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[e-med] (2)Un accord de l'OMC risque d'assécher la production de génériques antisida.


  • From: "Carinne Bruneton" <remed.75013@wanadoo.fr>
  • Date: Thu, 6 Jan 2005 15:16:08 +0100

[remerciements à C. Rambert pour la traduction de cet article publié sur
Ip-Health.CB]

Le 30 décembre 2004
De : Ram : prabhuram@gmail.com
Sujet: La nouvelle législation indienne sur les brevets va secouer
l'industrie du médicament

REUTERS

L'industrie indienne du médicament est entrée dans une ère nouvelle avec
l' arrivée de la législation qui reconnaît les brevets d'origine
étrangère, mettant un terme à trois décennies de copies sauvages qui
avaient permis l' accès des pauvres à des produits bon marché.

Par décret présidentiel, l'Inde réalise cette semaine son engagement
vis-à-vis de l'OMC de reconnaître les brevets étrangers à partir du 1er
janvier, l'aboutissement d'un processus engagé il y a dix ans. Le
changement prendra force de loi s'il est ratifié par le gouvernement
lors de sa prochaine session de février.

Depuis le début des années 7, l'Inde avait autorisé ses fabricants de
médicaments à copier des produits encore sous brevet à l'étranger, pour
autant que les processus de fabrication étaient différents.

Cette autorisation avait permis à quelques entreprises, comme Ranbaxy,
de devenir des concurrents mondiaux et de fabriquer des produits bon
marché pour les masses pauvres qui souvent en avaient le plus besoin.

Les multinationales comme GlaxoSmithKline Plc, Pfizer Inc, Novartis AG
et Aventis, qui avaient été forcées de regarder les entreprises
indiennes mordre dans leur gâteau, accueillent le nouvel environnement
avec prudence.

« C'est certainement une étape importante que de voir les brevets sur
les médicaments reconnus en Inde » a déclaré S. Ramkrishna, directeur
général, à Pfizer Inde. « On observe déjà un changement des mentalités
dans l'industrie en Inde tout autant que dans la perception de cette
industrie au niveau mondial ». « Cela va sûrement encourager les
multinationales à investir en Inde, si la loi passe et est exécutée » a
ajouté Ranjit Shahani, président du syndicat des entreprises
pharmaceutiques indiennes et PDG de Novartis Inde.

EXCLUSION DES ANCIENS BREVETS

La nouvelle législation ne concerne pas les brevets datant d'avant 1995.
Ainsi Cipla peut continuer la commercialisation de son best seller, sa
version de l'AZT pour lutter contre le SIDA. De plus il est fort
probable que les copies des médicaments brevetés depuis 1995 jusqu'à
l'introduction de cette loi, ne seront pas retirées du marché.

Parallèlement on ne s'attend pas à voir les entreprises étrangères
inonder le marché indien avec les produits qu'elles avaient gardés à
l'écart jusqu'à maintenant. La plupart sont encore en train d'étudier la
réalité pure et dure de la loi proposée et elles craignent que les
questions sur ce qui est, ou n'est pas, brevetable, ne trouvent leurs
réponses que devant les tribunaux.

« On ne s'attend pas à un changement profond dans la dynamique du marché
après l'introduction de cette législation » a annoncé un porte parole
de GlaxoSmithKline Pharmaceuticals Ltd

Malgré tout, les multinationales pharmaceutiques voient le marché indien
comme très lucratif.

« On peut facilement penser qu'il y a entre 70 et 80 millions de
personnes qui peuvent s'offrir des produits chers, tout comme elles
achètent des voitures chères, ou des vêtements de marques, ou des
produits de consommation de marques » a déclaré le responsable d'un
fabricant pharmaceutique. « C'est la taille de la population du Royaume
Uni ou de l' Allemagne ».

Le gouvernement tout comme les multinationales ne s'attendent pas à une
explosion des prix, tout simplement parce que 95 pour cent des
médicaments sont d'anciens produits. L'approvisionnement en génériques
va continuer et permettra de traiter la plupart des besoins.

L'an dernier, on trouvait sur le marché indien 60.000 génériques de 60
classes thérapeutiques, représentant 1% en valeur et 8% en volume du
marché mondial.

Dans la nouvelle loi, il est prévu que le gouvernement pourra forcer un
titulaire de brevet à autoriser une fabrication sous licence à une
entreprise locale en cas d'urgence nationale ou pour exporter vers des
pays confrontés à des urgences de santé publique.

CE N'EST PAS LE GLAS DES FIRMES LOCALES

Pour s'adapter, les firmes locales comme Ranbaxy, Dr Reddy's
Laboratories Ltd, Cipla, Wockhardt Ltd and Sun Pharmaceutical Industries
Ltd, avaient cherché de nouvelles sources de revenus.

Les entreprises les plus grandes se tournent vers l'étranger où des
produits pesant des millions de dollars voient la fin de leur brevet.
Elles décident aussi de devenir des fournisseurs de matières premières
pour les multinationales, à côté de l'établissement de contrats de
recherches comme la synthèse de complexes chimiques.

On compte plus de 70 sites de productions en Inde approuvés par les
autorités américaines, plus que partout ailleurs dans le monde, hors des
Etats Unis. L'Inde pourrait devenir le point central de production grâce
à son faible coût de la main d'ouvre et à la qualification du personnel.

Sahani, de Novartis, pense que les entreprises indiennes ont développés
des capacités pour « re-travailler » des médicaments leur permettant
d'envisager de développer de nouvelles bases de partenariat avec des
multinationales, en recherche et développement.

GlaxoSmithKline a déjà signé un accord de partenariat de recherche avec
Ranbaxy, la plus grosse entreprise pharmaceutique en Inde, de même
Novartis s'est associé à Syngene, une branche de Biocon.

La liberté de copier des produits sous brevet avait entraîné la
prolifération d'une industrie du médicament indienne. On compterait
5.000 entreprises de nos jours, et le nouveau régime pourrait voir la
multiplication de fusion et d'absorptions.

« Notre industrie est fragmentées. On doit s'attendre à une
consolidation après un certain temps » a déclaré Malvinder Singh,
directeur général des médicaments à Ranbaxy.