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[e-med] Le commerce des médicaments de contrefaçon prospère à Douala
- From: remed@remed.org
- Date: Fri, 13 Feb 2004 04:09:39 -0500 (EST)
E-MED: Le commerce des médicaments de contrefaçon prospère à Douala
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Le commerce des médicaments de contrefaçon prospère à Douala
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
12 Février 2004
Publié sur le web le 12 Février 2004
Atta Badyné Oumar (Stagiaire)
Il ne peut y avoir de soins sans médicaments, mais surtout, il ne peut y
avoir de soins de qualité sans médicaments de qualité. Ce n'est qu'une
lapalissade me direz-vous ?
En Afrique et particulièrement au Cameroun, l'afflux de faux médicaments sur
le marché a dû être favorisé par la crise et les perturbations économiques
des années 90. Depuis lors bon nombre de chômeurs se sont trouvés une
activité des moins appréciables : vendeurs de vrais-faux médicaments.
Certains sont ambulants, d'autres se sont trouvés un espace
d'exposition-vente, soit dans un coin du quartier, soit dans un marché
public. Selon les informations que nous avons obtenues, les voies de
pénétration de ces médicaments sont diverses : " Il y'en a qui arrivent au
Cameroun sous forme de dons, mais qui se retrouvent sur le marché ; il
existe également dans certaines régions de ce pays des usines de fabrication
de médicaments clandestins " confie le docteur Ewane. Il y a aussi les pays
d'Asie qui se prêtent volontiers à l'alimentation du marché africain
Cependant, le principal fournisseur reste le Nigeria auprès de qui
s'approvisionnent la majorité des pays africains depuis le début des années
quatre-vingt.
Les grossistes camerounais et parfois même nigérians vont généralement se
ravitailler au niveau des frontières. Ils viennent ensuite faire des
livraisons auprès de leurs clients qui les attendent sur place, à l'endroit
même où ils ont l'habitude de vendre. Les notices écrites dans la langue de
Shakespeare démontrent à qui veut en douter que la fabrication est belle et
bien d'un pays anglo-saxon. A côté de ce constat, il y a également celui de
la composition du produit : un même produit peut avoir six à sept copies
différentes. Ceci est sans doute la preuve d'une concurrence assez rude
entre les contrefacteurs pour qui l'activité est très florissante ; cela va
sans dire ! A Douala, ils sont nombreux qui vous interpellent lorsque vous
passez par le " gazon ". Cet espace qui, jadis, représentait une belle
pelouse d'embellissement à la devanture de la poste, est devenu au fil des
ans ce que nos frères de l'Afrique de l'Ouest appellent " la pharmacie à
terre ", l'herbe, elle, ayant complètement disparu. Dans les allées, on se
bouscule et on se marche presque dessus. On entend ici et là " mamy, chérie,
vient voir par ici, c'est pas cher tu veux quel médicament". A Ndokotti,
autre point fort de cette activité, c'est le même scénario, les mêmes mots
d'interpellation. On propose un produit au client. Lorsque celui-ci hésite,
on lui présente un autre moins cher que le premier, puis un autre, ainsi de
suite. Bref, on marchande.
L'on comprend très vite que le vendeur est très peu soucieux de l'état de
santé de l'acheteur, encore moins de l'état de dégradation que subissent ces
produits exposés la plupart du temps au soleil et qui, selon certaines
indications, deviennent par la suite toxiques. Tout ce qui compte, c'est
l'argent qu'il aura réussi à amasser à l'issue de cette dure journée de
labeur faite d'interminables apostrophes. A écouter ce vendeur qui,
apparemment a l'air un peu plus sérieux, on se croirait dans le cabinet d'un
médecin de renom : " Alors qu'est ce qui ne va pas ? de fréquents maux de
tête, dormez-vous suffisamment ? Vous vous êtes déparasitée il y a longtemps
? ". Entre deux " consultations ", on emballe dès qu'on est averti d'une
éventuelle descente sur le terrain des forces de l'ordre ou dès qu'on les
aperçoit arriver. On déballe aussitôt que ces " charognards " ont le dos
tourné. Cette gymnastique sera ainsi faite cinq à six fois par jour. Un
petit jeu de cache-cache, une sorte de mise en scène généralement vaine. Les
médicaments qui devraient normalement être saisis, ne l'ont été que quelques
rares fois ; des fois qui se sont presque toujours soldées par de simples
restitutions après " négociations " ou suite à des influences venant de
telle ou telle autorité, comme le témoigne André Sila, " gazonnier " au
marché central : " Ils ont confisqué ma marchandise l'autre jour et j'ai
fait intervenir mon grand frère qui est commissaire. C'est comme ça que j'ai
pu la récupérer le lendemain matin sans payer cinq francs ".
