[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]
[e-med] Penser et prescrire en DCI (La revue Prescrire)
- From: "Carinne Bruneton" <remed@remed.org>
- Date: Tue, 3 May 2005 11:36:13 +0200
La revue Prescrire 1er mai 2005
Rev Prescrire 2005 ; 25 (261) : 321.
Penser et prescrire en DCI
Une clé incontournable pour le bon usage des médicaments
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDciPenser.php
Penser en DCI, c'est indispensable pour détecter les similitudes voire les
copies conformes, pour prévenir les effets indésirables liés aux
interactions médicamenteuses, et tout simplement pour savoir vraiment ce que
l'on prescrit, conseille, dispense.
Penser en DCI conduit à s'intéresser à la composition des médicaments, à
faire des recoupements, à exercer avec plus de cohérence, plus de prudence,
plus de savoir-faire.
En abordant les médicaments par leurs compositions en DCI, on en vient à se
poser naturellement la question de l'adéquation des médicaments que l'on
utilise tous les jours : y compris en ce qui concerne les formes galéniques,
les dosages, les conditionnements, la facilité d'utilisation, la clarté des
notices.
La DCI en tête, on trie facilement, on compare, on choisit. On aide les
patients à s'y retrouver.
On pense et on agit ainsi en professionnel, en soignant apte à rendre le
meilleur service de soins possible. Un service réfléchi, étayé, précis, en
toute indépendance.
On analyse aussi plus facilement les multiples facettes des médicaments :
agents thérapeutiques utiles, parfois moins utiles, voire néfastes ;
produits industriels plus ou moins rentables ; parfois essentiellement
supports de bluffs promotionnels.
Chemin faisant, on découvre la part non directement thérapeutique des
médicaments : enjeux économiques, voire boursiers ; instruments de
politiques sanitaires collectives ; objets de contraintes administratives
plus ou moins compréhensibles, pas forcément cohérentes ni acceptables ;
voire sources de conflits entre professionnels.
Plus généralement, bons reflets de la société, les médicaments appellent
divers niveaux d'analyse. Chacun, firme, organisme d'assurance maladie,
responsable de l'État, gestionnaire de structure de soins, soignant, etc.,
porte ses contraintes et construit son approche. On peut, on doit, être
attentif à tous les aspects non thérapeutiques du problème, sans préjugé.
Mais sans jamais perdre de vue la priorité : les soins de qualité, la
meilleure balance bénéfices-risques possible pour le patient.
©La revue Prescrire 1er mai 2005
Rev Prescrire 2005 ; 25 (261) : 321.
****************************
Penser et prescrire en DCI : une bonne pratique professionnelle
Prescrire en dénomination commune internationale (DCI) rend aux
prescripteurs et aux pharmaciens leurs rôles respectifs dans le choix du
traitement et dans sa mise en ouvre.
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDciAvantages.php
Pour en savoir plus
Envisager la prescription en DCI, c'est l'occasion pour chacun de réfléchir
sur la connaissance réelle qu'il a des médicaments, et donc sur la formation
initiale et continue en pharmacologie et en thérapeutique. C'est aussi un
moyen d'améliorer les bonnes pratiques de prescription et de dispensation.
C'est encore mieux prendre en compte le patient, mieux partager la
connaissance avec lui, et respecter ses choix.
Pour bien connaître les médicaments
Il existe à ce jour, en France, dans la base de données de l'éditeur du
dictionnaire Vidal, environ 11 000 références correspondant à des codes
barres dits codes CIP, ce code représentant un nom de marque, sous une forme
pharmaceutique, un dosage et une présentation spécifiques. Le nombre de noms
de marque différents s'élève à environ 6 500. Si l'on recense les
dénominations communes internationales, on arrive à environ 1 700 DCI sur le
marché français (on peut y ajouter les substances chimiques ou naturelles,
ou les plantes, qui n'ont pas de DCI).
