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[e-med] Les femmes encore oubliées dans la campagne des taxis contre le VIH/SIDA


  • From: "ReMeD ReMeD" <remed@remed.org>
  • Date: Thu, 23 Dec 2004 10:42:46 +0100

on dit que "ce sont les femmes qui vont sauver l'Afrique" mais on ne leur
facilite pas le travail... c'est ben vrai...
bonnes fêtes de fin d'année et meilleurs voeux pour 2005 aux femmes de bonne
volonté et aux hommes quand même!
Carinne Bruneton
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Les femmes encore oubliées dans la campagne des taxis contre le VIH/SIDA
Inter Press Service (Johannesburg)
22 Décembre 2004
Publié sur le web le 22 Décembre 2004
Par Antoine Lawson

- Trois cents taxis sur les 3.500 que compte Libreville, arborant des
slogans et des images de lutte contre le VIH/SIDA, sillonnent la capitale
gabonaise, avec pour objectif la réduction du taux de prévalence.
Selon le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), le taux de
prévalence du VIH/SIDA a atteint 8,1 pour cent au Gabon.

"Impossible que ces taxis passent inaperçus dans les quartiers ou dans le
centre-ville où ils ont pour mission de battre campagne partout avec des
slogans ambulants et des images fortes sur la maladie", a déclaré à IPS,
Sylvain Edou, concepteur de ces messages publicitaires.

La campagne de sensibilisation dans les taxis contre le VIH/SIA, lancée le 3
décembre, se déroule dans le prolongement de la Journée mondiale du SIDA,
célébrée le 1er décembre, selon la mairie de Libreville qui est
co-initiatrice avec la section gabonaise de l'Organisation des premières
dames d'Afrique contre le SIDA.
L'originalité, dans ces taxis de couleur rouge et blanc, c'est qu'on y
distribue gratuitement des préservatifs et des dépliants sur le VIH/SIDA..
Ces taxis sont reconnaissables également à un panneau publicitaire qui
rappelle celui des légendaires taxis jaunes de New York, aux Etats-Unis.

Mais, les femmes dénoncent vigoureusement les discriminations entretenues
depuis quelques années pendant les campagnes d'éducation et de
sensibilisation dans la lutte contre le VIH/SIDA, dont celle des taxis,
alors qu'elles représentent la frange de la population la plus touchée par
la pandémie.
Selon le PNLS, sur 57.295 personnes ayant fait volontairement leur bilan
cette année, 9.500 sont séropositives, dont 14,9 pour cent de femmes et 13,8
pour cent d'hommes. "L'absence de préservatifs féminins dans les messages de
sensibilisation contre la propagation du VIH/SIDA et la discrimination dans
les publicités et affiches qui habillent la ville, ne mobilisent pas
suffisamment les femmes contre le SIDA", déplore Perpétue Ndong, présidente
de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'SIDA Zéro'.

Pourtant, la ministre de la Santé, Paulette Missambo, est revenue à
plusieurs reprises sur l'engagement de toute la population et le fait que
les femmes sont plus vulnérables à la pandémie et deux fois plus infectées
que les hommes, faisant référence au Rapport annuel 2003 du PNLS.

"L'implication du gouvernement qui a initié depuis 2000 un Fonds de
solidarité thérapeutique de 1,5 milliard de francs CFA (environ 3 millions
de dollars), reconductible chaque année, est appréciable, mais la
mobilisation ne sera complète que si les femmes deviennent actrices et si
des préservatifs féminins leur sont distribués gratuitement", explique Dr
Safiou Razak.
Dans ces taxis à cinq places dont la course revient à 20 cents US environ,
comme dans les autres, les jeunes affluent pour s'approvisionner en condoms.
Les causeries, dans ces taxis, portent souvent sur les comportements à
risques, l'homosexualité, les partenaires multiples, dénonçant notamment la
polygamie ou encore les relations qu'entretiennent les élèves avec des
hommes mariés.

Généralement, ce sont les jeunes gens qui engagent la conversation
qu'alimente le conducteur du taxi qui est chargé de distribuer les
préservatifs masculins et des dépliants à tous les passagers.
"Nous, les filles, sommes obligées d'accepter de collectionner les
préservatifs masculins pour les imposer à nos amis alors qu'il aurait fallu
que nous disposions de préservatifs féminins", déclare à IPS, une jeune
passagère à bord d'un taxi, qui a requis l'anonymat.

"Les femmes sont alors contraintes d'amener leur partenaire sexuel à
utiliser des préservatifs masculins. Les hommes avancent généralement des
raisons différentes pour refuser d'utiliser des préservatifs. Souvent, leurs
raisons se fondent sur des rumeurs ou des malentendus", a expliqué à IPS,
Michèle Menga, enseignante d'école primaire et passagère dans un autre taxi.
Véronique Ntougou du Mouvement gabonais pour le bien-être familial (MGBEF) a
affirmé à IPS que "le préservatif féminin est une opportunité de plus en
plus offerte aux femmes pour s'auto-protéger contre les infections
sexuellement transmissibles (IST) face à la réticence de certains hommes à
utiliser le préservatif".
"Beaucoup de clients du planning familial ont besoin d'être protégés contre
ces maladies. Nous y veillons et aidons le plus grand nombre à éviter la
propagation des IST. Dans cette optique, le préservatif féminin est
disponible à 100 FCFA (20 cents environ) l'unité", affirme à IPS, une
sage-femme du MGBEF, Patricia Moutsinga.
La mairie de Libreville délivre des autorisations pour exploiter les taxis
qui appartiennent à des privés ayant bien voulu s'associer à l'opération de
distribution de préservatifs dont le coût n'a pas été révélé par les
autorités municipales, ni le montant de la part qui revient aux conducteurs
de taxis.

Selon le Rapport 2003 sur l'épidémie du VIH/SIDA et les IST, réalisé par le
ministère gabonais de la Santé et le PNLS, "il y a autant de femmes que
d'hommes infectés dans les tranches d'âge allant de zéro à 19 ans et de 30 à
50 ans. Les femmes sont plus infectées que les hommes entre 20 et 29 ans".
Bintou Djibo, la coordinatrice du système des Nations Unies au Gabon, a
dénoncé les inégalités sociales et toute une série de facteurs (pauvreté,
violences, manque d'information, mariages forcés, pression des hommes
souvent plus âgés... qui font que la femme et la jeune fille sont plus
exposées au VIH/SIDA.

L'Association des femmes éducatrices du Gabon (AFEG), en partenariat avec
l'Association des sages-femmes du Gabon, et une autre ONG, Jeunesse
carrefour de la vie, s'investit dans le milieu scolaire pour attirer
l'attention des jeunes filles sur les grossesses précoces, les IST et le
VIH/SIDA.
Sophie Kwenzi Mickala, secrétaire générale de l'AFEG, indique avoir "essayé
d'amener les jeunes filles responsables à réaliser l'importance de l'école,
en focalisant leur attention sur les dangers auxquels elles s'exposent en
rejetant les conseils des parents, des enseignants...sur les conséquences
des grossesses précoces".