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[e-med] Sida : un vaccin thérapeutique testé sur l'homme
- From: "remed" <remed@remed.org>
- Date: Mon, 29 Nov 2004 13:22:26 +0100
Sida : un vaccin thérapeutique testé sur l'homme
Le premier prototype d'un vaccin thérapeutique visant à retarder ou à
stopper l'infection par le VIH chez des sujets contaminés, a été testé avec
quelques succès chez des séropositifs. Il ne s'agit pas d'empêcher
l'infection, mais de diminuer la charge virale.
http://www.lefigaro.fr/france/20041129.FIG0225.html
Jean-Michel Bader
[29 novembre 2004]
La rédaction américaine de la revue Nature Medicine (1) présente les
résultats positifs de l'essai préliminaire d'un vaccin thérapeutique chez
dix-huit sujets brésiliens contaminés par le VIH. Le vaccin permet de
diminuer, voire de faire disparaître chez certains sujets, la charge virale,
et de maintenir une immunité cellulaire contre le VIH. Ces travaux, annoncés
ces dernières semaines mais sans détails scientifiques, par Le Point et
Valeurs actuelles, sont signés d'un duo français, le professeur Jean-Marie
Andrieu (hôpital européen G.-Pompidou, Paris) et Weil Lu (chercheur à l'IRD,
Montpellier).
L'approche utilisée est lourde, individuelle, difficile à mettre en oeuvre,
mais elle fonctionne : il s'agit «d'éduquer» certaines cellules du propre
système immunitaire du malade ? les cellules dendritiques ? pour qu'elles
déclenchent une réponse de défense qui va contrôler l'infection par le VIH.
C'est un concept qui a déjà été tenté dans le traitement du cancer, en
particulier du mélanome, sans résultats jusqu'à présent ; il est également
en cours d'analyse dans un autre essai randomisé financé par l'Agence
nationale de recherche sur le Sida (ANRS), qui devrait être publié en
janvier 2005.
Il faut tout d'abord prélever dans le sang de chacun des dix-huit
volontaires le virus lui-même mais aussi les globules blancs. Il faut
ensuite, à chaque fois et pour chaque malade, trier, sélectionner les
cellules monocytaires dendritiques du sujet à vacciner. Le virus extrait du
sang est alors inactivé au moyen d'un produit chimique viricide (l'adrithiol
2) ; puis il est introduit dans les cellules dendritiques isolées du même
sujet. Il est important de comprendre que ce vaccin, qui utilise exactement
le même virus qui a contaminé le volontaire infecté, n'est pas dangereux
pour ce dernier. Aucune surcontamination, ni activation virale n'est
observée. Lorsque les cellules dendritiques chargées de particules virales
sont réinjectées, elles vont aller présenter les antigènes du virus qu'elles
contiennent aux autres cellules lymphocytaires. Celles-ci déclencheront
secondairement une réponse de destruction des cellules infectées par le VIH.
Ce concept avait été testé avec succès par les chercheurs français, avec une
souche virale du virus du sida simien (SIV) sur des macaques : le vaccin
avait provoqué une suppression virale en l'absence de tout autre traitement,
deux mois après l'infection expérimentale avec le virus SIV mac 251. Ces
travaux avaient également été acceptés dans la même revue Nature Medicine en
décembre 2002. Et c'est ce résultat encourageant qui avait décidé le
professeur Andrieu à passer à cet essai humain approuvé par le Comité
national d'éthique du ministère de la santé du Brésil. Ainsi, huit des
dix-huit volontaires qui ont recu trois séries de quatre injections du
vaccin ont vu leur charge virale diminuer de plus de 90% pendant 112 jours ;
les autres sujets n'ont eu qu'une baisse modérée et transitoire de leur
nombre de virus. Les huit sujets chez qui le virus avait disparu, avaient
encore, au 224e jour de l'essai, une concentration plus faible que les
autres sujets, mais le virus est réapparu au 357e jour de la surveillance.
Par ailleurs, la moyenne des participants a eu une augmentation
significative de la concentration en lymphocytes «tueurs» CD4 entre le 28e
et le 112e jour, mais, fugace, celle-ci a rediminué ensuite...
Les auteurs l'admettent : «L'efficacité d'un tel vaccin thérapeutique ne
sera définitivement prouvée que grâce à un essai randomisé, avec un groupe
de sujets contrôles» n'ayant pas reçu le vaccin. En effet, les fluctuations
naturelles au cours du temps de la charge virale, chez un sujet «naïf» sans
traitement, ou chez un «non-progresseur» peuvent à eux seuls expliquer cet
apparent bon résultat. A suivre...
(1) Nature Medicine appartient au groupe britannique Nature Publishing
Group.
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