Il est clair qu'il y a statistiquement plus de possibilités d'erreurs et de
confusions avec 6 500 noms de marque qu'avec 1 700 DCI.
Attention aux outils de formation. Dès la formation initiale des
professionnels de santé, l'enseignement se fait encore souvent en France en
noms de marque, que ce soit à travers les cours, les polycopiés, les livres
ou les médias électroniques. La formation continue utilise, elle aussi,
couramment les noms de marque plus que les DCI. Congrès, conférences,
ateliers, brochures, gazettes professionnelles, sites internet, etc.
véhiculent principalement des noms commerciaux.
Ce sont là les conséquences routinières du financement omniprésent des
firmes pharmaceutiques qui, logiquement, attendent en retour que les noms de
marque soient inscrits préférentiellement sur les ordonnances. Au résultat,
les professionnels de santé, ne connaissent pas toujours la composition des
médicaments qu'ils utilisent.
L'usage de la DCI facilite l'usage des sources d'informations indépendantes.
Raisonner en DCI pousse à bien connaître les médicaments que l'on prescrit
ou que l'on dispense. Cela évite, par exemple, de prescrire par inadvertance
des substances associées qui se cachent derrière un nom de marque. Cela
évite aussi des erreurs lorsque des spécialités changent de composition sans
changer de nom de marque, ou l'inverse, ou encore lorsque sous un même nom
de marque se décline une gamme de spécialités aux compositions différentes.
Raisonner en DCI permet en outre de se dégager des campagnes promotionnelles
des firmes pharmaceutiques. En rejetant les outils de formation rédigés en
noms de marque, et en leur préférant une information qui permette de bien
comparer les médicaments sur la base d'un raisonnement en DCI, les
prescripteurs, les pharmaciens et les autres professionnels de santé peuvent
acquérir une connaissance plus solide des stratégies existantes.
Dans toutes les sources d'information thérapeutique fiables et comparatives,
qu'il s'agisse de guides thérapeutiques, de recommandations, d'essais
cliniques, de méta-analyses, et ce quel que soit leur pays d'origine, les
substances sont désignées d'abord (et souvent uniquement) par leur DCI. Un
professionnel de santé qui ne connaîtrait pas les médicaments par leur DCI
ne pourrait pas sérieusement maintenir à jour ses connaissances.
Il faut pratiquer cet esperanto utile pour profiter des données actualisées
et non biaisées.
Pour une répartition efficace des tâches entre prescripteurs et pharmaciens
Il revient au pharmacien de vérifier l'adéquation des prescriptions (absence
d'erreur, posologie, interactions avec des traitements concomitants, etc.),
puis d'expliquer ou de réexpliquer aux patients les modalités de prise, les
précautions d'emploi, afin d'aider chacun à intégrer le traitement dans ses
conditions de vie et de travail, etc. (article R. 5015-48 du CSP).
Mais des éléments d'information sont nécessaires. C'est au prescripteur de
les faire figurer sur l'ordonnance :
- à propos du patient examiné : son nom et son sexe (ce n'est pas toujours
le malade qui viendra à la pharmacie), son âge et souvent son poids (en
particulier pour les enfants, les patients très maigres ou obèses), voire sa
surface corporelle dans certains cas ;
- à propos du médicament choisi : réalisée en DCI, la prescription fait
apparaître clairement et simplement, pour le pharmacien, les autres
soignants et le patient, avec quel(s) médicament(s) le traitement va avoir
lieu. L'ordonnance peut comporter une mention expliquant que le médecin
laisse au pharmacien et au patient le soin de choisir ensemble une
spécialité adaptée. Dans un pays encore habitué aux prescriptions en noms de
marque, la démarche peut être pédagogique.
Si la prescription est réalisée en nom de marque pour une raison
médicalement justifiable, et si la dispensation d'une autre marque n'est pas
souhaitable, le prescripteur doit ajouter la mention "non substituable". Le
pharmacien doit alors dispenser la spécialité prescrite (article R. 5143-11
du CSP), sauf si le pharmacien décèle dans l'ordonnance une erreur ou une
incohérence mettant en jeu " l'intérêt de la santé du patient " (article R.
