[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]

[e-med] Les suspicions s'accroissent sur les AMM


  • From: "ReMeD ReMeD" <remed@remed.org>
  • Date: Wed, 22 Dec 2004 11:52:17 +0100

Les suspicions s'accroissent sur les autorisations des médicaments
LE MONDE | 20.12.04 | 14h28 . MIS A JOUR LE 20.12.04 | 15h52
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-391508,0.html

Les affaires du Vioxx et du Celebrex, deux anti-inflammatoires vedettes
accusés d'augmenter les risques cardio-vasculaires, nourrissent les soupçons
sur l'indépendance et la rigueur des autorisations de mise sur le marché,
face à la puissance de l'industrie pharmaceutique.

C'est un avis de tempête qui souffle sur les laboratoires pharmaceutiques et
sur les agences chargées de la sécurité sanitaire des médicaments. Parés de
toutes les vertus lors de leur mise sur le marché en 2000, deux
anti-inflammatoires vedettes de la nouvelle famille des coxibs - le Celebrex
et le Vioxx - voient désormais leur innocuité remise en cause. Vendredi 17
décembre, le laboratoire Pfizer a révélé que le Celebrex pourrait, selon une
étude clinique publiée par la firme et parrainée par le National Cancer
Institute (NCI), augmenter sensiblement les risques cardio-vasculaires.
Déjà, le 30 septembre, son concurrent Merck avait retiré le Vioxx du marché
mondial pour des raisons similaires (Le Monde du 2 octobre).
Pour l'heure, Pfizer n'a pris aucune décision de retrait du Celebrex,
estimant nécessaire "d'examiner toutes les informations". "Nous avons trouvé
qu'il était important de rendre publique cette étude pour que les médecins
et les patients puissent pleinement évaluer les risques et les bénéfices
d'un traitement avec le Celebrex", a simplement fait valoir Hank McKinnell,
PDG de Pfizer. Utilisés pour soulager les douleurs des personnes souffrant
d'arthrose ou de polyarthrite rhumatoïde, ces deux médicaments connaissaient
jusqu'à présent un grand succès. Ils étaient censés réduire les effets
indésirables gastro-intestinaux associés aux anti-inflammatoires plus
anciens.

Le fait que ces blockbusters (produits réalisant plus de 1 milliard de
dollars de chiffre d'affaires annuel) tombent de leur piédestal et que
l'alerte sur leurs dangers provienne des laboratoires qui les
commercialisent et non des agences sanitaires jette la suspicion sur la
capacité des pouvoirs publics à contrebalancer les pouvoirs de l'industrie
pharmaceutique. L'évaluation précédant l'autorisation de mise sur le marché
(AMM) est-elle suffisamment rigoureuse ? Les contrôles qui la suivent
sont-ils assez stricts ? Les experts chargés d'évaluer le bien-fondé des
médicaments sont-ils vraiment indépendants ?
"L'affaire du Vioxx représente un tournant historique, considère le
directeur général de la santé, William Dab. Les laboratoires doivent prendre
conscience qu'ils ne sont pas des industries comme les autres mais des
industries de santé publique et arrêter leur raisonnement à court terme,
avec leurs stratégies de blockbusters", explique-t-il. D'autres, comme
Jean-François Bergman, professeur de thérapeutique et membre de la
commission d'AMM, voient d'abord dans le retrait du Vioxx un calcul
financier : "Cette histoire allait finir par coûter trop cher en procès au
laboratoire."

En France, la mise sur le marché de ces nouveaux anti-inflammatoires, en
2000, a été conditionnée à la réalisation d'une étude post-AMM (appelée
Cadeus, elle est en cours de réalisation). "Non sans grande réticence
initiale de l'industrie, cela s'inscrivait dans une nouvelle politique
intégrant l'intérêt en santé publique d'un médicament dans les critères
d'appréciation du service médical rendu", se souvient Lucien Abenhaïm,
ancien directeur général de la santé.

