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[e-med] Le ver est dans le fruit
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- Date: Fri, 3 Sep 2004 04:11:32 -0400 (EDT)
E-MED: Le ver est dans le fruit
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Hôpital Laquintinie (Douala) : chasse aux démarcheurs
Le Messager (Douala)
3 Septembre 2004
Publié sur le web le 3 Septembre 2004
Hugues Tatchuem (stagiaire)
L'établissement hospitalier organise la lutte contre ceux qui détournent les
malades pour des cliniques privées généralement tenues par son propre
personnel.
Le directeur général de l'hôpital Laquintinie de Douala, le Dr. Fritz Ntonè,
a présenté à la presse mardi 30 août 2004 les premiers résultats de la lutte
contre « les démarcheurs de malades » à l'entrée de cette institution
hospitalière. Les démarcheurs de malades sont en fait des personnes qui,
postées à l'entrée de l'hôpital, détournent les patients pour les envoyer
soit vers des médecins particuliers à l'hôpital, soit vers des cliniques
privées. Ces derniers temps, le phénomène a pris des proportions
inquiétantes et cela s'est ressenti sur l'activité de l'hôpital. Selon le
Dr. Ntonè, «on vendait de moins en moins de carnets et certains services
restaient vides toute la journée. » Face à cette situation, 6 jeunes ont
créé une association dénommée « Sos hygiène et salubrité » pour éloigner
tous ces « démarcheurs des entrées de l'hôpital Laquintinie ».
La chasse aux démarcheurs qui a véritablement débuté le lundi 29 août
dernier produit des résultats appréciables. « Avant [lundi] on ne vendait
plus des carnets que pour 130.000 f cfa par jour. Mais pour la seule journée
de lundi, on a eu une recette de 251.800 f cfa. Par ailleurs, plusieurs
services ont reçu à longueur de journée des malades», a révélé le directeur
général de l'hôpital. Il ne s'agit que d'un début. En effet, le Dr. Ntonè
annonce d'autres mesures plus drastiques pour extirper ce mal. Au-delà de
ces jeunes qui, arborant un tee shirt blanc bravent les intempéries pour
sauver les patients de l'escroquerie des «démarcheurs », une commission a
été mise sur pied pour traquer tous les infirmiers et médecins qui exercent
dans des structures privées ou dans leurs domiciles et pour qui les
démarcheurs travaillent en réalité.
Le ver est dans le fruit
Ndengué Aimé, vice-président de l'association «Sos hygiène et salubrité »
situe l'origine du travail de démarcheur vers 1985. « A cette époque,
raconte-t-il, Michel Fosso, alors infirmier en service à l'hôpital
Laquintinie était propriétaire d'une clinique privée. Il avait alors placé
des gens à l'entrée de l'hôpital pour intercepter les patients et les
conduire à sa clinique. » Avec le temps, les autres infirmiers (et même les
médecins) non satisfaits de leur salaire mensuel, ont suivi les pas de M.
Fosso en ouvrant des cliniques privées et en recrutant à leur tour des
rabatteurs pour faire fleurir leur activité. Avec la crise économique et
l'augmentation du taux de chômage, plusieurs jeunes leur ont proposé leurs
services. Avant la campagne de lutte, « Sos hygiène » en a dénombré 46 qui
opéraient aux entrées de l'hôpital.
« Quand ils voyaient les malades arriver, ils les approchaient, leur
demandaient ce pour quoi ils étaient là. Quelle que soit la réponse, ils les
convainquaient qu'en allant à l'hôpital Laquintinie, ils paieraient plus
cher pour un service très lent. Le moral "cassé", les patients n'avaient
d'autre choix que d'accepter d'aller dans une clinique privée qui,
généralement, est tenue par un infirmier ou un médecin exerçant à
Laquintinie », expliquent les membres de «Sos hygiène et salubrité». Malgré
des tentatives de lutte contre le phénomène, il persiste. Et pour cause :
« Quand nous convoyons un malade vers un centre [privé], nous gagnons 1000 f
cfa », indique un démarcheur. Et de poursuivre : « par jour on peut parfois
avoir 10 malades et pointer ainsi 10.000 f cfa. » Le métier est donc
fortement rémunérateur. Mais l'hôpital en pâtit.
Si une quarantaine de personnes, du fait du chômage ont ainsi trouvé de quoi
entretenir leurs familles, il faut dire que le bien que procure le phénomène
est inversement proportionnel au mal qu'il fait subir aux malades d'une
part, à l'hôpital d'autre part. Contrairement à ce que les « démarcheurs »
disent, les malades sont très souvent rançonnés dans les cliniques vers
lesquelles on les oriente et où ils ne sont pas toujours sûrs que tous les
moyens seront mis en oeuvre pour les traiter aussi rapidement qu'avec
efficacité. Par ailleurs, l'hôpital qui ne reçoit plus suffisamment de
malades a des charges qu'il faut assumer : frais de structures, primes de
rendement, salaire du personnel d'appui, maintenance des appareils, etc.
Au-delà de cette exigence de rentabilité, l'hôpital Laquintinie, dans sa
mission de service public, doit mettre à la disposition des 840 malades
qu'il est supposé recevoir - en référence au nombre de carnets vendus à 300f
cfa l'unité - les meilleurs médecins et les meilleurs appareils dont l'Etat
l'a doté pour assurer la santé publique.
Pour tout cela, il fallait engager la lutte contre les « démarcheurs. » Même
si les raisons profondes de l'action de « Sos hygiène et salubrité » restent
cachées, la direction de l'hôpital affirme sa volonté de « donner les moyens
organisationnels à ces jeunes pour assainir l'entrée principale de l'hôpital
Laquintinie. » Il est ainsi question d'améliorer l'image de l'établissement
et surtout de lui donner un autre rayonnement. Et le moyen le plus efficace
pour le faire était de s'allier à certains « démarcheurs » pour chasser
leurs « collègues ». En effet, les membres de « Sos hygiène » sont des
anciens démarcheurs qui ont changé de camp.
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