs législations nationales des formes de
protection de la propriété intelectuelle, y comprise la protection des
produits et procédures pharmaceutiques. Selon l article 65 de cet Accord,
les pays en développement qui ne reconnaissaient pas les brevets pour ce
secteur disposaient d'une periode de transition jusqu à 2005 pour le faire.
Cependant, en vue de son histoire, la nouvelle législation sur la propriété
industrielle brésilienne fut publiée en 1996 et la reconnaissance des
brevets pharmaceutiques entra en vigueur en 1997. Il faut signaler que
l'Inde a utilisé toute cette période de transition et, avec le soutien de sa
politique industrielle, a produit plusieurs médicaments génériques moins
chers que ceux vendus par les compagnies multinationales, ce qui a rendu
possible l'acces aux medicaments pour les malades de SIDA de plusieurs pays
en développement.

En conclusion, je considère que l'histoire se répète mais le contexte est
différent. Nous avons un organisme supranational " l Organisation Mondiale
de Commerce " qui peut être mise en action pour que les Etats-Unis ne
lancent pas des menaces de représailles contre d'autres secteurs de
l'économie, au moment où le Brésil essaye de respecter les règles
internationales du commerce et, en même temps, garantir l'accès de sa
population aux médicaments qui sauvent des vies.

Il est regrettable que d'autres secteurs de l'industrie nationale puissent
être punis parce que le pays veut garantir un droit fondamental, le droit à
la sante. Il est regrettable que la recherche de l'accès aux medicaments
puisse menacer la possibilité de developpement économique du pays.

Rio de Janeiro, 16 mai 2005.

Gabriela Costa Chaves
Pharmaceutique, Assistante de Recherches du Noyau d Assistance
Pharmaceutique , Centre Collaborateur de l OPS/OMS en Politiques
Pharmaceutiques de l Ecole Nationale de Sante Publique Sergio Arouca,
Fondation Oswaldo Cruz


Ceci est un message de care@ews.unaids.org , le forum ou les membres du
Reseau Global de Soins echangent leurs experiences et des informations
relatives a leur travail. Le moderateur de cette liste en ligne est l Ecole
Nationale de la Sante Publique ENSP, Fondation Fiocruz, Rio de Janeiro. Il
est soutenu par le Secretariat de l ONUSIDA. Tous les messages de cette
liste en ligne n engagent que l auteur et n impliquent aucune prise de
position de la part de l institution pour laquelle il ou elle travaille sauf
dans le cas ou il est clairement indique ainsi. De meme, les contributions
ne refletent pas la position du Secretariat de l ONUSIDA ni celle de l ENSP.

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IS HISTORY REPEATING ITSELF?

The National STD/AIDS Programme, a reference for other developing countries,
is currently facing a problem of sustainability, following of the gradual
increase in expenditures on antiretrovirals (ARVs). Three of the 17 drugs
supplied by the Programme â?" efavirenz, lopinavir/ritonavir and tenofovir -
account for 80% of expenditures incurred by the Health Ministry on ARVs. In
fact, since these drugs are patented, the multinational companies - Abbot,
Gilead Science Incorporation and Merck - impose prices they deem
appropriate, which explains why the Brazilian Government decided to issue a
compulsory licence to < abolish patents> on these drugs so that they could
be produced locally.

Groups of negotiators from the US pharmaceutical industry are concerned by
the fact Brazil s decision to < abolish> patents and are pressurizing the
Office of the US Trade Representative (USTR) to take retaliatory measures,
alleging Brazil is the champion of piracy and intends to develop an industry
for generic drugs. They declared that Brazil will be removed from their
General Preferences System â?" which Brazil to export several products to
the American market without paying customs duties â?" and that they will
also impose trade sanctions on Brazilian products. However, several points
must be clarified.

First of all, Brazil is not violating national rules, still less,
international rules. At the national level, articles 68 â?" 74 of the
Industrial Property Law Nº 9.279/96 make provision for issuing a compulsory
licence for the following reasons: non-utilization of patents, public
interest, national emergency circumstances, compensation for non-competitive
practices and in the case where dependent patents exist.

At the international level, provision is made for compulsory licence in
article 31 of the TRIPS Agreement (Agreement on Trade Related Aspects of
Intellectual Property Rights) of the World Trade Agreement (WTO) and
reaffirmed in the WTO Ministerial Declaration on TRIPS and Public Health â?"
known as the Doha Declaration.

That is why, in the present situation, Brazil backed by treaties and
supra-national organizations in defending its public health interests â?"
guaranteeing the right to health and, consequently, the right of access to
drugs for its population, as defined in article 196 of the 1988 Federal
Constitution.

It should be noted that the United States and Canada have already used the
compulsory licence for the pharmaceutical sector. The United States, for
example, have, for several decades, issued compulsory licences as a means of
forcing down drug prices. In the 60s and 70s, the US Army produced and used
tetracicline and meprobamate without authorization from the patent holders.
In 2001, in the face of the threat of bio-terrorism, the US considered
issuing a compulsory licence for ciprofloxacine. In the case of Canada,
between 1969 and 1983, it granted an average of 20 compulsory licences per
annum for drugs. This practice was a key factor in the development of a
national industry for generic drugs.

Secondly, the US threat of taking retaliatory measures against Brazil is
nothing new. History is repeating itself. During the 1980s, the United
States started applying sanction 301 of their Trade Act, which provides for
retaliation against countries adopting trade practices that are contrary to
US legal international rights. Brazil was, at the time, one of their
targets, as it recognized patents for the pharmaceutical sector. Indeed, in
1988, the United States imposed a 100% ad valorem tax on products like
paper, chemical and electronic products. According to the paper industry,
the most seriously affected, the losses were estimated at US$250 million
(Tachmardi, 1993).

Even with international support of the 1863 Convention of the Paris Union,
for non-recognition of patents for the pharmaceutical sector in 1991,
President Fernando Collor sent a bill to the National Congress on amendment
of the legislation on industrial property that contained the protection of
patents of the pharmaceutical sector.

With the approval of the TRIPS Agreement, in January 1995, all WTO
member-countries had to incorporate in their national legislations some
forms of protection of intellectual property, including the protection of
pharmaceutical products and procedures. According to article 65 of this
Agreement, developing countries that do not accept patents for this sector
were given up to 2005 to do so. However, the new legislation on Brazilian
intellectual property was published in 1996 and the recognition of
pharmaceutical patents entered into force in 1997. It should be pointed out
that India, backed by its industrial policy, took advantage of the
transitional period to produce several generic drugs, which are cheaper than
those sold by multinational companies, thus facilitating access to drugs for
AIDS patients in several developing countries.

In conclusion, I feel that history is repeating itself, but in a different
context. We have a supranational organization â?" the World Trade
Organization â?" which can be solicited to prevent the US from taking
retaliatory measures against other sectors of the economy, at a time when
Brazil is trying to comply with international trade regulations while, at
the same time, guaranteeing access of its population to life-saving drugs.

It is regrettable that other sectors of the national industry may be
penalized because the country wants to defend a fundamental right - the
right to health. It is unfortunate that the search for access to drugs can
threaten the country s chances for economic development.

Rio de Janeiro, 16 May 2005.

Gabriela Costa Chaves
Pharmaceutical, Research Assistant of the Pharmaceutical Assistance Unit,
OPS/WHO Collaborating Centre in Pharmaceutical Policies,
Sergio Arouca National School of Public Health, Oswaldo Cruz Foundation.