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[e-med] La trahison des élites
- From: "Régis Samba-Kounzi" <rkounzi@no-log.org>
- Date: Sat, 14 May 2005 00:59:27 +0200
[En 2004, Raoul Marc Jennar a publié chez Fayard un ouvrage intitulé " Europe: la trahison des élites". Pascal Lamy selon toute probabilité va être le nouveau directeur de l'OMS. Son prédécesseur thaïlandais a été nommé à la tête du PNUD]
La trahison des élites de Raoul Marc Jeannar
Qui est Pascal Lamy?
On ne risque guère de se tromper en observant que l'actuel commissaire
européen en charge du commerce international est probablement une des
plus brillantes machines intellectuelles de l'institution. Une remarquable
puissance de travail et une maîtrise parfaite des dossiers en font un négociateur redoutable. Mais c'est aussi un homme qui possède un aplomb
peu commun pour dire, avec un cynisme absolu, la chose qui n'est pas. La
social-démocratie française a trouvé en lui le parfait Janus pour faire
triompher le libéralisme intégral. D'oû vient ce personnage aussi puissant
que méconnu?
Il est né en 1947 dans la banlieue parisienne, à Levallois-Perret, de
parents pharmaciens et catholiques. Il milite pendant dix ans à la Jeunesse
étudiante chrétienne lorsqu'il fréquente le lycée Carnot à Paris. Il fait
des études aux Hautes Etudes commerciales, à l'Institut d'études politiques
et à l'Ecole nationale d'administration. Il entame sa vie professionnelle à
l'Inspection générale des finances et passe ensuite à la Direction du trésor
(1975-1981).
Lors de l'arrivée des socialistes au pouvoir en 1981, il devient directeur
adjoint du cabinet de Jacques Delors, ministre de l'Economie et des
Finances, qui rassemble autour de lui des catholiques ayant adhéré au
PS. En 1983, lorsque Delors réussit à convaincre les socialistes de pratiquer les traditionnelles recettes libérales de gestion de l'économie, Pascal Lamy est envoyé au cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy pour piloter ce "tournant de la rigueur" et veiller à ce que ce ralliement des
socialistes aux thèses li!bérales ne connaisse aucune altération.
1985 : Jacques Delors devient président de la Commission européenne : il
choisit Pascal Lamy comme directeur de cabinet et comme "sherpa"( chargé de
préparer les réunions du G7). Il le restera pendant les 3 mandats de Delors.
Durant toute cette période, Lamy siège au comité directeur du PS.
Privilégiant comme son patron, l'Europe économique et monétaire, il va appuyer les démarches de ce dernier afin de réduire les initiatives de
la Commission européenne en matière d'environnement, sujet d'irritation
grandissante pour le patronat européen.
Lorsque Delors quitte la présidence de la Commission européenne, en 1994,
Lamy entre au comité de direction du Crédit Lyonnais. Il en devient cinq ans
plus tard le directeur général et prépare la privatisation de la banque
et les licenciements massifs qui l'acompagnent. Désigné par le syndicat CGT
comme "celui qui a organisé la casse sociale", on le surnomme "le para", "la
brute" ou encore "l'Exocet." C'est pendant cette péridoe qu'il préside
la commission "prospective" du CNPF, le futur MEDEF. Ce qu'on sait trop
peu, c'est qu'il fait partie des conseillers de la branche européenne de la
Rand Corporation, le principal Think Tank (réservoir à penser) du complexe
militaro-industriel américain. Il est également membre du conseil d'administration d'un autre Think Tank basé à Washington : l'Overseas
Development Council. Enfin, il est membre du bureau et trésorier de la
branche française de Trasparency International, une association qui,
officiellement, oeuvre en faveur de la transparence des institutions
publiques et qui en fait véhicule les thèses de l'Etat minimum. Elle
sert très souvent de paravent à des opérations des services de renseignement
américains. On voit où se situent les sympathies de cette personnalité
du PS français.
En 1999, il est proposé par Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Economie
et des Finances, et Lionel Jospin, Premier ministre, pour siéger au sein de
la Commission européenne où il succède à Leon Brittan à la tête du commerce
international. Défini par son maître, Jacques Delors, comme un "moine-soldat", le commissaire européen Pascal Lamy met son savoir et son
intelligence, en bon social-libéral, au service d'une vision marchande
de la société qui, et ce n'est pas le moindre des paradoxes, contribue à la
destruction du modèle européen.
Il inaugure son mandat de manière spectaculaire en proposant de lever l'interdiction d'importer en Europe des semences génétiquement
modifiées en provenance des Etats-Unis. Peu après son entrée en fonction, il déclare devant l'assemblée du TransAtlantic Business Dialogue (TABD) un des plus puissants lobbies d'affaires :
La nouvelle Commission soutiendra (les propositions du TABD) de la même
manière que la précédente. Nous ferons ce que nous avons à faire d'autant
plus facilement que, de votre côté, vous nous indiquerez vos priorités
(...) Je crois que le monde des affaires doit aussi parler franchement et
convaincre que la libéralisation du commerce et en général la globalisation
sont de bonnes choses pour nos peuples.