Car les essais cliniques fournis par les laboratoires pour obtenir l'AMM ne
disent pas tout. D'abord parce qu'ils sont réalisés sur un échantillon de
population sélectionnée - et qu'il existe un fossé entre ces données
"artificielles" et celles de la vraie vie. Ensuite parce que les
laboratoires sont susceptibles de cacher les essais qui fournissent des
éléments défavorables, et enfin parce que l'indépendance des experts des
agences de médicaments chargés de donner le feu vert à la commercialisation
de nouveaux produits peut être sujette à caution.

En France, les experts externes siégeant dans les commissions de l'Agence
française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ne sont pas
rémunérés et doivent faire une déclaration de conflits d'intérêts "majeurs"
ou "mineurs". Ce bénévolat des experts est un "pousse-au-crime" pour
certains, un "frein à la compétence" pour d'autres.
"Nous avons un problème d'attractivité pour trouver les experts", reconnaît
Emmanuelle Wargon, adjointe à la direction générale de l'Afssaps. "Un
chantier est en cours pour améliorer la reconnaissance de l'expertise en
santé publique dans l'activité hospitalière et de recherche", promet-on au
cabinet du ministre de la santé.

Enfin, "pour obtenir l'AMM, il n'est pas demandé au laboratoire de prouver
que le médicament représente un progrès thérapeutique par rapport aux
médicaments existants. Sinon, on n'aurait pas accordé l'AMM au Vioxx,
affirme Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue Prescrire,
indépendante de l'industrie pharmaceutique. Dès la fin de l'année 2000, des
études montraient que le Vioxx augmentait le risque cardio-vasculaire. Au
lieu de réunir une commission, on agit avec retard comme si on ne voulait
pas gêner la firme".

Au-delà des critères à partir desquels est délivrée l'AMM et est évalué le
service médical rendu, c'est aussi la question du suivi du médicament dans
ces conditions réelles d'utilisation qui est posée. Le nouveau principe des
études post-AMM est susceptible d'améliorer à terme le contrôle sur l'impact
d'un médicament. Mais "il n'y a pas, à l'heure actuelle en France, assez
d'équipes pour réaliser toutes les études de pharmaco-épidémiologie qu'il
serait nécessaire de mener chaque année sur des dizaines de médicaments ou
de classe thérapeutique", regrette le professeur Bernard Bégaud, directeur
de la nouvelle unité d'évaluation épidémiologique des médicaments.

"Des médicaments actifs et sans danger, cela n'existe pas. L'important est
de bien évaluer la balance bénéfice-risque et de s'assurer que les produits
sont prescrits à ceux qui en ont besoin dans de bonnes conditions", insiste
M. Dab. Pour Pierre Lesourd, président du Leem (syndicat des entreprises du
médicament), "il s'agit de concilier l'inconciliable : la logique
collective, celle des statistiques, et la logique individuelle, celle du
grand public. Cela ne peut se faire que dans le colloque singulier qui
réunit le médecin et son patient".

La faute revient-elle aux prescripteurs ? "Le médecin français n'a pas
beaucoup d'analyse critique sur l'AMM", constate le professeur Bergman. Sans
doute parce que, comme le rappelle M. Toussaint, "l'information sur le
médicament est aux mains, directement ou indirectement, de l'industrie
pharmaceutique".
Paul Benkimoun et Sandrine Blanchard

*****************

La publicité sur le Celebrex suspendue
Le quotidien New York Times annonce, dans son édition de lundi, que le
groupe pharmaceutique Pfizer a décidé d'arrêter immédiatement toute
publicité sur son anti-inflammatoire Celebrex. Toutes les publicités visant
le grand public vont être arrêtées, que ce soit à la télévision, à la radio
ou dans la presse, a indiqué au quotidien une porte-parole du groupe
pharmaceutique, Mariann Caprino. "Nous en avons discuté avec la FDA
[l'agence américaine de réglementation des médicaments] et nous sommes
tombés d'accord pour dire qu'il fallait le faire", a-t-elle assuré au
quotidien. La suspension a été décidée sine die mais certains magazines
pourraient encore publier des publicités pour le Celebrex, compte-tenu des
délais d'impression, a ajouté la porte-parole. Cette pratique de publicités
pour des médicaments visant directement le grand public est courante aux
Etats-Unis. (AFP.)

