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[e-med] GSK accusé de cacher des infos sur le Paxil


  • From: remed@remed.org
  • Date: Mon, 7 Jun 2004 11:01:25 -0400 (EDT)

E-MED: GSK accusé de cacher des infos sur le Paxil
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Le laboratoire aurait caché des informations sur son antidépresseur, le
Paxil.
Un juge accuse GlaxoSmithKline de forcer la dose de secret
Par Fabrice ROUSSELOT

samedi 05 juin 2004 (Liberation - 06:00)
New York de notre correspondant
http://www.liberation.fr/page.php?Article=212353&AG

Au bureau d'Eliot Spitzer, on ne parle pas encore de «croisade» contre
l'industrie pharmaceutique, mais c'est tout comme. Après s'être attaqué aux
patrons corrompus, l'ambitieux procureur général de l'Etat de New York a
lancé, jeudi, des poursuites contre le labo britannique GlaxoSmithKline,
accusé de «fraude et rétention d'informations défavorables» concernant
l'utilisation par les enfants et les adolescents de l'antidépresseur Paxil.
Selon l'acte d'accusation, Glaxo aurait engagé, à compter de 1998, «un
effort concerté» pour dissimuler des éléments relatifs à la sécurité du
Paxil chez les moins de 18 ans. Le procureur général s'est intéressé à cinq
études menées par Glaxo concernant le Paxil et les enfants, entre 1998 et
2002. La plainte précise que Glaxo n'en aurait publié qu'une seule. Les
quatre autres, beaucoup plus négatives, soulignaient le peu d'effet du
médicament chez les plus jeunes. Mais surtout, que le Paxil pouvait
déclencher des pulsions suicidaires chez les adolescents.

En annonçant son procès surprise, Eliot Spitzer semble déterminé à changer
certaines pratiques des firmes pharmaceutiques aux Etats-Unis. Introduit sur
le marché américain en 1992, le Paxil avait été autorisé par la FDA
(l'agence fédérale des médicaments), mais pour le traitement de la
dépression chez les adultes. Mais des médecins ont usé de leur propre
jugement pour le prescrire à des enfants et des ados, notamment pour des
troubles du comportement. Un marché de 45 millions d'euros de chiffre
d'affaires outre-Atlantique en 2002. C'est là que Spitzer estime qu'il y a
«tromperie», car Glaxo n'a pas livré aux docteurs les informations les plus
«dommageables» sur cette molécule, se gardant par exemple de les transmettre
à ses représentants commerciaux. La réglementation américaine se contente
d'obliger les compagnies à transmettre les informations sur la sécurité de
leurs médicaments à la FDA (lire ci-contre), ce que Glaxo a fait en 2002
avec ses cinq études cliniques. Il a donc fallu attendre l'année dernière
pour que l'agence fédérale, inquiète, lance un «avertissement» sur
l'antidépresseur.

La porte-parole de la FDA dit ne «vouloir faire aucun commentaire sur cette
affaire». «Nous n'avons aucune critique à faire à la FDA, assure-t-on au
bureau d'Eliot Spitzer. Nous voulons nous attaquer aux zones d'ombre
existant dans les relations entre les grands de la pharmacie et les
médecins.» Dans un communiqué, Glaxo assure avoir diffusé les informations
sur le Paxil dans des revues médicales ou lors de meetings scientifiques.
Eliot Spitzer, lui, réclame des indemnités pour les victimes du Paxil.

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Des études cliniques pour initiés
Les industriels ne diffusent que des résultats favorables à leurs molécules.

Par Florent LATRIVE
samedi 05 juin 2004 (Liberation - 06:00)
http://www.liberation.fr/page.php?Article=212354&AG

Un grand laboratoire pharmaceutique accusé d'avoir planqué des études
cliniques peu reluisantes pour doper ses ventes : la procédure lancée aux
Etats-Unis contre GlaxoSmithKline (GSK) à propos de son antidépresseur Paxil
met en lumière un des trous noirs de la régulation de l'industrie dans le
monde. Aux Etats-Unis, tout comme en Europe, les laboratoires sont obligés
de soumettre aux autorités de contrôle les études cliniques concernant leurs
molécules, mais «rien n'oblige un industriel à publier ce qu'il n'a pas
envie de publier», confirme Catherine Lassale, la directrice scientifique du
Leem, le lobby français des labos.

Manipulations. Autrement dit : au nom du secret industriel, la plupart des
études ne sont accessibles qu'aux seuls experts des agences du médicament,
limitant l'information à laquelle ont accès médecins et patients et ouvrant
la voie à certaines manipulations. C'est bien ce que le procureur de l'Etat
de New York reproche à GSK. Les études cliniques montrant l'inefficacité
voire la dangerosité sur les jeunes du Paxil­ vendu sous le nom Deroxat en
France­ ont été soumises à la FDA américaine et aux autorités européennes.
Résultat ? «Il n'était pas question de délivrer une autorisation de mise sur
le marché en pédiatrie», indique Anne Castot, de l'Afssaps, l'agence
française du médicament.

Mais les médecins demeurent libres de leurs prescriptions. D'où l'intérêt
pour les labos de rendre publiques­ lors de congrès ou dans des revues
médicales­ des études cliniques soigneusement choisies, espérant ainsi
encourager certains médecins à utiliser leurs molécules pour des indications
pourtant non validées par les autorités. «S'il y a douze études, dont
seulement deux favorables, vous ne publiez que celles-là. Elles circuleront,
dans les congrès, entre les médecins. Le système ne peut pas s'opposer à
cela», remarque Philippe Pignarre, ex-cadre de l'industrie pharmaceutique et
auteur de livres sur le sujet (1). De même, si les visiteurs médicaux
envoyés par les labos auprès des médecins n'ont pas le droit de faire de la
retape pour des indications non homologuées, rien ne les oblige à mettre en
garde explicitement contre les risques encourus. Bien souvent, ils ne sont
même pas au courant. «On ne nous donne pas forcément toutes les informations
sur les effets négatifs, raconte un visiteur médical salarié d'un grand
groupe pharmaceutique. Parfois, le marketing bloque l'information.»

Moins rigolo. «C'est bien sûr moins rigolo de publier une étude négative
qu'une étude positive, reconnaît Catherine Lassale. Mais cette pratique est
de moins en moins répandue : il y a une prise de conscience de la nécessité
de la transparence et nous réfléchissons à une charte sur le sujet.» Une
démarche volontaire insuffisante pour Philippe Pignarre, qui estime pour sa
part qu'il faut «rendre obligatoire la publication de l'ensemble des
études».

(1) Comment sauver (vraiment) la Sécu, La Découverte, 2004

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