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[e-med] Lutte contre la vente illicite des médicaments : erreurs a éviter


  • From: "Ermus Musama" <ermuswin@yahoo.fr>
  • Date: Wed, 12 Jan 2005 14:58:41 +0100 (CET)

Lutte contre la vente illicite des médicaments : erreurs a éviter

Lors des premières journées pharmaceutiques(du 09 au 11 décembre 2005) de l?ordre national des Pharmaciens du Cameroun auxquelles j?ai participé sur invitation du Président de l?ordre et de quelques confrères pharmaciens, une idée avait été lancée durant le débat selon laquelle un projet serait financé par la banque mondiale dans le but d?encadrer les vendeurs illicites des médicaments (médicaments de gazon). J?ai donné mon point de vue à certains en disant qu?à Kinshasa, Ndelo et collaborateurs (Professeur NDELO est titulaire du cours de toxicologie générale, expérimentale et clinique aux Facultés de Kinshasa, Lubumbashi, Mbuji-Mayi et Kisantu) ont encadré les vendeurs illicites. Ils ont eu comme résultat l?aggravation du phénomène car ces gens se sont appelés carrément des pharmaciens et en conséquence se permettaient tout.

Une deuxième erreur fut ce projet piloté par le Pharmacien MBUYU MUTEBA, directeur du Programme national de lutte contre les Toxicomanies au ministère de la santé de la RDC(des Toxicologues, qui savent mieux le danger des médicaments). Ce projet devrait racheter les médicaments vendus dans la rue et re-orienter les vendeurs à d?autres occupations commerciales, à la vente d?autres articles. Ces vendeurs ont passé la main à d?autres , et ont continué à financer le marché illicite qui, par conséquent, s?est amplifié. Aux confrères camerounais, j?ai posé cette question : avez-vous une étude fouillée et documentée qui montre la nuisibilité des médicaments de la rue et surtout des morts d?homme ? On sait que telle personne est morte à la suite d?une prise d?un de ces médicaments ; n?est-ce pas un accident ? Avez-vous ?, avons-nous, de manière suivie et systématique, par des recherches au laboratoire, constaté le danger et la nuisibilité de ces médicaments ?

Au Mali, à Bamako, lors du Forum pharmaceutique du mois de juin 2005, je vous présenterai nos résultats d?une enquête menée auprès des familles endeuillées d?une part et dans les dossiers médicaux d?autres part où j?ai recherché combien de fois les médicaments sont incriminés. Dans aucun deuil j?ai vu le médicament être incriminé. Quand un médicament ne marche pas, on ne change pas le lieu d?achat, on ne recherche pas le conseil du spécialiste mais on change carrément de molécule, souvent sur le conseil de son médecin personnel.

J?ai aimé la discussion des pharmaciens camerounais qui ont fini par constaté que les bonnes spécialités (les mêmes que nous avons dans les officines) sont souvent détenus par ces vendeurs illicites, et que parfois les pharmaciens eux-mêmes allaient acheter (en urgence bien sûr, et je le souligne comme ils l?ont également souligné) des médicaments de la rue. Kinshasa connaît bien ce phénomène, ZAPAIN, un générique de Nimesulide avait connu une sérieuse rupture de stock chez l?importateur et les grossistes, le marché illicite était le seul à le fournir à tous.

Notre étude révèle qu?il n?y a pas de corrélation entre l?état de pauvreté ou encore le niveau d?instruction et le fait d?acheter des médicaments de la rue. J?explore d?autres facteurs (nous les discuterons à BAMAKO) comme les deux que je viens de citer ci-haut ou encore l?influence du Médecin personnel. Un professeur de la faculté de Pharmacie (je ne doute pas qu?il soit instruit ou capable d?acheter chez un pharmacien) cherchait le Diprosalic chez le pharmacien de la pharmacie basée à l?Université de Kinshasa?et comme il ne l?a pas trouvé, il s?est adressé à ceux qui pouvaient le lui donner : les vendeurs illicites. Je termine en disant que la dernière erreur à éviter est celle de faire cette lutte sans un vrai plan de combat (plan annuel, plan triennal, plan quinquennal) bien élaboré, soutenu et même testé. L?Unesco lutte contre la vente illicite des biens culturels, elle a des plans et des moyens et est soutenue par ceux qui ont le pouvoir, certains gouvernements luttent contre la vente illicite des hydrocarbures(nous connaissons les chiffres des morts d?hommes), ils ont plans et moyens. Dans ces 2 cas, il y a également le soutien d?une partie de la population. Notre lutte contre la vente illicite des médicaments n?a pas de vrai plan (j?ai été à DAKAR, à COTONOU, à YAOUNDE, et je suis maintenant à Kinshasa) ni des moyens conséquents. Et je crains que , sans le soutien du politique et des populations, cela devienne un folklore.



Ermus MUSAMA
Pharmacien
KINSHASA

Remerciements à Monsieur NGNINGAHA Augustin, de nationalité camerounaise, (Etudiant) Pharmacien stagiaire en dernière année, Faculté de Pharmacie à Université de Kinshasa, pour sa participation aux enquêtes.