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[e-med] Les laboratoires dealent avec le corps médical les laboratoires dealent avec le corps médical
- From: "remed" <remed@remed.org>
- Date: Mon, 7 Mar 2005 11:37:58 +0100
[Est-ce le cas dans d'autre pays ? quelles mesures préconiser ? CB]
Coûts des médicaments en Côte d'Ivoire
Les laboratoires dealent avec le corps médical les laboratoires dealent avec
le corps médical
Fraternité Matin (Abidjan)
3 Mars 2005
Publié sur le web le 4 Mars 2005
Bakayoko Zeguela, Abidjan
http://fr.allafrica.com/stories/200503040541.html
Sans laboratoires pharmaceutiques, il n'y a pas de médicaments
pharmaceutiques. C'est l'évidence même. Mais là où il n'y a plus d'évidence,
c'est lorsque les laboratoires pharmaceutiques rédigent des ordonnances
toutes faites et que le corps médical les contresigne et les distribue.
Les faits se passent précisément à la PMI de Yopougon Attié ou Sicogi. Cette
formation sanitaire a en face d'elle la pharmacie "Les trois ponts".
En complicité avec les laboratoires, plusieurs établissements hospitaliers
prescrivent des médicaments chers à de pauvres patients.
Sans laboratoires pharmaceutiques, il n'y a pas de médicaments
pharmaceutiques. C'est l'évidence même. Mais là où il n'y a plus d'évidence,
c'est lorsque les laboratoires pharmaceutiques rédigent des ordonnances
toutes faites et que le corps médical les contresigne et les distribue.
Les faits se passent précisément à la PMI de Yopougon Attié ou Sicogi. Cette
formation sanitaire a en face d'elle la pharmacie "Les trois ponts". Pendant
plusieurs jours et chaque fois en fin de matinée, nous avons abordé des
femmes avec des ordonnances médicales en main. Des femmes soit qui sortent
de la PMI, soit qui sortent de la pharmacie. Cela pour vérifier des rumeurs
insistantes qui nous sont parvenues sur les prescriptions dans cette
formation sanitaire.
Les femmes avec qui nous avons eu à échanger avaient pour la plupart des
enfants qu'elles venaient de faire vacciner. Les ordonnances se justifiaient
ainsi pour la plupart par le fait que "la femme (la sage-femme) dit de
donner les médicaments à l'enfant pour ne pas que son corps chauffe à cause
de la piqûre". Mais quelles prescriptions pour juste protéger l'enfant d'une
fièvre ? En principe, on prescrit un paracétamol de 620 F, qu'on pourrait
diviser et écraser dans de l'eau à cause de la faiblesse du pouvoir d'achat
des patientes.
Cependant, c'est avec stupeur qu'on découvre que ce sont les médicaments de
spécialité les plus chers qui sont recommandés avec des ordonnances d'au
moins 4225 F. En plus, ce sont des ordonnances sur lesquelles la liste des
médicaments a été saisie. Quel personnel médical va-t-il prendre le temps de
dactylographier une ordonnance ? Par ailleurs, nous avons remarqué qu'en
fonction des jours, toutes les femmes avaient le même type d'ordonnances.
Des ordonnances sur lesquelles on ne prenait même pas la peine d'écrire le
nom de l'enfant. Mais les cachets, eux, ne manquaient pas.
C'est ainsi que nous avons pu constater que ces ordonnances étaient remises
pour la plupart par des sages-femmes et des infirmières. Des ordonnances
identiques, qui puent la consigne d'un délégué médical ou d'un laboratoire
pharmaceutique. En tout cas, des prescriptions qui sont liées à des
promotions outrancières de produits pharmaceutiques.
On a la nette impression qu'avec ces ordonnances, peu importe la personne à
qui on les remet. Et parce qu'elles sont analphabètes, les patientes sont
manipulées. L'anecdote suivante nous a été racontée sur les ordonnances à la
PMI de Yopougon : une dame qui a exprimé son désir à la pharmacie d'avoir
des médicaments à efficacité égale, mais beaucoup moins chers a été renvoyée
par la sage-femme qui lui avait remis l'ordonnance. "Elle ne voulait plus
bien me recevoir. Elle dit que si je n'achète pas ce qu'elle a prescrit,
elle n'est plus responsable de mes soins". Faut-il en rire ou en pleurer ?