******************

Le circuit français de l'autorisation
Après la phase de recherche et de développement, un laboratoire dépose une
demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) auprès de l'Agence
française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).
Sur la base des études cliniques fournies par le laboratoire, la commission
d'AMM évalue le rapport bénéfice/risque du produit et rend ou non une
décision administrative d'octroi de l'AMM. La commission de la transparence
étudie ensuite le service médical rendu (SMR : gravité de la maladie,
efficacité et intérêt en santé publique) et l'amélioration de ce SMR (ASMR)
par rapport aux produits déjà existants dans cette indication.
Sur cette base, le Comité économique des produits de santé (CEPS) fixe le
taux de remboursement du produit, si le laboratoire l'a demandé : 65 % si le
SMR est important et la pathologie grave, 35 % dans les autres cas. Avec le
CEPS, le ministère de la santé établit le prix public.
Outre les commissions, l'une contrôlant la publicité et le bon usage,
l'autre surveillant les effets indésirables, les commissions d'AMM et de la
transparence peuvent réexaminer les produits.
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.12.04
********************
"Beaucoup d'essais sont mal conçus, biaisés, voire falsifiés"
LE MONDE | 20.12.04 | 14h28
Entretien avec Bernard Debré, chef de service d'urologie à l'hôpital Cochin,
et Philippe Even, président de l'Institut Necker.
Comment réagissez-vous au retrait du Vioxx et aux doutes sur le Celebrex ?

Bernard Debré : Ces affaires, comme d'autres concernant certaines statines
et certains antidépresseurs, posent le problème des essais thérapeutiques
présentés par les laboratoires pour obtenir une autorisation des
médicaments. Beaucoup d'essais sont mal conçus, biaisés, voire falsifiés et
souvent trop dispersés sur la planète, dans le seul but d'élargir les
marchés. Avec 20 000 malades sur 800 sites, les résultats, dilués, ne
peuvent pas être fiables.

Deuxième critique, la plupart des essais sont réalisés contre placebo et non
pas contre un médicament similaire, déjà autorisé. Donc, rien ne prouve que
ce nouveau médicament ait un effet supérieur à ceux qui existent déjà.
Enfin, 90 % des essais ne sont jamais publiés ou révélés, car les
laboratoires sélectionnent ceux qui paraissent montrer une efficacité de la
molécule et cachent ceux qui démontrent qu'il n'y a pas d'effet, voire qu'il
peut exister certains risques. Et c'est ce qui s'est passé dans l'affaire du
Vioxx et d'autres.

Philippe Even : Un des problèmes vient de ce qu'il y a eu, jusqu'en
1984-1985, des avancées thérapeutiques formidables permettant de contrôler
assez bien une grande partie des maladies. Mais l'industrie pharmaceutique a
mangé son pain blanc.
La biologie est devenue si complexe qu'on ne découvre plus de médicaments
d'action large, capables de conquérir de vastes marchés - les fameux
"blockbusters" à plus de 1 milliard d'euros par an. Les découvertes ne
concernent plus que des pathologies précises et limitées, donc des marchés
étroits. Les grands laboratoires essaient donc de faire du chiffre par le
nombre de boîtes vendues, ce qui amène parfois au dérapage.

L'Agence française (Afssaps) et l'Agence européenne du médicament sont-elles
à l'abri d'une mise en cause comme celle qui a touché la Food and Drug
Administration (FDA) américaine ?