5015-60 du CSP).
- à propos de la dose administrée et de la durée du traitement : une fois la
substance active choisie, le prescripteur peut se concentrer sur la forme
pharmaceutique et la posologie (la dose unitaire, le nombre de prises
quotidiennes, le moment de ces prises, ainsi que la durée du traitement).
Et c'est tout ! Il serait regrettable que le prescripteur se disperse à
rechercher quel est le nombre de gouttes par flacon de telle ou telle
spécialité, ou si telle spécialité existe en boîtes de 28 ou 30 comprimés,
alors qu'il n'a ni le temps, ni toujours les bons outils pour le faire. Le
pharmacien, lui, a toutes les données techniques sous la main pour assurer
la dispensation des quantités nécessaires et suffisantes.
Prescrire en DCI conduit le prescripteur à concentrer son attention sur
la(ou les) substance(s) qu'il veut prescrire, sur les bénéfices attendus et
les effets indésirables potentiels, sur les doses administrées et la durée
de traitement.
Le pharmacien peut ensuite choisir la spécialité, en l'adaptant au
traitement envisagé et à la situation du patient, expliciter les modalités
d'utilisation, et s'assurer de leur bonne compréhension.
Dans tous les cas où elle est possible, la prescription en DCI permet au
pharmacien de limiter le nombre de spécialités similaires qu'il stocke, à
l'officine ou à l'hôpital. Il peut ainsi disposer de stocks suffisants pour
chaque substance, et éviter de faire attendre ou revenir les patients. C'est
une des raisons pratiques qui figurent dans le guide thérapeutique
britannique ("British National Formulary").
Pour un langage commun, en ville et à l'hôpital, et pour la sécurité à
l'étranger
À l'heure actuelle, au sein des hôpitaux français, beaucoup de prescriptions
se font soit en DCI, soit en noms de marque. In fine, le patient hospitalisé
reçoit un médicament à nom de marque (parfois différent de celui qui a été
prescrit) ou, plus rarement, une préparation hospitalière. L'infirmière qui
vient administrer les médicaments les appelle parfois encore par d'autres
noms de marque (par habitude ancienne ou parce qu'elle utilise un certain
nom de marque sur un autre lieu de travail).
Le même patient, revenu à son domicile, se voit en général prescrire le même
traitement, le plus souvent sous un nom de marque (parfois différent de
celui reçu à l'hôpital), et le médicament qu'il reçoit du pharmacien
d'officine peut encore porter un autre nom de marque (en raison du droit de
substitution).
Tel parent ou tel ami de ce patient prend le même médicament, mais sous un
autre nom de marque, ou un médicament très différent sous un nom de marque
qui ressemble. Dans l'armoire à pharmacie familiale, il n'est pas rare que
plusieurs boîtes contiennent la même substance sous des noms de marque
différents.
Si tout au long de la chaîne de soins un seul et même nom, la DCI, était
utilisé pour désigner le médicament, cela faciliterait la compréhension et
la communication entre les professionnels, mais aussi les échanges avec les
patients (pour peu que cette DCI soit " facilement lisible, clairement
compréhensible " sur les emballages des spécialités, comme l'exige l'article
R. 5143 du CSP).
En cas de voyage à l'étranger (situation de plus en plus fréquente pour les
citoyens de tous pays), il est important que les patients connaissent la DCI
de leurs médicaments (afin notamment de pouvoir, au besoin, s'en procurer
sans difficulté). C'est une des évidences qui ont conduit à la mise en place
du programme des DCI de l'OMS.
Pour améliorer la communication soignants-patients
L'objectif du prescripteur est d'être compris, non seulement par le
pharmacien et les autres soignants, mais surtout par le patient.