Le 8 juin 2000, à New York, il déclare à l'US Council for International
Business : "Nous avons besoin du soutien du Monde des affaires au système de
l'OMC pour davantage de libéralisation."
Comment faire confiance à un homme qui ose répéter aujourd'hui, que l'éducation, la santé, la culture ne sont pas menacées par l'AGCS, cet
accord de l'OMC qui entend libéraliser tous les secteurs de tous les
services?
A Strasbourg, le 6 octobre 1999, il déclarait :
L'OMC doit élargir ses attributions pour englober des questions de société
telles que l'environnement, la culture, la santé et la nourriture, qui,
à l'instar de la concurrence et de l'investissement, ne peuvent plus être
tenues à l'écart du commerce.
Et quand il se trouve à la table des négociations, celui qui en principe est
porteur du message proclamé d'humanisme, de solidarité et de générosité
de l'Europe se comporte comme le plus implacable, le plus agressif et le
plus arrogant des négociateurs. Quand on entend les témoignages de
délégations de pays du Sud à ces réunions, on n'a plus le moindre doute sur la réalité de son double langage et sur son adhésion au libéralisme le plus
dogmatique.
En 2002 il publie un livre intitulé l'Europe en première ligne, dans lequel
il s'efforce de montrer que face à la globalisation, l'Europe n'est pas
une partie du problème, mais bien une partie de la solution. Et qu'elle
s'emploie à maîtriser cette mondialisation néolibérale. Ce qu'on appelle
dans la préface, "un florilège d'histoires vraies" est au contraire, une
succession d'affirmations purement idéologiques et de demi-vérités,
quand il ne s'agit pas tout simplement de contre-vérités. Le livre de Pascal Lamy est un instrument de propagande en faveur de cette Union européenne "QUI NE FAIT PAS CE QU'ELLE DIT".
Après la conférence ministérielle de Cancun, à Londres, dans The Guardian, George Monbiot, très célébre journaliste d'investigation qui est aussi professeur invité à l'université d'Oxford, et qui ne partage
pas la complaisance de ses confrères français, écrivait : "S'il y avait
un prix Nobel de l'hypocrisie, cette année il serait décerné à Pascal
Lamy'.
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Communiqué : une très mauvaise nouvelle pour les peuples. Pascal Lamy,
membre du Parti socialiste français, va accéder à la direction générale
de l’Organisation Mondiale du Commerce.
Après avoir été, en France, un de ceux qui mirent en oeuvre le
« tournant de la rigueur » en 1983, il est devenu directeur de cabinet
de Jacques Delors quand celui-ci, à la tête de la Commission
européenne, instillait des doses de plus en plus massives de réformes
néolibérales avec l’Acte unique, puis le traité de Maastricht.
Ce proche de Strauss-Khan et de Jospin, membre du comité directeur du
PS de 1985 à 1999, a été pendant 5 ans un des conseillers en Europe du
principal think tank du complexe militaro-industriel américain, la Rand
Corporation ; il a été aussi le président de la commission
« prospective » du patronat français.
Après un passage à la tête du Crédit Lyonnais où il organise sa
privatisation avec la casse sociale qui l’accompagne, il devient membre
de la Commission européenne en charge du commerce, c’est-à-dire
négociateur unique de l’Union européenne à l’OMC et pour toutes les
négociations commerciales de l’UE.. Il manifeste une agressivité
néolibérale digne de son prédécesseur, le thatchérien Léon Britan.
C’est lui qui formule les propositions les plus avancées pour une mise
en œuvre de la libéralisation des services (AGCS). C’est lui qui tente
d’imposer aux 148 pays de l’OMC le contenu de l’Accord Multilatéral sur
l’Investissement, rebaptisé " matières de Singapour". Son obstination
et son arrogance sont à l’origine de l’échec cuisant subi sur ce
dossier par l’Union européenne à Cancun en 2003.
Cette personnalité du PS est célèbre pour avoir déclaré : « le
libre-échange est une bonne chose, même quand il provoque des
licenciements, pourvu que cela se fasse selon certaines règles.» Depuis
la fin de la Commission Prodi, il a été candidat partout où on peut
imposer les dogmes néolibéraux : à la présidence de la Commission
européenne, puis au FMI et à l’OMC. Il était appuyé par l’Union
européenne et par les Etats-Unis après que les Européens aient soutenu
la candidature du néo-conservateur Wolfowitz à la tête de la Banque
Mondiale.
Il y a quelques jours, assuré de son élection comme directeur général,
il aurait déclaré, en aparté, à Genève, « si la Constitution européenne
est adoptée, je n’aurai pas de problème à l’OMC avec les Européens.»
Raoul Marc JENNAR
chercheur URFIG/OXFAM
www.urfig.org
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