La patiente qui avait un problème gynécologique a dû retourner les
médicaments, parce qu'effrayée.
Les ordonnances dont nous parlons ici, ont le chic d'aligner les produits
d'un même laboratoire, même si l'équivalent le moins cher existe ailleurs.
Comme si on était en cosmétique où on s'abonne à une gamme de produits.
A certains enfants dont nous avons abordé les mamans, il était fait des
prescriptions antipalustres qui mettent réellement à mal la politique de
santé publique visant à lutter contre cette maladie qui fait plus de ravage
chez les moins de cinq ans et chez les femmes enceintes. Nous avons pris le
soin de demander à ces mamans si leur enfant fait souvent le palu ou s'il
"chauffe souvent". Le constat est que ce sont les antipalustres de dernier
cri, et de dernier recours qui sont le plus prescrits. Des antipalustres
d'au moins 4000 F. Contre les antipalustres de premières intention. Comment
réduire alors le taux de résistance aux antipalustres qui semble être le
grand problème dans le traitement de cette affection ? Et souvent cet
antipalustre est accompagné de fortifiants, de paracétamol, de fer, etc,
tous à des prix élevés. C'est ainsi que nous avons vu des dames faire un
choix en pharmacie, alors qu'il leur a été expliqué que l'antipalustre va de
pair avec la prise du paracétamol. Mais comment honorer une ordonnance
complète si le produit le moins cher coûte 4000 F ? Et dire que souvent ce
sont des ordonnances pour des traitements présomptifs ou "en attendant des
examens de recherche de typhoïde ou autre". Si le patient doit honorer une
ordonnance de 11000F et qu'après les examens il s'avère qu'il ne souffre pas
de paludisme, il lui faut faire face à d'autres achats notamment des
antibiotiques, dont on lui prescrira encore les plus chers qui existent.
Sur le billard : Vous avez dit cadeaux?
Il se raconte des choses à la PMI de Yopougon-Sicogi. Des choses que vous
rapportent des patients, des vigiles, des filles et garçons de salle et même
des sages-femmes et infirmiers qui disent ne pas apprécier la pratique (vrai
ou faux ?), mais se disent impuissants. Il se raconte en effet qu'on a vu
des délégués remettre des pagnes aux sages femmes "les plus méritantes pour
loyaux services". Mais malheureusement au détriment de la santé de leurs
concitoyens. Les "plus méritants", c'est celles qui auront prescrit le plus
de médicaments de tel ou tel laboratoire pharmaceutique, celles qui auront
le plus grugé les pauvres malades en leur remettant des ordonnances pour
acheter des médicaments dont ils n'ont pas forcément besoin. Des médicaments
qu'ils n'avaient pas besoin d'acheter à des prix aussi élevés. Cadeaux quand
tu nous tiens !
Mais ces sages-femmes, infirmières ne se sentent pas plus coupables que
d'autres, puisque, disent-elles "on n'est pas les seules, les patrons, eux,
voyagent...". Les patients ne valent-ils pas mieux que des pagnes Wax ou des
voyages?
Les calendriers et autres agendas ne sont que du menu fretin. Les
prescriptions valent aujourd'hui beaucoup plus chères.Les ordonnances déjà
honorées seraient même présentées à l'argentier pour prouver effectivement
que les médicaments prescrits ont été achetés. Que c'est triste !
Certains responsables toujours prompts à mener la politique de l'autruche au
lieu de mener leurs propres enquêtes vont certainement minimiser la chose.
Ce serait un cas isolé. Mais que non! ouvrez les yeux ! A moins de ne pas
vouloir voir, ce qui se passe à la PMI de Yopougon n'est pas un cas isolé.
La pratique qui ne date pas d'aujourd'hui est plus exacerbée dans les
structures sanitaires qui ont en face d'elles ou à proximité une officine.
Pourquoi? Peut-être parce qu'on est plus sûr que le patient va acheter tout
de suite. Surtout que si on lui fait croire qu'il doit s'en procurer tout de
suite. Et l'analphabétisme aidant, cela marche souvent. En tout cas nous
avons beaucoup de preuves de patriotisme à donner. Oui, là aussi, c'est
faire preuve de patriotisme en ne rackettant pas ses patients au profit des
firmes pharmaceutiques. A bon entendeur , salut.
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