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[e-med] Une pilule bien amère... à la Banque Mondiale !


  • From: "Carinne Bruneton" <remed@remed.org>
  • Date: Thu, 31 Mar 2005 10:40:42 +0200

Banque mondiale, L'Europe résignée
Les Européens ont approuvé la nomination de Paul Wolfowitz à la tête de
l'institution. Et attendent une compensation.
Par Julie MAJERCZAK et Pascal RICHE

jeudi 31 mars 2005 (Liberation - 06:00)
à Bruxelles, à Washington
http://www.liberation.com/page.php?Article=286227

Lorsqu'une pilule est amère, il ne faut pas l'avaler, ou alors le plus vite
possible, pour grimacer moins longtemps. Les Européens, qui ont donné hier
leur bénédiction au choix de Paul Wolfowitz, actuel numéro 2 du Pentagone,
pour la présidence de la Banque mondiale, ont choisi la seconde option.
Après avoir rendu une visite de politesse à l'UE, hier à Bruxelles,
l'idéologue néoconservateur, architecte de la guerre en Irak, devrait être
confirmé sans problème par le conseil d'administration de la Banque, qui se
réunit aujourd'hui.
Les Européens attendent en retour un peu de considération : «Nous devons
nous assurer que les Européens seront mieux représentés à la direction
générale de la Banque», a déclaré hier le président en exercice de l'Union,
le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Au nom des
Vingt-Cinq, il a également insisté sur la nécessité de fonder le travail de
la Banque sur les «objectifs du millénaire», un programme qui ambitionne de
réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici à 2015.
Devant les gouverneurs européens de la Banque mondiale (principalement les
ministres européens du Développement ou des Finances), Wolfowitz a assuré
qu'il consulterait fréquemment l'Europe, dont il a loué les efforts pour
l'aide au développement. Mais il ne s'est engagé à rien. Il a seulement
annoncé qu'il comptait s'entourer d'une équipe «véritablement
multinationale». «J'ai l'intention de rechercher les meilleurs talents
partout dans le monde. Il y a de grands talents ici en Europe», a-t-il
déclaré.
Actuellement, la Banque ne compte qu'un seul directeur général (contre
quatre au début de l'ère de James Wolfensohn, le président sortant), le
Chinois Shengman Zhang. Ce dernier, un bureaucrate très efficace, «fait
tourner concrètement la machine», et devrait continuer à seconder le nouveau
président : «Wolfowitz va reconstituer une équipe, composée de trois
directeurs généraux, assure un initié. Le Chinois représentera les pays
émergents. A ses côtés, il y aura un Européen et probablement un Africain.
Les Américains auraient voulu que le Moyen-Orient soit représenté, alors on
peut imaginer que le troisième directeur vienne d'un pays d'Afrique du
Nord.»
Dans les coulisses, les Européens réfléchissent déjà à des candidats
possibles. En France, les noms de Jean-Pierre Jouyet (président du Club de
Paris, chargé de réduire les dettes) ou de Jean-Pierre Landau (qui a écrit
le rapport commandé par Chirac sur l'idée d'une taxe internationale pour le
développement) ont été proposés. «Le problème français, c'est l'excès de
talents», grince avec ironie un diplomate, qui juge prématuré d'avancer des
noms. Les Français lorgnent déjà sur deux postes de premier rang dans les
institutions internationales : celui de directeur général de l'Organisation
mondiale du commerce, pour le Français Pascal Lamy, ou à défaut celui du
haut-commissariat aux réfugiés, pour Bernard Kouchner.

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La banque des pays en développement
Par Vittorio de FILIPPIS

jeudi 31 mars 2005 (Liberation - 06:00)

http://www.liberation.com/page.php?Article=286229

Soeur «jumelle» du Fonds monétaire international, la Banque mondiale, dont le siège est à Washington, constitue le second pilier de l'architecture financière internationale mise en place en 1944 lors de la conférence de Bretton Woods. Ses interventions, à l'origine conduites pour la reconstruction de l'Europe d'après-guerre, sont dirigées aujourd'hui vers l'ensemble des pays en développement. Les conceptions fortement libérales de la Banque sont tempérées vers la fin des années 90 lors de la direction de James Wolfensohn qui réoriente les priorités vers l'appui au «capital social». La banque s'engage alors dans de nouvelles missions : projets de développement rural, éducation, eau, santé, lutte contre le sida... En 1997, elle participe à l'initiative de réduction de la dette des pays les plus pauvres. En 2004, la banque a prêté 20 milliards de dollars, dont 9 à des taux d'intérêt extrêmement bas. Ses ressources proviennent des pays développés et d'emprunts sur les marchés internationaux des capitaux. Les Etats-Unis (17 %) sont l'actionnaire majoritaire de la Banque mondiale et ont à ce titre la majorité des votes au sein du conseil d'administration.