L'ordonnance est le document sur lequel il peut faire figurer tous ses
conseils sur les modalités d'administration du traitement, sur les mesures
d'accompagnement, voire les événements à surveiller en cours de traitement,
etc.
S'il fait en sorte, notamment grâce à la DCI, d'être moins préoccupé par les
noms de marque ou les prix des spécialités, le prescripteur pourra
véritablement commenter sa prescription avec le patient.
Document de communication, l'ordonnance claire et intelligente n'est ni un
simple bon de commande conforme au règlement, ni un banal outil comptable
pour l'assurance maladie.
Rappeler ces principes de base est utile, car à force de se focaliser sur
une réglementation de plus en plus complexe, d'agir en prestataire de
service manipulé par les firmes pharmaceutiques ou l'assurance maladie, de
consacrer du temps à la technique informatique, et d'accepter comme guides
thérapeutiques des slogans publicitaires, on en vient à oublier le patient.
La prescription en DCI peut être l'occasion de partager avec le patient les
raisons de la prescription et les éléments nécessaires au suivi du
traitement. Submergé par de multiples informations de qualité très variable,
le patient aimerait souvent mieux comprendre les traitements qui lui sont
prescrits et dispensés, par un médecin et un pharmacien dégagés des
influences industrielles.
Il est facile de dire à tous les patients demandeurs d'information quelle
est la DCI de la substance avec laquelle ils sont traités. Ils peuvent ainsi
la repérer dans d'autres spécialités (de prescription, de conseil ou
d'automédication), et éviter des prises concomitantes, inutiles voire
dangereuses.
Les patients les plus curieux peuvent s'intéresser aux suffixes qui
permettent de reconnaître telle ou telle famille de médicaments par leur
DCI. Ils ne se contentent plus d'un nom de marque, qui ne transmet qu'un
message insuffisant.
Une information claire des patients qui la souhaitent est aussi une marque
de respect.
© La revue Prescrire 15 août 2002
**************************
La DCI : un langage commun, intelligible et international La dénomination
commune internationale (DCI) des médicaments a été conçue il y a une
cinquantaine d'années, sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé,
pour servir de langage commun à l'ensemble des professionnels de santé et
des patients dans le monde entier.
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDciLangageCommun.php
Pour en savoir plus
Nous n'évoquons pas ici les dénominations communes nationales, telles que
dénomination commune française (DCF) ou British Approved Name (BAN) ou
United States Adopted Name (USAN), car elles tendent à disparaître au profit
de la DCI. Ainsi, la directive européenne 92/27/EEC a recommandé l'usage des
DCI pour l'ensemble des pays de l'Union européenne.
Une mission de l'OMS
L'élaboration de nombreuses substances pharmaceutiques au début du vingtième
siècle a rapidement fait naître des difficultés de compréhension et des
confusions de tous ordres, au sein des pays et à l'échelon international.
Dès 1945, une première tentative de coordination a eu lieu entre les
programmes de nomenclature des États-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni, des
pays nordiques et de la France. Sur la base d'une résolution de l'Assemblée
mondiale de la santé de 1950, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a
été chargée de mettre en place un programme des DCI dès 1953.
Les demandes de DCI sont soumises à l'OMS par les commissions nationales de
nomenclature, quand elles existent, ou par les fabricants de substances
pharmaceutiques eux-mêmes. Elles sont accompagnées d'informations précises
sur la nature chimique de la substance, son activité pharmacologique et son
domaine d'utilisation.
Un code précis d'élaboration
Le Groupe d'experts OMS sur la Pharmacopée internationale et les
préparations pharmaceutiques prend en compte le projet de DCI du demandeur,
puis propose une DCI qui doit :
-être bien reconnaissable, qu'elle soit écrite ou prononcée ;
-ne pas être trop longue ;
-ne pas être susceptible d'entraîner une confusion avec d'autres noms
couramment utilisés ;
-comporter un segment-clé (suffixe, préfixe ou segment intermédiaire) commun
à toutes les substances du même groupe (groupe homogène par son activité
pharmacologique, voire sa structure chimique) ;
-être utilisable sans difficulté dans le plus de langues possibles : les
lettres "h" et "k", les "æ" et "o" sont évitées ; la lettre "f" est employée
au lieu de "ph" ; etc.
