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[e-med] Médicaments illicites : tolérance zéro
- From: "Carinne Bruneton" <remed.75013@wanadoo.fr>
- Date: Fri, 27 May 2005 11:51:13 +0200
Mali : Médicaments illicites : tolérance zéro
l'Essor n°15444 du - 2005-05-03 08:00:00
http://www.essor.gov.ml/sem/cgi-bin/view_article.pl?id=9572
Il était environ 15h30 sous un soleil de plomb, ce vendredi 29 avril,
lorsque le ministre de la Santé, Mme Maiga Zeïnab Mint Youba, accompagnée de
son homologue de l'Industrie et du Commerce, Choguel Kokalla Maiga, sont
arrivés dans la zone aéroportuaire de Sénou, sur le site de destruction des
médicaments illicites et de stupéfiants saisis au niveau des cordons
douaniers.
C'est un gros stock qui va partir en fumée : 1886 cartons de médicaments (ne
répondant pas aux normes d'importation de produits pharmaceutiques et
interdits pour la plupart dans notre pays) et de stupéfiants (des briquettes
de chanvre indien), interceptés ces quatre derniers mois par
l'administration douanière. Les contrebandiers appréhendés venaient du Bénin
et de Guinée.
La volonté des pouvoirs publics de s'opposer à l'entrée en fraude des
médicaments est consacrée par un décret de février 2002 créant la Commission
nationale de lutte contre la vente illicite des médicaments.
Les médicaments illicites ont envahi le marché à une période où l'État, à
travers le département de la Santé, ne disposait pas d'une politique de
santé intégrant un mécanisme d'approvisionnement correct du pays en
médicament. Le phénomène persiste alors que notre pays possède un schéma
directeur d'approvisionnement et de distribution des médicaments.
Les spécialistes relèvent que les médicaments illicites sont généralement
des produits de mauvaise qualité. Ils sont, de surcroît, importés et stockés
dans des conditions violant les normes de la pratique pharmaceutique. Ces
produits se retrouvent souvent à l'origine d'intoxication ou d'accidents
mortels.
Mme Zeïnab Mint Youba rappellera à ce propos la nécessité de barrer la route
aux médicaments illicites voire d'empêcher la vente illicite de médicaments
licites. L'opération de destruction illustre la répression de la vente des
médicaments prohibés, indiquera-t-elle en saluant les efforts déployés par
la Douane et la Commission nationale de lutte contre les médicaments.
Son homologue de l'Industrie et du Commerce situera la saisie dans le cadre
de la lutte contre la fraude et le commerce déloyal. C'est un acte de portée
politique et pédagogique que viennent de réaliser les services de la Douane
car c'est une façon de restaurer l'autorité de l'État, jugera Choguel Maiga
Le ministre de la Santé boutera ensuite symboliquement le feu à
l'amoncellement de cartons de médicaments et de drogue. Les flammes
réduiront en cendres "l'objet du délit" sous le regard des photographes et
d'un cameraman de l'ORTM employés à immortaliser cette purification par le
feu.
B. DOUMBIA
**************
Médecine amère au Bénin
Le problème des "pharmaciens des rues" décortiqué par le magazine
Continental
http://www.afrik.com/article8255.html
mardi 5 avril 2005
Dans les gares routières, en bordure des routes, au marché central, sur la
place publique, dans les transports interurbains des villes africaines, des
tradi-praticiens et autres vendeurs de produits pharmaceutiques proposent
des traitements à base de tout et de rien pour soigner toutes les maladies
de l'être humain. (...) Ces « docteurs de rues » improvisés (...)
prescrivent des produits sans papiers, dont eux seuls ont le secret des
origines. Les médicaments sont vendus, sans notice, dans des boîtes
quelconques, parfois sans emballage, exposés à la poussière, illicites,
contrefaits, sans date de péremption (...) Malgré la bataille rangée menée
par les autorités publiques contre la vente de ces médicaments d'origine
douteuse, le phénomène persiste...
De notre partenaire Continental
On les trouve sur les étals des marchés, au coin des rues, sur la tête de
vendeuses ambulantes, parcourant les maisons des quartiers de villes et de
villages. Ils guérissent toutes sortes de maladies : la fatigue, les maux de
tête, de ventre, de dents, les courbatures, le paludisme, la fièvre, la
grippe, la toux, le rhume, etc. Une liste qui n'est pas exhaustive. « C'est
tout près, c'est pas cher, allez à la pharmacie et vous l'achèterez cinq
fois le prix du marché. » « Les chances de guérison sont élevées, rapides,
sans consultation et sans ordonnance... » Les vendeurs et les consommateurs
ne tarissent pas d'éloges sur ces médicaments sans prescription d'un médecin
assermenté. « Curieusement, ils ont le don de soulager, on ne sait par
quelle magie, mais c'est le cas », s'étonne un médecin biologiste. Une étude
menée dans dix localités béninoises dénombre près de 6 000 vendeurs de
médicaments (surtout des femmes), dont près de 1 500 opèrent sur les
marchés, 3 500 pratiquent le commerce ambulant, tous encourageant l'automédication.
