[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]
[e-med] Les limites du programme daccès aux antirétroviraux
- From: helene.degui@esther.fr
- Date: Wed, 31 Mar 2004 03:30:03 -0500 (EST)
E-MED: Les limites du programme d?accès aux antirétroviraux
---------------------------------------------------------------------
Les limites du programme d?accès aux antirétroviraux : suite de l?article
paru dans le journal de Remed N°26
Depuis les premières négociations entre les Nations Unies et les firmes
pharmaceutiques en 2001 et les premières baisses de prix, on constate que la
majeure partie des pays d?Afrique touchés par le virus du Sida achètent des
ARV génériques. L?argument du prix a paru être définitivement être
prépondérant, puisque les coûts sont passés en 3 ans de 1000 dollars annuels
à moins de 300 dollars, ce qui a permis d?augmenter le nombre de patients
mis sous traitements.
Mais cet argument est-il le seul ? N?existe-t-il pas d?autres raisons
conduisant les acheteurs de médicaments à préférer l?achat des ARV auprès de
laboratoires pharmaceutiques plus flexibles, plus proches, et, pour tout
dire, proposant un autre service à leurs clients que celui offert par des
multinationales, plus préoccupées de leur image de marque et de leur gestion
de groupe ?
J?avais eu l?occasion, en 2002, de tirer la sonnette d?alarme sur la qualité
du service rendu par les firmes pharmaceutiques dans le cadre du programme
ACCESS dans un article paru dans le journal de Remed N°26 (www.remed.org). A
l?époque, il avait été constaté que les firmes étaient de façon générale
assez peu respectueuses de leurs engagement commerciaux pour les médicaments
cédés à un prix négocié à des acheteurs de Centrales d?achat publiques.
Aujourd?hui, un autre exemple est porté à notre connaissance : il n?existe
plus d?Effavirenz 600 mg à prix Access disponible pour les programmes d?
accès aux soins gratuits dans au moins deux pays d?Asie du Sud Est : le
Cambodge et le Vietnam. Des commandes ont été effectuées par différents
programmes de traitement en Asie en décembre 2003. La date de livraison
prévue était le 1er mars 2004. Il s?agit bien sûr de commandes portant sur
de petites quantités, chacune d?entre elles représentant les traitements
pour 50 à 300 patients. Le 10 mars, les correspondants de la firme Merck
Sharp et Dohme (MSD) dans cette zone ont prévenu les acheteurs que les
livraisons ne pourraient avoir lieu qu?à compter de la mi-avril au mieux, et
finalement on peut prévoir que les produits seront sur le terrain en mai.
Question : comment fait-on pour donner les deux mois de traitements
manquants aux patients, sachant que les plannings de livraison avaient été
déterminés d?un commun accord avec les fournisseurs ?
La seule solution disponible est d?aller dans les pharmacies du secteur
privé et acheter les boîtes 3 fois plus cher que dans les programmes du
secteur public.
Pourtant, le laboratoire aurait pu proposer des solutions alternatives. Dans
le cas qui nous concerne MSD pourrait, si la rupture était due à un problème
de fabrication, proposer Effavirenz 200 mg au même prix par exemple, en
attendant la fabrication d?Effavirenz 600 mg.
Mais rien, aucune information, ni proposition de solution, par l?une des 5
premières firmes pharmaceutiques mondiales. La seule réponse est « il n?y a
plus d?Effavirenz 600 disponible en Asie du Sud Est, et nous attendons la
livraison ».
Des solutions ont été recherchées en France par ESTHER et d?autres
organismes. Mais la réponse est que les médicaments au prix Access négocié
disponibles pour l?Afrique ne peuvent pas être vendus pour les programmes
destinés aux pays d?Asie. Pourquoi ???
Depuis quelques semaines, et en particulier depuis les différentes
déclarations d?initiatives pilotées par les Etats Unis (Programmes Bush,
Initiative Clinton, et d?autres) on voit apparaître des recommandations
visant à montrer que seules les firmes disposant de brevets sont à même d?
assurer un approvisionnement en médicaments de qualité pour l?accès aux
traitements.
Mais l?assurance qualité n?est pas seulement une question de conformité
pharmaceutique du produit final, cela concerne aussi le respect de ses
engagements, l?instauration de bonnes relations avec les acheteurs, et dans
le cas des programmes d?accès gratuits aux traitements pour lutter contre un
fléau mondial, un engagement volontaire dans le but de permettre au patients
d?être traités dans de bonnes conditions. Toutes ces choses font la qualité
d?un laboratoire dans les pays d?Europe, et dans les pays du Sud. Il ne
suffit pas de dépenser des millions de dollars en marketing et communication
sur des chartes de qualité, il faut aussi faire parvenir les médicaments que
l?on s?est engagé à fournir en fonction des besoins des programmes.
Messieurs les Présidents des Laboratoires pharmaceutiques, êtes-vous
véritablement concernés par l?accès au traitement de millions de personnes
comme vous l?avez affirmé à plusieurs reprises ?
Dr Hélène DEGUI
Chargée de projets GIP ESTHER
helene.degui@esther.fr
tel : 33 (0)1 53 17 51 54
fax : 33 (0)1 53 17 51 57
site : www.esther.fr
--
Adresse pour les messages destinés au forum E-MED:
e-med@healthnet.org
Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum
ou directement à l'auteur.
Pour vous inscrire, vous désinscrire et consulter les archives de e-med:
http://www.essentialdrugs.org/emed/
Pour toutes autres questions addresser vos messages à:
e-med-help@healthnet.org
|