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[e-med] Le lait artificiel contaminé par lEnterobacter
- From: info@gifa.org]
- Date: Mon, 19 Jan 2004 10:47:03 -0500 (EST)
E-MED: Le lait artificiel contaminé par l?Enterobacter
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[Message en provenance d'Health Action International.CB]
INTERNATIONAL BABY FOOD ACTION NETWORK
Allaitement Actualités
Traduction de Breastfeeding Briefs juin 2003
No. 36, Edité janvier 2004
EDITORIAL
Le lait artificiel contaminé par l?Enterobacter
Si on le leur demandait, la plupart des mères, et très probablement la
majorité des professionnels de la santé, diraient que le lait artificiel en
poudre est un produit stérile. Les fabricants et les distributeurs ne
démentent pas cette idée spontanément. Et pourtant, lors d?un test fait en
laboratoire, 52,5% des 141 échantillons de lait en poudre provenant de 35
pays, se sont avérés contaminés par l?Enterobacter. Cela se passait en 1988.
Le rapport qui a suivi ne suscita pas d?inquiétude car le taux de
contamination bactérienne était en-deçà des normes fixées par la
réglementation internationale.
Depuis lors ? et même avant la publication de ces résultats ? on a rapporté
un certain nombre de cas isolés et aussi d?épidémies d?infections et de
maladies (septicémie, méningite, diarrhée, entérocolite nécrosante,
infection des voies urinaires) dues à la contamination bactérienne du lait
en poudre. Il a été démontré que cette contamination était intrinsèque, c?
est-à-dire due à la présence de l?Enterobacter avant l?ouverture du
récipient ? contrairement à la contamination plus connue qui se développe
après son ouverture (jusqu?à 92% des cas) .
Que ce soient des cas isolés ou des cas groupés (en épidémie), la
Salmonelle, et plus souvent encore l?Enterobacter sakazakii ? connu
précédemment sous le nom d?Enterobacter cloacae à pigment jaune ?, sont à l?
origine des cas rapportés. Par ailleurs, ces cas ont presque toujours été
recensés dans les unités de soins intensifs de néonatologie, c?est-à-dire
chez des nourrissons malades et/ou prématurés. C?est le cas par exemple de l
?épidémie au Tennessee (Etats-Unis) où, sur 46 nourrissons en soins
intensifs , un bébé est mort de méningite, deux ont souffert d?infection ou
de maladie, et sept autres ont été contaminés par l?Enterobacter sakazakii.
On a rapporté d?autres cas aussi, en Belgique, en Espagne et en Israël par
exemple. Et en 2002, l?alerte a de nouveau été donnée en Belgique lors du
décès, suite à une méningite, d?un nourrisson de cinq jours, né à terme et
en bonne santé, qui présentait des signes infectieux et pathologiques
similaires . En 1987, on avait déjà rapporté le cas en Islande d?une
méningite par E. sakazakii chez un nouveau-né en bonne santé nourri au lait
artificiel . Il est impossible de savoir si les cas de contamination sont
tous signalés, notamment dans les pays où la mortalité infantile est
importante. E. sakazakii y est rarement, voire jamais, diagnostiqué, et le
système de signalisation aux autorités fonctionne souvent mal.
L?inquiétude suscitée par la contamination du lait en poudre et par le fort
taux de mortalité qu?elle entraîne (de 33 à 75%) a amené les fabricants à
rappeler des lots de lait artificiel suspects : c?est le cas notamment de
Nestlé en Belgique et de Mead Johnson aux Etats-Unis. En novembre 2002,
Wyeth a rappelé tout un lot de produits (11 marques différentes) fabriqués
dans l?une de ses usines aux Etats-Unis parce qu?ils s?étaient avérés
contaminés. L?alerte entraîna également la publication de mesures de
sécurité par les autorités sanitaires belges et américaines à l?intention
des professionnels de la santé, concernant essentiellement la préparation,
la manipulation, le stockage et l?administration du lait en poudre dans les
unités de soins intensifs de néonatalogie et dans les crèches. Dans d?autres
pays, les professionnels de la santé ont également été avertis,
essentiellement par le biais de bulletins ou de revues d?associations
professionnelles.