P. E. : Certainement pas. L'Agence française est bâtie sur le même modèle
que la FDA, mais la FDA, c'est 10 000 personnes, tandis que l'Afssaps ou
l'Agence européenne, c'est quelques centaines. Par ailleurs, les experts des
agences sont trop souvent liés à l'industrie pharmaceutique. Et 70 % du
budget de l'Agence européenne sont fournis par l'industrie pharmaceutique,
qui est ainsi en situation d'être juge et partie.
Pensez-vous que, en France, le contrôle du médicament soit suffisamment
efficace ?

B. D. : Les laboratoires fabriquent de plus en plus de médicaments qui ne
sont en fait que très légèrement différents de ceux existants. Ce sont
presque des copies, qu'on appelle "me too" dans le jargon médical, et qui ne
présentent pas d'intérêt thérapeutique supérieur. Il n'est pas normal que
l'Afssaps donne une autorisation de mise sur le marché pour ces produits
simplement pour que les laboratoires rebondissent avec un nouveau brevet
protecteur et évitent les génériques.
Ces médicaments sont promus comme des nouveautés et ils coûtent cher à
l'assurance-maladie. Dans cette affaire, la faute n'est pas à rechercher du
côté des laboratoires, qui cherchent leur intérêt financier. Le problème est
au niveau gouvernemental et paragouvernemental.

P. E. : Il y a d'autres problèmes au niveau gouvernemental. Au moment de la
mise sur le marché d'un médicament, les indications thérapeutiques sont bien
ciblées. Et puis, sur le terrain, on constate des dérives majeures dans la
prescription. La publicité des laboratoires, les visiteurs médicaux qui font
du marketing auprès des médecins, le laxisme généralisé des prescripteurs,
l'absence de formation médicale continue indépendante de l'industrie, tout
converge pour que les indications initiales soient dépassées.
Les statines, par exemple, sont utiles chez les hommes qui ont fait un
accident coronarien ou un accident vasculaire cérébral. Mais elles sont
distribuées au robinet à une population supérieure de 7 à 8 fois à celle de
leurs indications, soit un surcoût de 500 millions d'euros.
Or c'est le rôle de l'Etat de contrôler les indications, et ce rôle-là il ne
le remplit pas, peut-être parce qu'il n'en a pas les moyens, plus
probablement parce qu'il n'en a pas la volonté.

Dans votre livre Savoirs et pouvoir, vous plaidez pour une nouvelle
politique du médicament. Qu'en est-il ?

B. D. : Il faut d'abord revoir le problème des brevets et en moduler la
durée en fonction de l'intérêt des découvertes. La complexité de la biologie
est devenue telle aujourd'hui que, pour aboutir à une grande percée
thérapeutique, il faut au moins quinze ans. Mais dès lors qu'on n'accorde
des brevets protecteurs que sur des durées bien plus courtes, on empêche les
laboratoires d'innover et on les condamne à se recopier eux-mêmes.

P. E. : Il faut aujourd'hui que l'Etat et l'industrie pharmaceutique se
mettent autour de la table. Merck a perdu 47 % de sa valeur boursière après
le retrait du Vioxx et entraîne tous les autres. Les dépenses de médicaments
ont décollé depuis 1998, quatre fois plus vite que le PIB, alors que le
nombre de véritables avancées thérapeutiques dégringole.
Il faut trouver de vraies solutions négociées avec l'industrie
pharmaceutique, qui nous a déjà beaucoup apporté, et dont nous avons encore
beaucoup à attendre.
Propos recueillis par Cécile Prieur
Auteurs de Savoirs et pouvoir, pour une nouvelle politique de la recherche
et du médicament, Le Cherche Midi, 343 p., 17 euros.
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.12.04


******************
Les chercheurs de l'étude Cadeus observent Vioxx et Celebrex "en pratique
médicale réelle"
LE MONDE | 20.12.04 | 14h28
Installée à l'université Bordeaux-II, l'équipe s'est adressée à 46 500
patients.
Bordeaux de notre envoyé spécial

Derrière la porte blanche disposant d'un accès sécurisé, les bureaux sont
moins bruyants. Ce vendredi après-midi, en raison des 35 heures, une
quinzaine de personnes seulement travaillent dans les 300 m2 occupés par
l'équipe de l'étude Cadeus, aux troisième et quatrième étages de l'unité de
formation et de recherche (UFR) de pharmacie à l'université Victor-Segalen
(Bordeaux-II), dont le président est le pharmacologue Bernard Bégaud.