De source policière, les médicaments saisis sont volontairement restitués a
leurs propriétaires : " Auparavant nous leur faisions la chasse tout le
temps. Maintenant un peu moins, parce qu'on a compris que les temps sont
durs. Ce sont de petits débrouillards et parmi eux, il y'a même des
licenciés. Le fait de les laisser exercer leur activité va permettre de
réduire le taux de chômage ".
Diminuer le chômage, et à la fois le grand banditisme pourquoi pas ?
Cependant,le bien vendu est capable de précipiter la mort de celui-là qui ne
recherche rien de plus que la guérison ou le soulagement ? On se souvient
par exemple qu'en septembre 2000, cent neuf enfants avaient perdu la vie au
Nigeria après avoir ingurgité un sirop de paracétamol qui contenait un
solvant industriel. Au Niger, l'on a déniché des collyres fabriqués à base
d'eau contaminée. Combien de personnes après avoir acheté de l'aspirine ou
de la quinine se sont rendues compte qu'il ne s'agissait que du talc ou de
la farine ? Ou encore de l'alcool à 90° qui s'est révélé n'être que de l'eau
pure ?
Pour bien de pharmaciens, ces vendeurs de faux médicaments " participent à
l'augmentation du taux de mortalité en Afrique ". Certains reconnaissent
cependant que les produits de " dehors " sont bon marché et déclarent : "
Nous savons que le pouvoir d'achat du consommateur a considérablement baissé
et c'est la raison pour laquelle nous nous sommes mis au diapason pour faire
de plus en plus dans le détail ".
Pour d'autres " Les gens se sont mis dans la tête que dehors c'est moins
cher, mais c'est une illusion. Ils vendent parfois au même prix que nous,
sinon plus cher, à la seule différence que leurs produits sont périmés mais
transférés dans des boîtes neuves qu'ils vont ramasser dans les poubelles
des centres de santé. Est-ce donc la peine d'aller chercher la mort à
moindre coût ? ". La majorité des consommateurs de ces produits ont une
toute autre opinion. Pour eux, c'est un peu une manne qui leur est venue du
ciel : " quand j'ai les maux de tête, c'est le " phensic " qui peut me
soigner. Si je n'en trouve pas j'achète " médic 55 ". " nous déclare cet
acheteur. Il est vrai qu'on ne peut pas trouver bon nombre de médicaments de
la rue dans les pharmacies, à l'instar de " Mixagrip ", " Bronconol " ou
encore " Daga ". Ces médicaments sont très prisés par les consommateurs, qui
les trouvent " plus efficaces " et moins chers que ceux vendus en pharmacie.
Dès lors, on est tenté de se demander s'il y'a un seul moyen de freiner
définitivement cette catastrophe qui allie astucieusement vrais et faux
médicaments. Pour ce pharmacien : " Au lieu de saisir ces drogues pour
ensuite les rendre aux propriétaires, il serait plus juste de les détruire,
comme on avait fait avec le " zoa-zoa " autrement, ils ne disparaîtront
jamais ".