La DCI proposée est publiée dans le bulletin WHO Drug Information, et
pendant 4 mois, toute personne peut formuler des remarques ou des
objections.
Les principales objections portent en pratique sur les risques de confusion
avec des noms de marque d'une autre substance, parfois concurrente.
Les risques de confusion entre DCI sont également pris en compte, même s'ils
ont statistiquement beaucoup moins de risque de survenir qu'entre noms de
marque.
Celles-ci sont prises en compte, et lorsqu'il n'y a plus d'objection, la DCI
devient une DCI recommandée (rec. INN en anglais, pour recommended
International Nonproprietary Name), et fait l'objet d'une publication
définitive.
Une liste récapitulative des DCI proposées et des DCI recommandées est
publiée régulièrement.
Un processus toujours d'actualité
Selon l'unité de l'OMS chargée des DCI, le travail de sélection est devenu
ces dernières années plus complexe du fait des multiples modes d'action
pharmacologique et spécificités revendiqués par les firmes pharmaceutiques.
De nouveaux concepts ont également été adoptés pour dé-
nommer les substances produites par biotechniques.
Quelles que soient les critiques émises sur les défauts de telle ou telle
DCI, ou sur le choix de tel ou tel segment-clé, le système international mis
en place continue à jouer son rôle : permettre d'identifier les nombreuses
substances pharmaceutiques existant dans le monde, à l'aide d'un langage
commun et invariable.
© La revue Prescrire 15 août 2002
****************************
Les limites de la prescription en DCI
Prescrire en dénomination commune internationale (DCI) rend aux
prescripteurs et aux pharmaciens leurs rôles respectifs dans le choix du
traitement et dans sa mise en ouvre. C'est l'occasion pour le prescripteur
de s'intéresser à l'essentiel de sa tâche, le diagnostic et la stratégie
thérapeutique, et de concentrer son attention sur les bonnes pratiques de
prescription. Mais dans certains cas, prescrire en DCI peut avoir plus
d'inconvénients que d'avantages.
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDciLimites.php
Distinguer traitements ponctuels et traitements au long cours
On peut distinguer deux types de situations : la prescription des
traitements ponctuels et la prescription des traitements au long cours, pour
des affections chroniques ou récidivantes. La distinction est bien sûr
schématique : tout dépend du patient, de sa proximité avec le prescripteur
et avec le pharmacien, de sa manière d'aborder les traitements, etc. Mais
elle permet de clarifier la réflexion.
Traitement ponctuel : domaine de prédilection de la prescription en DCI.
Lorsqu'un patient a besoin d'un traitement ponctuel, de durée relativement
courte, pour traiter par exemple une infection aiguë, ou une douleur aiguë
liée à un traumatisme, l'essentiel tient dans le choix de la substance
active et de la posologie. On ne risque pas alors de perturber les habitudes
thérapeutiques du patient, ni de modifier des taux plasmatiques
antérieurement stabilisés. On se trouve ici dans le domaine de prédilection
de la prescription en DCI. Elle peut permettre au patient de bien comprendre
comment il a été traité, et d'identifier la substance en d'autres occasions
de sa vie, ou de celle de ses proches.
Traitement de longue durée. Lorsqu'il s'agit d'instaurer un traitement de
longue durée, on se retrouve dans la situation décrite ci-dessus : le
patient n'a encore jamais pris le médicament. On peut, comme pour un
traitement ponctuel, choisir une forme adaptée, vérifier l'absence de risque
connu lié à un excipient, écarter tout obstacle psychologique, et prescrire
en DCI. Cela peut être souhaitable pour que le patient connaisse bien son
traitement, en particulier s'il se déplace et est amené à demander une
nouvelle dispensation dans d'autres pays.