Placée sous la responsabilité scientifique de Nicholas Moore et Annie
Fourrier, l'équipe a compté jusqu'à 37 personnes à temps plein. Ce n'était
pas trop, à en croire Fanny Depont, biologiste de formation et chef de
projet : "C'est la première fois en France qu'est réalisée une étude de
cette ampleur, en pratique médicale réelle, avec les données de
l'assurance-maladie et à l'initiative de la direction générale de la santé
(DGS)."

Incluant 46 500 patients, l'étude Cadeus vise à décrire la population des
utilisateurs de médicaments anti-inflammatoires : soit l'un des deux membres
de la nouvelle famille des coxibs, Vioxx et Celebrex ; soit un
anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) traditionnel. Elle a été mise en
place à la suite de l'accord cadre 2003-2006, signé le 13 juin 2003 par le
comité économique des produits de santé, qui relève du ministère de la
santé, et l'industrie pharmaceutique, regroupée dans le LEEM (syndicat des
entreprises du médicament).

Les deux laboratoires, Merck, Sharpe and Dohme pour Vioxx, et Pfizer pour
Celebrex, ont pu obtenir du ministère de la santé le remboursement au prix
demandé pour leur produit, à la condition de réaliser une étude décrivant la
population utilisatrice et les motifs et conditions de mise sous traitement.

Une double convention a été signée, d'une part entre la caisse nationale
d'assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), la DGS et
l'université Bordeaux-II et, d'autre part, entre l'université et les deux
laboratoires pharmaceutiques qui participent au financement. L'université
elle-même a apporté 5 millions d'euros.
L'étude Cadeus a nécessité "six mois de préparation logistique, après les
mois consacrés à établir son protocole, après avoir obtenu les autorisations
nécessaires de la Commission nationale de l'informatique et des libertés",
la CNIL, précise Mme Depont. La CNAMTS a fourni des données cryptées
comportant le nom et l'adresse des malades, les médicaments pris, le nom du
prescripteur, la date de prescription et celle de délivrance du produit par
le pharmacien.
"Nous avons écrit à ces assurés sociaux, à raison de 2 000 lettres expédiées
par jour, et avons eu un taux de réponse de 20 %, ce qui est plutôt
satisfaisant", indique Mme Depont. L'équipe a complété le recueil des
informations sur l'indication du traitement et les antécédents médicaux
auprès des patients et des médecins prescripteurs, qui avaient tous donné
leur consentement par écrit.

336 000 COURRIERS
Après neuf mois, le bilan matériel de l'étude commencée en septembre 2003
s'établissait ainsi : 336 000 courriers ont été mis sous pli, 92 000
enveloppes ont été décachetées, plus de 12 tonnes de papier ont été
consommées - des palettes de papier pour imprimante sont encore alignées
dans les couloirs -, et près de 45 000 appels téléphoniques ont été passés,
en partie sur la ligne verte spécialement mise en place. Locaux et matériel
informatique flambant neuf, système de codes-barres identifiant chaque
patient, lecteurs optiques, l'effort consenti pour cette unité d'évaluation
de pharmaco-épidémiologie est à l'évidence important.

