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[e-med] Verra-t-on la démission du producteur mondial de traitement anti SIDA ?
- From: "Infoaction" <mdc@no-log.org>
- Date: Wed, 23 Mar 2005 09:50:07 +0100
Verra-t-on la démission du producteur mondial de traitement anti SIDA ?
Paris, le 22 mars 2005
COMMUNIQUE DE PRESSE
INDE :
Verra-t-on la démission du producteur mondial de traitement anti SIDA ?
Inde, Brésil, Afrique du Sud. Trois prétendants à un siège permanent au
Conseil de sécurité des Nations Unies. Trois Etats gouvernés à gauche.
Trois pays qui, sous la pression notamment des Etats-Unis et des
multinationales pharmaceutiques, ne mettent pas pleinement au profit des
pays les plus pauvres leur potentiel de production de médicaments
génériques de qualité à bas prix. Il en va pourtant de la survie de
millions de personnes atteintes par le VIH/SIDA dans le monde.
Le 10 janvier 2000 déjà, lors d'une réunion spéciale du Conseil de
sécurité de l'ONU consacrée aux ravages de l'épidémie en Afrique, Kofi
Annan exhortait ses membres à faire de la lutte internationale contre le
sida une « priorité immédiate ». Depuis la conférence de l'UNGASS (United
Nations General Assembly Session on HIV/AIDS) en 2001, la lutte contre le
sida est l'une des principales attributions du Conseil de sécurité. La
création du Fonds Mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme,
portée par M. Koffi Annan, en est la réalisation la plus marquante. Les
réformes à venir des statuts du Conseil de sécurité auront donc un impact
majeur sur la lutte internationale contre le sida. En particulier, les
nouveaux candidats à un siège permanent au Conseil de sécurité devront
démontrer la pertinence de leurs politiques de lutte contre le sida,
notamment à l'échelle internationale. Ils devront démontrer qu'ils sont à
la hauteur des espoirs suscités par une première représentation dans cette
Haute Instance des intérêts des pays pauvres de la planète.
Parmi les candidats à un poste permanent, trois Etats prétendent jouer
aujourd'hui un rôle de leader dans la riposte mondiale à l'épidémie : le
Brésil, l'Afrique du Sud et l'Inde. Mais quelle est la réalité de leur
engagement international pour la lutte contre le sida et pour l'accès aux
traitements dans les pays à ressources limitées ?
Longtemps cité en exemple pour avoir garanti l'accès universel aux
traitements à ses patients en copiant, pour son marché intérieur, les
antirétroviraux de première génération, le Brésil peine à transférer son
modèle. L'industrie pharmaceutique publique brésilienne n'ose pas copier
les molécules les plus récentes et, surtout, rechigne à exporter ses
génériques. Le transfert de technologie vers des pays plus pauvres tarde à
se réaliser.
L'Afrique du Sud, elle, rattrape peu à peu l'énorme retard qu'a pris le
lancement de son programme de dispensation d'antirétroviraux. Soutenu
notamment par des financements américains dans le cadre du PEPFAR
(President's Emergency Plan For HIV/AIDS) du Président Bush, Pretoria
s'appuie quasiment exclusivement sur des antirétroviraux de marques, ou
des versions génériques produites par Aspen, une firme sud-africaine sous
contrôle des grands groupes pharmaceutiques internationaux. Ces «
vrais-faux » génériques, dont la qualité fait l'objet d'un contrôle de la
FDA américaine elle-même, sont en réalité disponibles à un coût bien plus
élevé que les génériques indiens. Au travers de cette politique
pharmaceutique, l'Afrique du sud, en définitive, coupe l'herbe sous le
pied à la concurrence des génériques indiens.
Il est vrai que depuis la fin des années 90, des entreprises
pharmaceutiques indiennes comme Cipla ou Ranbaxy ont pénétré les marchés
des pays pauvres et y ont fait chuter les prix des médicaments anti-VIH.
L'industrie indienne continue depuis à copier les médicaments les plus
récents comme les antiprotéases et a même innové en synthétisant en un
seul comprimé les trois molécules les plus prescrites en trithérapie de
première ligne. Mais le gouvernement indien a fait un pas en arrière. Il
vient de voter au Parlement un texte de loi visant à limiter la copie des
médicaments mis sur le marché après 1995. Malgré la pression
internationale, le texte voté aujourd'hui par le Parlement, et qui doit
être ratifié demain par le Sénat, comprend encore des amendements
dramatiques pour l'avenir de la santé dans le monde : Deux exemples: la
procédure dite de « licence obligatoire » qui permet au gouvernement
d'autoriser la copie d'un médicament breveté est toujours extrêmement
complexe et il n'y a aucun contrôle du niveau des royalties qui devront
être payées au détenteur du brevet, ce qui conduira a des litiges
interminables. En outre, les gens qui dépendent de médicaments a bas prix
devront attendre trois ans avant qu'un fabricant de générique puisse
seulement déposer une demande pour qu'on lui accorde le droit de produire
ce traitement de façon exceptionnelle. Pendant que les maladies des pays
riches accéderont aux nouveaux traitements des qu'ils auront prouve leur
efficacité, les gens des pays pauvres devront attendre des années.
Le gouvernement indien semble déterminé à adopter une politique des
brevets beaucoup plus restrictive que ce que lui impose l'OMC. Il faut
dire que le président Bush, via le PEPFAR, vient tout juste de lui
promettre une aide financière importante.
Le Parlement indien dominé par le Parti du Congrès, héritier du mouvement
des non-alignés de Nehru, peut encore infléchir le recul du gouvernement
de New Delhi. Et engager l'Inde à défendre avec indépendance et
enthousiasme, demain au Conseil de sécurité de l'ONU, l'accès des
populations les plus pauvres aux médicaments essentiels.
Contact presse Sidaction : Marie de Cénival 01 53 26 45 32 - 06 19 99 53 74
Francis Gionti 01 53 26 45 64
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