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[e-med] Sida : Le scandale est dans l?éprouvette et ailleurs?


  • From: "Jean-loup REY" <jean-loup.rey@esther.fr>
  • Date: Mon, 24 Jan 2005 15:39:41 +0100

La discussion sur cet essai (voir ci-dessous) est très importante mais le fait de passer sur France 2 n'est pas un argument pour ou contre. Cette émission était de mauvaise qualité : les experts qui intervenaient n'étaient pas compétents sur le sujet, le contenu était polémique et non scientifique, etc...

Il serait dramatique pour tout le monde que cet essai soit arrêté, on
peut revoir certains aspects concrets mais pas arrêter.
Sinon comment fera-t-on pour les essais à venir d'un vrai vaccin
prophylactique.

Pour de tels essais s'adresser à des populations à risque est une
nécessité il ne faut raconter que c'est un seul problème de coût.
Il faudrait quelques dizaines de milliers de volontaires (pas cobayes)
pour trouver des effets comment pourrait-on les suivre de façon
similaire comment pourrait-on éviter "trop" de perdus de vue etc..???

Le risque d'entraîner les volontaires vers des conduites à risque existe
pour tous ces essais, pas seulement chez des prostitués et cela commence
dès l'annonce médiatique.
C'est sur ce point qu'il faut être vigilants mais que les associations
qui prennent partie contre ces essais proposent des solutions ou leur
aide.

Quant à la critique concernant le traitement des IST, elle est
gravissime que n'aurait-on dit si ce volet n'avait pas été prévu??
C'est sûr que toutes aides apportées aux volontaires est aussi une
incitation à venir dans l'essai et à y rester. Quel comité d'éthique a
pu résoudre ce problème, au nord comme au sud?

Si on estime que tout essai financé par le laboratoire est un conflit
d'intérêt c'est rendre impossible la moitié des essais thérapeutiques.
De plus dans le cas présent ce n'est pas le laboratoire qui finance.

Pour finir la critique du comité camerounais pose la question de quoi
faire? L'essai Tenovofir au Cameroun a-t-il eu un avis d'une commission
des USA? C'est peut être le premier point à vérifier et à exiger. Car
tous les essais venant des pays industrialisés et réalisés dans des PED
doivent avoir un avis favorable des comités du pays initiateur et du
pays opérateur.


Dr Jean Loup REY
ESTHER
36 rue de Charenton
75012 Paris
01 53 17 51 59
jean-loup.rey@esther.fr

-----Message d'origine-----
De : Régis Samba-Kounzi [mailto:rkounzi@no-log.org]
Envoyé : mardi 18 janvier 2005 13:40
À : infoaction
Objet : [infoaction] Sida : Le scandale est dans l’éprouvette

Paru le 17 janvier 2005 dans  « La nouvelle Expression « » quotidien
Camerounais.
Valentin Siméon ZINGA

Sida : Le scandale est dans l’éprouvette

 Une recherche sur la prévention de la transmission du virus est
vivement contestée par des Ong  qui dénoncent le choix des prostituées
du Sud comme cobayes, le peu de cas fait à l’Ethique, aux risques, et à
la prise en charge des participantes. Le Cameroun fait partie des
quatre laboratoires  retenus par les promoteurs de cet essai.

 L’affaire est suffisamment sérieuse pour qu’elle mérite l’attention de
l’opinion au-delà des frontières camerounaises. Au point que la chaîne
publique de télévision française France 2 lui consacre une enquête dans
le cadre de l’émission « Complément d’enquête » programmée ce lundi en
deuxième partie de soirée, avant les deux rediffusions projetées par la
très francophone TV5 Afrique. L’histoire d’une recherche qui, au
travers d’un essai sur le sida, -en cours dans trois pays africains (
Cameroun, Nigeria, Ghana) et le Cambodge-, étale ses controverses, et
suscite les critiques les plus virulentes d’ Organisations non
gouvernementales , dont le Réseau Ethique Droits et Sida (Reds) au
Cameroun, et Act Up-Paris.