Lors du premier renouvellement du traitement, la prescription est à
reconduire si le médicament a été bien supporté et a eu l'efficacité
attendue. Elle peut, là encore, se faire en DCI, mais divers arguments
pharmacocinétiques, psychologiques ou pratiques peuvent nécessiter de
prescrire plutôt, sous son nom de marque, la spécialité déjà prise par le
patient, ou de dispenser cette spécialité et pas une autre, même si
l'ordonnance est rédigée en DCI.
Prendre en compte les excipients à effet néfaste potentiel
Chaque soignant connaît des patients (enfants ou adultes) que gênent
certains arômes ou odeurs. Pour aider alors à la bonne acceptation du
traitement, le prescripteur ou le pharmacien peut facilement exclure les
spécialités en contenant.
Formes pharmaceutiques. D'autres patients apprécient, pour des raisons
personnelles, culturelles, religieuses ou autres, des formes pharmaceutiques
plus que d'autres : sèches plutôt que buvables, crèmes plutôt que solutions
topiques, formes non alcoolisées, ou sans gélatine d'origine animale, etc.
D'autres encore peuvent être contrariés par le conditionnement d'un
médicament : flacon de collyre difficile à ouvrir, pipette doseuse peu
explicite, etc.
Prescripteurs et pharmaciens doivent tenir compte de tous ces éléments, tout
en vérifiant que la forme préférée n'expose pas à des risques inutiles :
risques liés à une injection intramusculaire plutôt qu'à une prise orale par
exemple.
Excipients. Mises à part ces questions pratiques ou de "confort", certains
patients doivent éviter des excipients tels que saccharose, alcool
éthylique, sodium, potassium, par exemple (s'il y a contre-indications ou
risques d'interactions) ; ou encore certains conservateurs tels que dérivés
mercuriels ou ammoniums quaternaires en ophtalmologie, sulfites par voie
injectable, lanoline en application sur la peau, par exemple (quand le
patient a une allergie connue).
Dans ces différents cas, la DCI ne suffit pas forcément à définir
correctement le médicament adapté, exempt de tel ou tel inconvénient. Il
faut être plus précis. Et le plus simple peut consister alors à choisir
précisément une spécialité pharmaceutique qui ne présente pas ces
inconvénients.
Prendre en compte les facteurs psychologiques
La prescription en DCI peut éclairer la plupart des patients ; ou même
renforcer leur confiance dans un médicament mieux connu, et dans les
professionnels qui prescrivent et dispensent ce médicament. Elle peut
cependant en inquiéter d'autres, même lors de traitements ponctuels.
Le nom de marque d'une spécialité déjà utilisée avec satisfaction par un
parent peut avoir un effet favorable et faciliter l'adhésion au traitement.
À l'inverse, les critiques de l'entourage sur tel autre nom de marque
peuvent être à l'origine d'une méfiance néfaste. Quand ces réticences
s'avèrent insurmontables, il peut être préférable pour le prescripteur de
désigner une spécialité précise, ou pour le pharmacien de choisir, à partir
d'une prescription en DCI, le nom de marque qui est bien accepté par le
patient.
La non-bioéquivalence fait parfois courir un risque clinique
Les définitions de la bioéquivalence de deux médicaments diffèrent en partie
selon les sources, mais se rejoignent sur l'essentiel. Ainsi, en France, le
Code de la santé publique (article R. 5143-9) appelle bioéquivalence : «
l'équivalence des biodisponibilités », et biodisponibilité : « la vitesse et
l'intensité de l'absorption dans l'organisme à partir d'une forme
pharmaceutique, du principe actif ou de sa fraction thérapeutique destinée à
devenir disponible au niveau des sites d'action ».