"Il n'est évidemment pas question de refaire à chaque fois des études aussi
lourdes, indique M. Bégaud, mais nous avons acquis un savoir-faire dans ce
domaine que nous pourrons utiliser à nouveau et mettre au service d'autres
équipes." Pour sa part, Mme Depont reconnaît : "Nous avions sous-estimé la
charge de travail que représentait cette étude, et il nous a fallu inventer
beaucoup de choses en route."
Même si le Vioxx a été retiré du marché mondial par son fabricant en
septembre, cette étude sans équivalent conserve tout son intérêt pour
décrire les modes de consommation de médicaments nouveaux dans la vie
"réelle" et non dans le format d'un essai clinique. La phase de recueil et
de saisie des données est terminée. Celle de leur analyse démarre. Les
premiers résultats sont attendus dans quelques mois.
Paul Benkimoun
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.12.04
**********************

La mort du Fopim illustre le manque de volonté pour fournir des données
indépendantes aux médecins
LE MONDE | 20.12.04 | 14h28
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-391512,0.html

Installé en 2002, le Fonds de promotion de l'information médicale et
médico-économique sera supprimé le 1er janvier 2005. Certains membres
dénoncent les pressions du lobby pharmaceutique.
A peine créé, déjà enterré. L'histoire du Fonds de promotion de
l'information médicale et médico-économique (Fopim) fournit un exemple
éclatant de la puissance de l'industrie pharmaceutique et du manque de
volonté politique lorsqu'il est envisagé de fournir aux médecins une
information scientifique indépendante sur le médicament.

Installé en mars 2002 par Bernard Kouchner, alors ministre délégué à la
santé, le Fopim était, sur le papier, une belle idée : "Fournir aux
professionnels de santé une information publique claire, précise et concise,
validée scientifiquement, utilisable dans leur pratique quotidienne, sur le
bon usage des médicaments." Las, moins de trois ans après sa création, le
Fopim a été supprimé par la loi du 13 août réformant l'assurance-maladie. Il
disparaîtra officiellement le 1er janvier 2005, lors de l'installation de la
nouvelle Haute Autorité de santé, sans avoir pu mener à bien aucun de ses
projets.

L'un d'eux - le plus important - consistait à établir une base de données
informatique exhaustive sur les médicaments, mise gratuitement à disposition
des médecins pour leur permettre de prescrire en dénomination commune
internationale (et non en nom de marque), de connaître le niveau de service
médical rendu (SMR), ainsi que le score d'amélioration du SMR, pour les
produits mis récemment sur le marché.

Actuellement, la prescription assistée par ordinateur utilisée par les
médecins de ville se fait à partir de deux bases de données commerciales -
Vidal (groupe Médimedia) ou Claude-Bernard (Cegedim). Mais ces bases, "sous
l'influence des firmes pharmaceutiques, ne permettent pas de prescrire en
DCI et ne comportent pas le SMR", explique un membre du Fopim.

"LE PROJET A ÉTÉ ENTRAVÉ"
Disposant de 10 % du produit de la taxe sur la promotion pharmaceutique -
soit un budget annuel de 20 millions d'euros - et d'un comité d'orientation
regroupant les pouvoirs publics (direction générale de la santé-DGS, Agence
du médicament...), la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) et des
personnalités qualifiés, ce fonds "avait l'argent, la motivation, les
experts et le soutien des médecins", se souvient un ancien participant.

Mais, en novembre 2003, l'amendement déposé lors de la discussion sur le
projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour permettre
d'asseoir juridiquement le projet de base de données gratuites pour les
médecins est supprimé en commission mixte paritaire, au motif que son
contenu relève du décret.

Pourtant, cet amendement avait été voté à l'unanimité par les
parlementaires. "Le projet a été entravé par le cabinet du ministre de la
santé, Jean-François Mattei, et la pression de l'industrie pharmaceutique,
parce que nous touchions à un élément stratégique des laboratoires",
affirme-t-on dans les rangs du Fopim. "Ce projet d'aide à la prescription
était pharaonique", fait valoir aujourd'hui un ancien membre du cabinet de
Jean-François Mattei. "Le Fopim était un truc qui ne marchait pas parce
qu'il n'y avait pas de pilote. Et puis nous ne savons pas faire ce que font
les laboratoires : fournir un message simple", résume-t-il.