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Alex Wilks, spécialiste des institutions financières internationales :
«Wolfowitz est un libéral pur et dur»
http://www.liberation.com/page.php?Article=286228

Par Christian LOSSON

jeudi 31 mars 2005 (Liberation - 06:00)

Ex-animateur de «Bretton Woods Project» (1), un think tank de veille des institutions financières internationales, le Britannique Alex Wilks coordonne aujourd'hui Eurodad, réseau d'ONG basé à Bruxelles spécialisé sur la dette et le développement (2). Fin critique de la Banque mondiale (BM), il anime également un site Internet (3) dédié à la succession controversée de James Wolfensohn à la tête de la «banque du développement».

Pourquoi vous opposez-vous à la nomination annoncée de Paul Wolfowitz à la tête d'une institution que vous critiquez par ailleurs ?

Parce que l'arrivée du secrétaire adjoint à la Défense, architecte de la nouvelle politique étrangère américaine et théoricien de la guerre préventive, ne va faire qu'amplifier des tendances de fond déjà dramatiques. Quelle assurance a-t-on que Wolfowitz, une fois les rênes en main ­ et passé les gages donnés ­, ne voudra pas, au nom de la guerre contre le terrorisme, rogner sur certains programmes sociaux, en favoriser d'autres plus en phase avec Washington, ou conditionner l'obtention de crédits à des «valeurs» contestables ?

Peut-être que la fonction changera l'homme ?

On peut toujours rêver de voir un faucon se transformer en colombe. La réalité, c'est que Wolfowitz n'a, à 61 ans, aucune expérience en matière de développement. Qu'il a des positions très tranchées sur des sujets qui ont beaucoup divisé. Même s'il se convertit par miracle à la lutte contre la pauvreté, il est l'image de l'hégémonisme de l'administration américaine. Au Pentagone, il s'est toujours fait l'apôtre de l'unilatéralisme, des changements par la force. Sur le plan économique, il plaide pour un libéralisme pur et dur, un laminage du rôle de l'Etat-providence. Au moment où la Banque mondiale a entamé des réformes sous la pression de la société civile, une telle nomination tient de la provocation.

Quels sont les changements à la BM après dix années de James Wolfensohn à sa tête ?

Il est arrivé au seuil d'une crise existentielle très forte de l'institution. Malmenée par la société civile, en crise de légitimité, et contestée y compris par des pays en développement, la Banque a alors commencé à bouger. Wolfensohn a été contraint de faire des concessions. Il a par exemple ouvertement critiqué le «consensus de Washington», les tables de loi des monétaristes qui ne jugent que par la privatisation, la libéralisation ou la rigueur budgétaire. Il a tenté de s'affranchir de l'influence très forte du Trésor américain et du FMI.

Ce «ministère de la parole» a-t-il provoqué des modifications concrètes ?

Certes, plus de 50 % de ce qu'il a préconisé n'ont pas été appliqués. Mais il faut reconnaître que Wolfensohn a été l'artisan d'une certaine décentralisation, d'une remise en cause des grands projets d'infrastructure, d'une ouverture et de dialogue avec les ONG. Il a aussi tenté de s'affranchir de la tutelle des pays riches. Dénonçant leur hypocrisie sur les subventions agricoles par exemple, sept fois plus importantes que leur aide publique au développement. Le retour de bâton s'annonce douloureux.

Comment expliquez-vous le silence des pays en développement et la passivité des Européens ?

Les grands pays du Sud ont peur de s'opposer à Bush. Sauf à courir le risque de voir des lignes de crédit amputées, des menaces de rétorsions commerciales. Et puis, ils savent qu'avec ce système féodal de nomination, la bataille est jouée. Quant aux Européens, ils sont comme d'habitude divisés, comme lors de la nomination du directeur général du Fonds monétaire international. 2005 devait être l'année du développement, avec un G8 dédié à sa cause en juillet, une assemblée générale extraordinaire des Nations unies en septembre, une réunion de l'OMC en décembre. On peut être optimiste, mais aussi dire que tout cet élan est mal parti.

(1) www.brettonwoodsproject.org
(2) www.eurodad.org
(3) www.worldbankpresident.org