 1-   Les premiers espoirs  

 Les spécialistes situent au milieu des années 90, la réflexion née au
sein des laboratoires pharmaceutiques, autour de la question des
possibilités de prévention de l’infection à Vih. Gilead, un des
laboratoires parmi les plus en vue, n’échappe pas à cette tendance
générale. Il est de notoriété publique qu’un de ses produits, le
ténofovir, est crédité d’essais encourageants menés en laboratoire. Il
y a plus. En juillet 2003, au cours d’une conférence à Paris, les
résultats des essais menés chez le singe, confirment que la molécule
est porteuse d’espoirs dans ce domaine. D’où l’option de Gilead à
passer à l’étape d’essais chez l’être humain. Le principe alors retenu
est clair, qui s’articule autour d’un «  essai randomisé, ténofovir
contre placebo ». En clair, «  il s’agit de comparer les résultats de
deux groupes de deux groupes, l’un recevant effectivement la molécule,
l’autre prenant un comprimé ayant le même aspect mais ne contenant pas
de principe actif », selon les milieux avisés. Les perspectives
s’ouvraient ainsi pour une recherche dont on attendait visiblement
beaucoup. Les moyens allaient suivre. L’appui de décisif de la
Fondation Bill et Belinda Gates( Bbg) ne fut ni discret, ni dérisoire :
quelques 6,5 millions de dollars accordés à Familiy Health
International (Fhi) qui devait conduire le projet de recherche parmi
les prostituées de quatre pays du Sud, dont trois d’Afrique ( le
Cameroun, le Ghana, le Nigeria), et un d’Asie ( le Cambodge). Cette
option n’a pas manqué de soulever sa lot de critiques. «  Du fait de la
faible probabilité, en population générale, d’être exposé au Vih dans
un pays du Nord, il serait nécessaire d’inclure dans un tel essai un
très grand nombre de participants pour déboucher sur des résultats
significatifs. Un tel recrutement nécessitant des moyens financiers et
logistiques considérables ( que Gilead n’a pas souhaité mettre en
œuvre) il a été nécessaire de trouver un échantillon de population pour
servir de base à l’essai », explique-t-on toujours au sein des Ong. On
s’y veut d’ailleurs plus explicite. Le choix de ces pays «  permet de
recruter des personnes séronégatives appartenant à un groupe fortement
exposé à un risque de contamination par le vih du fait de leur
activité. Il est ainsi possible de réaliser un essai dont l’effectif
est bien plus réduit que si on l’avait mené en population générale et
qui permet de montrer une différence significative entre les deux bras
de l’essai ( Placebo et ténofovir, Ndlr) : plus simple, plus rapide et
moins coûteux ».

Premiers éléments d’un réquisitoire vieux de plus de six mois, qui se
fait plus précis dans le cas du Cameroun , et auquel le Family Health
International n’a pas encore réagi, du moins en l’état de notre
enquête.

 2… Le temps du désespoir

 D’une manière générale, les milieux associatifs restent sévères sur
les malentendus qui peuvent naître dans les esprits des prostituées. « 
Cet essai peut laisser penser aux personnes incluses, même s’il leur
est expliqué qu’un des deux bras est placebo, que le tenofovir peut les
protéger des risques de contamination, alors que cet effet
prophylactique n’est pas encore démontré », explique un activiste de
longue date. Qui ajoute : «  En choisissant , en raison des coûts
moindres , des prostitués pour mener cet essai, Gilead leur fait courir
un risque supplémentaire alors que, déjà, elles peinent à déployer des
stratégies de prévention du Vih/Sida efficaces »