Car le Fopim devait également publier des fiches sur les médicaments à
l'attention des professionnels de santé, en particulier sur les nouveaux
produits. Celle sur le Ketek, un nouvel antibiotique du laboratoire Aventis,
était, au début de l'année, prête à partir chez les médecins. Elle est
partie... à la poubelle, "sur intervention politique", affirme un membre du
Fopim. Pourquoi ? Parce qu'Aventis allait fusionner avec Sanofi. Dans sa
"corbeille de mariée", la firme Aventis apportait le Ketek. "Pour des
questions de stratégie industrielle, le gouvernement ne voulait pas
handicaper la fusion avec la sortie de cette fiche qui relativisait
l'intérêt médical de ce nouveau médicament", explique un membre du fonds.
Finalement, la seule action du Fopim aura été d'attribuer quelques
subventions à des revues médicales indépendantes.

"Nous ne sommes jamais entrés dans le vif du sujet parce qu'il manquait une
vraie volonté politique pour traiter le problème de l'information des
médecins sur le médicament à son juste niveau", regrette Richard Bouton,
ancien président du syndicat de médecins généralistes MG France et membre du
comité d'orientation du Fopim. William Dab, directeur général de la santé,
en convient : "Le Fopim n'a clairement pas atteint son objectif. J'espère
que la Haute Autorité de santé rencontrera moins d'obstacles."
Sandrine Blanchard
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.12.04

*************************

La composition de la Haute Autorité de santé, qui s'installera le 1er
janvier, est fixée
LE MONDE | 20.12.04 | 14h28

Elle devra évaluer l'efficacité des produits.
Faut-il interdire le Celebrex ? Faut-il rembourser l'homéopathie ? Quelle
est la bonne prise en charge d'une personne atteinte de diabète ? C'est à ce
type de questions que devra répondre la nouvelle Haute Autorité de santé.
Créée dans le cadre de la réforme de l'assurance-maladie, cette "autorité
publique indépendante à caractère scientifique", amenée à jouer un rôle clé
dans le système de soins français, devrait être installée d'ici au 1er
janvier 2005.

La composition de cette institution - dont les membres ont été désignés par
le président de la République et les présidents de l'Assemblée nationale, du
Sénat et du Comité économique et social (CES) - est désormais arrêtée. La
présidence doit revenir au professeur Laurent Degos, hémato-cancérologue et
président du conseil d'administration de l'Agence française de sécurité
sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Le collège réunira Bernard Guiraud-Chaumeil, président du conseil
d'administration de l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en
santé (Anaes) ; Gilles Bouvenot, président de la commission de la
transparence ; Pascale Briand, responsable de la mission interministérielle
de lutte contre le cancer et ancienne conseillère de Jean-François Mattei au
ministère de la santé. En font également partie le docteur Claude Maffioli,
ancien président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF)
et chargé des questions de santé à l'UMP ; Raoul Briet, ancien directeur de
la Sécurité sociale ; Etienne Caniard, délégué aux questions de santé à la
Mutualité française ; et Jean-Paul Guérin, directeur du CHU de Nantes.

"LE BON USAGE DES SOINS"
"La Haute Autorité devra évaluer l'utilité des actes médicaux et
l'efficacité des médicaments", résume le ministre de la santé, Philippe
Douste-Blazy. Succédant à l'Anaes et coordonnant notamment le travail de
l'Afssaps, cette institution sera chargée d'"informer les professionnels de
santé et du public sur le bon usage des soins". Elle remplacera également le
Fonds de promotion de l'information médicale et médico-économique (Fopim),
installé en 2002.
Paul Benkimoun et Sandrine Blanchard
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.12.04