Mais pour plusieurs raisons, il se peut que tout cela ne suffise pas. Tout d
?abord, la proportion des professionnels de la santé informée est
probablement encore infime, notamment dans les pays à bas revenus. Ensuite,
il se peut que les avertissements améliorent la manière de préparer et de
manipuler les biberons de lait artificiel, mais ils ne feront certainement
pas diminuer l?utilisation quasi généralisée et souvent inutile du lait en
poudre. Troisièmement, les avertissements pourraient entraîner, pour le plus
grand profit des fabricants, la substitution des laits en poudre par des
laits liquides, qui, eux, sont stériles. Cela entraînerait un surcoût pour
les familles et pour les services de santé, et possiblement une nutrition
appauvrie chez les prématurés (certaines recherches semblent indiquer que
pour ce groupe de nourrissons, le lait artificiel liquide serait moins
nutritif que le lait en poudre). Cette substitution risque également de
faire oublier aux professionnels de la santé et aux mères les règles de
sécurité relatives à l?utilisation du lait en poudre, et pourrait donc
entraîner un risque accru au cas où il leur faudrait en utiliser.
Mais surtout, les consommateurs n?ont reçu aucun avertissement à ce propos.
Ils ont le droit de savoir que les produits qu?ils reçoivent dans les
hôpitaux et les services de santé, ou qu?ils achètent dans les pharmacies et
les magasins, ne sont pas stériles et comportent donc un risque ? faible,
mais tout de même existant. Ces avertissements devraient être en évidence
sur les étiquettes et sur tous les supports promotionnels développés pour la
mise en vente du produit. Les consommateurs et les associations de
protection de l?allaitement devraient faire pression sur les fabricants et
les gouvernements pour que les règles du Codex Alimentarius soient modifiées
et qu?elles incluent cette obligation. En outre, les normes du Codex
devraient réduire le niveau de contamination bactérienne acceptable des
laits en poudre afin de stimuler des modes de fabrication plus strictes et
plus sûrs.
Enfin, comme l?ont dit clairement les autorités belges , les hôpitaux ne
devraient pas accepter les dons de lait artificiel, ni distribuer d?
échantillons gratuits aux mères. L?utilisation du lait artificiel devrait
être limitée aux quelques bébés qui pourraient en avoir vraiment besoin
(chez la mère, en cas de maladie très grave, ou de traitements incompatibles
avec l?allaitement ; chez le nouveau-né, dans les cas rares de maladie
congénitale du métabolisme, ou d?un très faible poids à la naissance, ou d?
une grande prématurité). Tous les autres bébés peuvent être nourris
exclusivement au sein. Et de fait, ces mesures seraient appliquées si tous
les hôpitaux dotés d?un service de maternité répondaient à la norme « Ami
des bébés », conformément aux critères mondiaux de l?UNICEF et de l?OMS.
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1 Muytjens H.L., Roelofs-Willemse H., Jaspar G.H., Quality of powdered
substitutes for breatmilk with regard to members of the family
Enterobacteriacae, J Clin Microbiol 1988 ; 26 :743-6
2 Suthienkul O. et al. Bacterial contamination of bottle milk in infants
under six months in Children?s Hospital, Bangkok, Thailand. Southeast Asian
J Trop Med Public Health 1999 ; 30 :770-5
3 Centers for Disease Controlm and Prevention. Enterobacter sakazakii
infections associated with the use of powdered infant formula ? Tennessee,
2001. MMWR 2002 ;51 :298-300
4 Voir communiqué de presse d?Ibfan de mai 2002 sur le site
http://www.ibfan.org/english/news/press/press10may02.html
5 Biering G. et al. Three cases of neonatal meningitis caused by
Enterobacter sakazakii in powdered milk. J Clin Microbiol 1989 ;27 :2054-6
6 Inspection Générale des Denrées Alimentaires. Circulaire pour les
hôpitaux généraux du 29 août 2002 (DA35157/L31/PVDM). Mesures d?hygiène pour
l?alimentation des nourrissons et mise à disposition d?aliments pour les
nourrissons dans les maternités.
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