Pour la Cour de justice des communautés européennes, « deux médicaments sont
bioéquivalents s'il s'agit de produits pharmaceutiques équivalents ou
alternatifs et si leur biodisponibilité (degré et vitesse) après
administration, dans la même dose molaire, est à tel point similaire que
leurs effets, tant du point de vue de leur efficacité que de leur sécurité,
sont essentiellement les mêmes ».
La stricte bioéquivalence est rarement indispensable pour assurer la bonne
continuité d'un traitement. Mais, dans certaines situations, elle doit être
recherchée afin d'éviter un risque de surdosage (avec effets indésirables
éventuels), ou de sous-dosage (avec inefficacité éventuelle). C'est le cas
des médicaments à marge thérapeutique étroite et/ou chez certains patients à
risque particulier.
Même si les publications d'incidents liés à l'absence de bioéquivalence et
ayant eu un impact clinique tangible sont rares, les recommandations en
vigueur dans de nombreux pays convergent : soit éviter de changer de
spécialité pour ces médicaments et chez ces patients ; soit accompagner le
changement d'une surveillance accrue et d'une information du patient sur les
risques encourus.
Certaines formes pharmaceutiques et voies d'administration ne permettent pas
facilement de démontrer une bioéquivalence par les méthodes classiques.
C'est notamment le cas lorsque les concentrations plasmatiques atteintes
sont faibles (avec des formes pour application locale ou des
aérosols-doseurs par exemple). Le changement de spécialité n'est de ce fait
pas recommandé avec ces formes.
C'est également le cas avec toutes celles qui impliquent un apprentissage
spécifique d'utilisation (par exemple les dispositifs inhalateurs), qu'il
serait regrettable d'imposer de façon réitérée aux patients, et qui peut
s'avérer source d'erreurs.
Une modification de l'aspect du médicament risque de troubler le patient
Les détracteurs de la prescription en DCI citent souvent les personnes âgées
ou atteintes d'affections psychiatriques comme exemples de patients chez
lesquels tout changement de spécialité est risqué. Il est possible en effet
de perturber une personne non avertie, psychologiquement fragile ou atteinte
de troubles de la mémoire ou de l'attention, en changeant ne serait-ce que
la couleur des comprimés.
Cependant, il revient toujours aux prescripteurs, aux pharmaciens et aux
autres soignants de porter leur attention sur le niveau d'information de ces
personnes, en tâchant de l'élever, et sur la manière dont elles utilisent
leurs médicaments.
Même si la prescription n'est pas en DCI mais en nom de marque, il faut
expliquer, surveiller et préparer aux changements de conditionnement, de
couleur, de forme, de sécabilité, etc. qui surviennent de temps à autre, y
compris pour une même spécialité.
Ces changements ne sont pas toujours clairement et largement annoncés par
les firmes pharmaceutiques, et requièrent beaucoup d'attention, notamment
lors de la dispensation.
Prendre en compte le choix du patient
Il est normal qu'à partir d'une prescription en DCI (ou en nom de marque),
le patient lui-même puisse demander à choisir parmi différentes spécialités
contenant la même substance, à la même dose, et pour la même voie
d'administration, en exprimant ainsi sa préférence en matière de forme,
d'arôme, de prix, etc.
C'est par exemple le cas pour les antalgiques courants (une personne peut
ainsi préférer une certaine forme orale de paracétamol), ou pour des
antibiotiques prescrits de façon itérative (des parents peuvent préférer
certaines présentations d'amoxicilline pour leurs enfants, car ils en
connaissent bien le dispositif de mesure des doses à type de pipette ou de
cuillère). Il arrive également que des patients demandent des spécialités
dont ils savent le coût moins élevé.
Tous les risques pharmacothérapeutiques cités précédemment étant pris en
compte, il n'y a pas de raison de rejeter de telles demandes. Elles peuvent
poser au pharmacien des problèmes de stockage de diverses spécialités
similaires, alors que la prescription en DCI permet en général de réduire
les stocks. Un dialogue avec le patient aide alors à trouver des compromis
raisonnables.
© La revue Prescrire 15 août 2002
|