Certains pays africains ont réussi à prendre des mesures draconiennes pour
lutter contre ce trafic. Depuis 1992, la Côte-d'ivoire applique des
sanctions qui vont de fortes amendes à une peine de prison pouvant aller
jusqu'à six mois, à ceux là qui vendent des médicaments sans être
pharmaciens. L'Organisation mondiale de la santé quant à elle, souligne la
nécessité d'une coopération plus accrue entre les gouvernements et les
institutions internationales pour mettre fin à ce commerce illégal et
clandestin. Au Cameroun il existe bien une législation pharmaceutique, mais
aussi commerciale ! Et cette dernière stipule que : " Pour les besoins de
protection du consommateur, il est interdit de vendre des produits périmés
ou impropres à la consommation humaine ou animale ou nocifs à
l'environnement " (décret n°93/720 art.48 et 49). Mais, que les choses ne
bougent pas, cela peut faire penser à une espèce d'inertie.
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Dr P. P. Ewane Ekambi : une mafia difficile à combattre
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
INTERVIEW
12 Février 2004
Publié sur le web le 12 Février 2004
Propos recueillis par Atta Badyne Oumar (Stagiaire)
Le vice-président de l'ordre des pharmaciens fustige la vente clandestine
des médicaments.
Existe-t-il une législation pharmaceutique à propos ?
Il existe une législation très claire sur ce domaine et qui a été mise sur
pied avec l'assemblée nationale. Il existe des textes de loi qui régissent
la profession pharmaceutique ou la vente des médicaments. Ceux qui sont
vendus au Cameroun le sont après obtention d'un visa du Ministère de la
Santé publique, c'est-à-dire une autorisation de mise sur le marché dénommée
AMM. Malheureusement cette législation n'est pas respectée.
Vous êtes le vice-président de l'Ordre des pharmaciens camerounais, Qu'a
déjà fait l'Ordre pour venir à bout de ce phénomène ?
Bien avant l'arrivée de l'actuel bureau qui n'est là que depuis sept mois,
l'ordre avait déjà entamé une véritable lutte contre ce fléau sur l'ensemble
du territoire et avec l'aide de l'ensemble des professionnels. Mais le
combat est très difficile parce que lorsqu'on va dans les circuits de vente
illicite, on constate que les stocks sont énormes. C'est un secteur qui
permet de drainer beaucoup d'argent et lorsqu'il y'a beaucoup d'argent on
pense un peu à une mafia. Il est difficile de la combattre seuls. La lutte
doit être menée au niveau général avec le concours des différents corps qui
sont plus ou moins impliqués : le Ministère de la santé, le Ministère de la
Défense, le Ministère du Commerce et le Ministère des Finances parce que la
douane est impliquée. C'est un phénomène très grave et nous n'avons pas les
forces de la loi suffisamment de notre coté ainsi que les forces de l'ordre
pour nous permettre de le combattre.
Vous êtes aussi le Directeur général de l'entreprise Campharm.
Certains affirment que vous les ravitaillez en produits pharmaceutiques et
que vous le leur faites dans le détail. Si tel est le cas, n'est-ce pas une
façon de les encourager ?
Toutes nos sociétés sont réglementées et dotées de pharmaciens qui dirigent
toutes les opérations de distributions. Il nous est totalement impossible de
détailler pour les gens du marché parce qu'il serait facile de s'en rendre
compte même au sein de la société. En plus nous sommes contrôlés par le
Ministère de la Santé publique qui vérifie nos portefeuilles de clients, qui
surveille à qui nous vendons nos médicaments. Donc on ne peut pas se
permettre de vendre à n'importe qui.
Pensez-vous que le pays puisse se développer normalement avec ce type de
trafic ?
On ne peut pas développer un pays en faisant du désordre. Si on met de
l'ordre dans les activités qui minent la trésorerie de ce pays, le pays s'en
sortira mieux. Ceux qui vendent dans le circuit informel ne sont pas
fiscalisés, ils vendent à la sauvette. Et celui qui vend à la sauvette n'est
pas répertorié au niveau des impôts. Conséquence : l'Etat perd de l'argent à
ce niveau. De l'argent qui lui aurait permis de créer d'autres emplois
ailleurs. Ce problème ne concerne pas que le domaine pharmaceutique. Les
médicaments du marché n'ont aucune garantie d'origine ni de conservation.
Mais, si le Cameroun veut que les camerounais soient bien soignés, il faudra
qu'on laisse les professionnels faire leur travail.
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