Médicaments trop chers
Selon la Direction nationale de la protection sanitaire (DNPS), 85 % des
Béninois s'approvisionnement au marché parallèle. Malgré les efforts
déployés pour déconseiller l'utilisation de ces médicaments, médecins et
associations n'arrivent pas à freiner le phénomène. La population est
consciente du danger qu'ils présentent, mais n'a pas les moyens d'acheter
les médicaments en pharmacie. Pharmaciens, délégués médicaux et législateurs
essayent, vaille que vaille, de trouver une solution pour endiguer ce fait
de société. Tous s'accordent pour interdire ce commerce aux
non-professionnels, mais leurs intérêts divergent.
« Nos prix sont élevés certes, mais nous garantissons la qualité et le
conditionnement : les médicaments sont en sécurité chez nous. Les gens nous
accusent de ne pas accepter de jouer le jeu de la concurrence. C'est vrai,
mais c'est leur vie qui est en danger », explique Prosper, pharmacien à
Guinkomey. « Il suffit d'aller faire un tour au centre hospitalier et
universitaire Hubert K. Maga de Cotonou pour s'en convaincre. Chaque jour,
au moins dix personnes viennent en consultation pour insuffisance rénale,
dont une, au moins, en meurt quotidiennement. Ces insuffisances sont dues
probablement à la prise de médicaments vendus sur les marchés. Le nombre de
malades augmente chaque jour. » Les intoxications médicamenteuses peuvent
conduire à des insuffisances rénales et hépatiques et à des chocs
imprévisibles (crises cardiaques, collapsus, etc.).
De mal en pire
Ces chiffres, sous-évalués, ne prennent pas en compte les décès survenus
dans les hôpitaux et autres centres de soins de l'intérieur du pays.
Cependant, ils sont suffisamment inquiétants pour alerter les autorités
sanitaires nationales, qui ont pris des mesures radicales pour tenter d'enrayer
le trafic illicite de médicaments. Plusieurs fois déjà, la Direction des
pharmacies et laboratoires (DPHL) a procédé à la saisie de plusieurs tonnes
de médicaments sur le marché de Dantokpa et les a brûlés. Cette opération
coup de poing, réalisée de concert avec l'armée, la police et la
gendarmerie, a causé d'importants remous au sein de la population et des
vendeurs de ces produits prohibés.
Les autorités sanitaires ont également lancé une campagne de sensibilisation
tous azimuts pour expliquer, aux populations, les dangers des médicaments en
général et des médicaments illicites en particulier. « Un médicament
sous-dosé est un poison qui entraîne une résistance des germes et fragilise
l'organisme pour la vie. Un médicament mal conservé devient toxique, tandis
qu'un médicament bien dosé est toujours efficace, lorsqu'il est bien
prescrit, bien pris et bien conservé », explique Céline Seignon
Kandissounon, ministre de la Santé publique, avant de poursuivre : « Il faut
savoir que le médicament effectue un circuit dans l'organisme humain et peut
être responsable de nombreux ravages et dégâts, s'il est mal maîtrisé. » L'une
des conséquences les plus graves est le blocage des reins, qui conduit à l'insuffisance
rénale et l'hémodialyse « sinon, le foie se trouve bloqué et c'est la mort,
car rien ne remplace cet organe », ajoute la ministre. Au CNHU de Cotonou,
une séance d'hémodialyse est évaluée à 50 000 FCFA, à raison de trois
séances par semaine, cela revient à 150 000 FCFA en moyenne dans un pays où
le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est à moins de 25 000
FCFA. Le service des urgences est préoccupé par cette situation, car l'unité
d'hémodialyse est dépourvue de moyens techniques et de personnels qualifiés
pour prendre en charge tous les cas.
Pression sur les ventes
Si ce commerce de faux médicaments perdure, c'est grâce à un vide juridique,
à l'absence de politique et de stratégie spécifiques dans la lutte pour l'accessibilité
aux médicaments. Certains accusent même les douanes de laisser les
frontières devenir des « passoires » pour toutes sortes de marchandises
prohibées. L'autre problème est qu'il n'existe presque pas de pharmacies
dans les villages, les communes et même certaines villes du Bénin. Les
médicaments vendus en pharmacie coûtent excessivement chers. L'absence de
laboratoire de contrôle de qualité des médicaments renforce la
méconnaissance et la méfiance des populations et surtout de certains agents
de santé vis-à-vis des médicaments génériques. Plus inquiétant : la
participation active de certains agents du corps médical à la vente illicite
des médicaments ou d'échantillons, notamment des sages-femmes, des
infirmières et des filles de salle opérant dans les maternités et les
centres de santé. Ces « agents-vendeurs », qui n'hésitent pas à proposer ou
même imposer leurs médicaments aux patients, sont légion. « Vous résistez à
l'achat d'une seringue ou d'un médicament qu'on vous propose et vous êtes
négligée... », confie Eléonore A. avec une grossesse presque à terme.
Les génériques sont gérés par la Centrale d'achat des médicaments et
consommables médicaux (CAME), qui en assure la commande et la distribution
aux centres de santé des secteurs publics et privés. En dehors des saisies
de médicaments, les autorités sanitaires ont initié, en collaboration avec l'OMS
(Organisation mondiale de la santé), une série de séances d'information et
de formation, destinées aux leaders de communautés des grandes villes, sur
les dangers des médicaments et leur vente illicite. Des documentaires et des
films vidéo, qui montrent l'existence effective des médicaments génériques
dans les pharmacies, sont réalisés et diffusés sur les radios et
télévisions. De leur côté, les pharmaciens ont été sensibilisés sur les
dispositions à prendre pour enrayer la vente illicite.
Aline A. Assankpon
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