Le Cameroun n’est pas à l’abri de ces réserves d’ordre général qui
concernent non pas le principe de la recherche, mais les conditions de
son déroulement. Les chiffres avancés par les milieux informés font
état d’un échantillon de 200 à 400 prostituées incluses dans l’essai
qui s’effectue en terre camerounaise depuis le mois de juin 2004, pour
un coût présumé de quelques 800 000 dollars. En plus des risques liés à
ces possibles incompréhensions, les modalités financières d’inclusion
des prostituées à l’essai présentent des allures d’un chantage, à en
croire les représentants de la société civile opposés à cette approche
de la recherche. «  L’essai tenofovir prévoit un suivi et un accès au
traitement pour les infections sexuellement transmissibles (Ist) des
participantes. On pourrait penser que ce dispositif a quelque chose de
généreux. En fait, cela n’est rien d’autre  qu’un moyen de fidéliser
les prostituées et de minimiser les risques de << perdues de vues>>. Il
se trouve par ailleurs que les examens de suivi sont nécessaires à la
validation scientifique de l’essai. De même le montant de défraiement
fixé à 2750 Fcfa relève d’un cynisme inouï. En effet, un rapide calcul
permet de comprendre que cette somme a été fixée d’une part pour payer
les frais de transports ( 500 F pour le taxi) et d’autre part pour
payer le manque à gagner des prostituées ( 2 250 F, soit l’équivalent
de deux passes, tarif plancher à Douala) », s’emporte un représentant
d’Ong.

Il n’est pas jusqu’à la prise en charge des participantes qui ne
préoccupe les adversaires des conditions de déroulement de l’essai.
D’une part, le personnel d’accompagnement des participantes est jugé
insuffisant. «  Aucun accès aux préservatifs féminins n’est prévu et
les moyens mis en œuvre pour accompagner les personnes sont dérisoires,
puisque seuls cinq travailleurs sociaux sont prévus pour cent
personnes », affirme un activiste qui connaît bien la situation du
Cameroun. D’autre part, «  l’accès aux traitements et aux soins n’est
pas prévu pour les personnes découvertes séropositives à l’entrée dans
l’essai ni pour celles devenues séropositives au cours de l’essai », le
même, qui aurait souhaité un engagement des promoteurs de l’essai à
prendre en charge les participantes à cet essai.

Se dessinent ainsi, en filigrane de ce réquisitoire contre l’essai
Tenofovir, les grandes lignes de ce qui est perçu par les Ong, comme un
conflit d’intérêt articulé autour d’une logique commerciale à visage
scientifique. L’Ethique contre le capital. Et le Cameroun apparaît
comme fragilisé par une absence de mécanismes rigoureux de
d’orientation des recherches biomédicales.

 
3- Le Cameroun face à ses responsabilités

 Beaucoup regrettent que le Cameroun n’ait pas été suffisamment vigilant
sur cette recherche à problèmes. Mais, personne ne le nie : l’essai
 tenovofir qui se déroule au Cameroun aura bénéficié d’un avis
favorable du Comité National d’Ethique. Reste que  beaucoup
s’interrogent toujours sur l’efficacité de cette structure créée en
1986, et que préside le Pr Lazare Kaptué à la tête d’une quarantaine de
membres dont une demi-dizaine répond effectivement aux sollicitations .
Elle a beau émettre des avis sur des projets de recherche qui lui sont
soumis, l’institution ne peut prétendre avoir donné son imprimatur à
toutes les recherches en cours au Cameroun. Les plus suspicieux y vont
même de leurs insinuations, traçant des parallèles entre l’indigence de
cette structure – qui, pendant longtemps n’ a reçu aucun financement au
point de ne tenir qu’à la générosité de son président- et une certaine
flexibilité  dans les accords marqués pour certains projets. Or,
beaucoup sont convaincus que le Cameroun gagnerait à renforcer son
dispositif légal institutionnel et légal pour s’assurer de l’intérêt
pour le pays des recherches qui s’y effectuent. Revient alors,
lancinante, une question apparemment sensible : à quand une loi sur la
recherche biomédicale au Cameroun ? A défaut d’un texte dont certains
annonçaient l ‘examen à l’Assemblée nationale il y a quelques temps, le
gouvernement a créé depuis août 2003, une Division de la recherche
opérationnelle qui devrait délivrer les autorisations administratives
aux projets de recherches ayant préalablement reçu une la caution du
Comité National d’Ethique. On est loin du dispositif de veille idéal
sur ces questions sensibles…Bien loin aussi de la fermeté des autorités
cambodgiennes qui, averties des critiques formulées à l’encontre de
l’essai tenofovir, avait déjà, dès le mois d’août 2004, mis fin à cette
recherche sur leur sol. Pas moins !